VIVRE PLUS LONGTEMPS...UNE BONNE NOUVELLE POUR NOTRE SOCIETE?
Un des problèmes majeurs évoqués dans les débats politiques actuels est celui de l'accroissement de la population française âgée et les difficultés sociales, économiques qui en découlent. Notre société vit constamment dans des flux d'affirmations diverses qui reflètent toutes les contradictions et paradoxes liés aux situations sociales actuelles. D'une part, les responsables politiques proclament haut et fort que "l'espérance de vie" de chaque citoyen augmente chaque année, suite aux progrès de la médecine et de l'amélioration des conditions de vie. Cette affirmation souligne alors fermement l'excellence de notre médecine actuelle et de notre système de santé. D'autre part, ces mêmes personnes s'inquiètent aussi vivement des problèmes nouveaux et croissants que génère une population âgée, qui sollicite de plus en plus de moyens financiers, d'assistance, de structures adéquates pour l'accompagnement médical. Ce sont là des questions difficiles qu'il faut analyser soigneusement pour en comprendre l'ampleur et pouvoir entreprendre les démarches nécessaires afin d'arriver à résoudre les difficultés qui se présentent.
Certes, il est indéniable que "l'espérance de vie", globalement, s'est considérablement rallongée grâce aux progrès de la médecine en général et des moyens techniques nouveaux qui sont disponibles aujourd'hui. Les statistiques sont là pour le prouver...Mais est-ce là un phénomène appelé à s'étendre continuellement? Cela est moins sûr. N'oublions pas que les "vieux" actuels ont encore vécu l'essentiel de leur vie dans des environnements, des conditions sociales et psychologiques bien différentes de notre contexte actuel. Leur jeunesse et leur vie active se déroulaient alors dans des conditions climatiques, sociales, économiques qui ne connaissaient pas encore la production alimentaire intensive conditionnée par l'ajout de nombreux produits chimiques, de moyens de conservation divers, de manipulations génétiques diverses. Leur vie professionnelle était certes difficile, parfois même précaire, mais on ne connaissait pas encore le "stress" dans l'acceptation actuelle sous ses diverses formes. On sait que dans l'existence, les conditions de vie, l'alimentation, l'ouverture sur l'avenir, l'espérance, jouent un rôle essentiel. Le psychisme humain tient un rôle non négligeable dans la santé de l'individu. Les conditions de vie actuelles sont assez ambiguës: nous avons à notre disposition des produits et des moyens considérables qui, trop souvent, au lieu d'aider l'individu, le mettent en situation de frustration et de révolte. Bien des scientifiques affichent leur doute quand à la certitude de l'allongement véritable de l'espérance de vie, à long terme, pour les générations montantes. Nos conditions de vie actuelles suffisent-elles pour nous garantir une vie saine et continuellement rallongée? Les conditions psychosomatiques jouent un rôle essentiel pour la santé humaine...Sont-elles vraiment prises en considération actuellement?
Un autre paradoxe actuel réside dans une malhonnêteté évidente: peut-on affirmer de manière triomphante que le génie inventif des chercheurs scientifiques nous promet un meilleur avenir nous permettant une vie qui va se rallonger sans cesse et en même temps se plaindre, craindre le poids financier que cela représentera pour la société? Journellement, les actualités nous présentent ces aspects contradictoires...Que veut-on vraiment? La France vieillit et voilà que l'on se trouve dans l'impasse: manque de lieux d'accueil, manque de personnel, manque de moyens financiers.
Que faire?
Quand on se penche sur ces problèmes, on découvre des aspects peu reluisants dans notre société. Quelle est l'attitude dominante concernant la vieillesse dans notre civilisation occidentale? Elle est diamétralement opposée à celle de l'orient. Les sociétés orientales ont généralement toujours eu une attitude respectueuse envers leurs aînés. Ces derniers sont considérés, de par leurs expériences de vie, comme les détenteurs du savoir et de la sagesse. Les jeunes les respectent, sollicitent leur avis, les considèrent comme essentiels à la vie sociale et estiment comme leur devoir naturel, de les accompagner au mieux durant leur chemin de vieillesse. Leur spiritualité, leur religion, souligne la nécessité de ce devoir des jeunes envers leurs aînés. Cette loi fait partie intégrante de toutes les spiritualités orientales, elle s'inscrit dans la vie sociale quotidienne, même pour les familles les plus modestes. La société occidentale a pris un tout autre cours. Elle a, aujourd'hui, souvent peur de la vieillesse, la considère comme une sorte de "scandale inévitable et redoutable" puisqu'elle aboutit à la mort, à l'anéantissement. On préfère ne pas en parler...Dès lors, la seule issue à l'affreuse réalité pousse à choisir la polarité du phénomène tant redouté: vive la jeunesse! Tout est axé sur la jeunesse. Etre jeune, rester jeune, vivre peut-être -grâce aux progrès de la science- éternellement jeune! Le mythe de Faust se réveille: être ou redevenir jeune et le rester à jamais... Or nous savons tous, que cela reste un rêve, une fiction.
Une contradiction de plus: on veut que la vie soit rallongée sans cesse...mais sans que l'on vieillisse physiquement! Nous vivons donc dans l'ambiguïté permanente. Vouloir vivre plus longtemps sans vieillir est-ce vraiment raisonnable? Cette attitude révèle une grande tragédie de notre temps: tous ceux et celles qui "entrent en vieillesse" deviennent gênants et on préfère alors les transférer dans des "lieux spécialisés", du moins pour ce qui concerne les personnes âgées qui en ont encore les moyens financiers...La population active actuelle n'a souvent ni la force, ni le temps, ni l'envie de s'occuper des "vieux". On se donne alors bonne conscience, en s'efforçant de trouver une "organisation" adéquate. Or nous savons que la plupart des institutions s'occupant des personnes agées sont surpeuplés et manquent toujours de moyens financiers.
Comment en est-on venu à ces situations malheureuses? Elles sont très révélatrices des dérives de notre société en crise d'humanité.
Alors qu'autrefois, même dans les familles modestes, on se souciait des aînés et on essayait de les accompagner dans leur dernier parcours, la dissolution des tissus sociaux, à travers les divorces, séparations, éloignements, familles recomposées, a eu pour conséquence l'isolement, l'abandon des vieux. Il est assez significatif que très souvent, dans les campagnes, les personnes âgées restent, encore aujourd'hui, dans leur logis jusqu'à leur décès. Le tissu social est encore plus solide ici que dans les villes. Si on manque aujourd'hui cruellement de place et de personnel dans les maisons de retraite, c'est que beaucoup de "jeunes" qui auraient peut-être la possibilité et les moyens de s'occuper de leurs aînés, ne veulent pas s'encombrer d'une telle charge. L'égoïsme l'emporte sur l'altruisme et la compassion. Alors que l'orient vit en partie encore dans une culture imprégnée de l'enseignement de la compassion de Bouddha, alors que le monde musulman a aussi une attitude respectueuse envers la vieillesse, notre monde occidental matérialiste est devenu de plus en plus égoïste et souvent très cruel envers les populations vieillissantes. On ignore trop souvent dans notre société privilégiée sous bien des aspects, que la véritable valeur de la vie humaine réside dans les infinies richesses humaines et non dans les seules valeurs matérielles, financières. Quel futur peut avoir une civilisation qui ne s'occupe plus d'une population qui a acquis beaucoup d'expérience de vie, de savoir, et peut-être aussi, pour certains, de sagesse?
Un autre problème important se pose évidemment aussi: le "problème économique" attaché aux questions de gestion politique et financière. Mais est-ce uniquement une question d'argent? L'argent est certes nécessaire, mais ne faudrait-il aussi étudier d'autres aspects tout aussi, sinon même plus importants? On sait pertinemment que l'accroissement des dépenses liées à l'accompagnement des personnes âgées, est en grande partie, dû aux nombreuses pathologies liées aux problèmes de la vieillesse. Les personnes âgées sont-elles condamnées à subir toutes ces maladies? Ou beaucoup de ces "complications de santé" pourraient-elles, en partie au moins, être évitées? Ces sources de maladies ont diverses origines dont on connaît certaines causes. Une grande partie parmi elles sont d'ordre psychosomatique. On sait que les sujets qui sont "bien dans leur tête", qui sont cultivés, qui continuent à s'intéresser à des activités, qui sont curieux de connaître, de suivre l'actualité, qui lisent, qui aiment discuter, sont en général moins malades que d'autres. Il en est de même pour les personnes âgées qui sont en contact avec des personnes jeunes. L'expérience a montré qu'associer de jeunes parents, leurs enfants et les gens âgés pouvait s'avérer agréable voire très utile. Les personnes âgées ont le temps de s'occuper d'enfants jeunes, ils peuvent leur raconter des histoires, les aider dans leurs devoirs de classe, les écouter raconter leurs expériences journalières. Le contact avec la jeunesse est vivifiante pour les aînés et peut aussi être une expérience utile et gratifiante pour les jeunes parents. Un nouveau tissu social peut naître pour générer des moments merveilleux et salvateurs. Il n'y a rien de pire que d'abandonner des personnes vieillissantes dans un "ghetto de vieux": c'est soustraire les individualités à la vie véritable qui est faite de contacts quotidiens enrichissants qui donnent du baume au coeur. Extrait de la vie normale, l'individu se meurt psychiquement, puis physiquement.
Les institutions pour nos chers vieux sont trop souvent pauvres...en idées, en imagination, en créativité. Il est affligeant d'observer les activités proposées dans les "maisons de retraite". La télévision allumée du matin au soir, sans souci du programme proposé est souvent l'unique distraction...Nos chers vieux regardent des programmes pour eux souvent insignifiants et s'endorment finalement. C'est tout autre chose dont l'âme humaine a besoin: elle veut comprendre, participer,créer elle-même. Il existe des établissement privilégiés, hélas trop peu nombreux qui répondent à ces exigences essentielles de l'être humain. Proposer des conférences culturelles sur des sujets intéressants suscitant la curiosité et encourageant le débat, des concerts ouvrant l'âme à la sensibilité artistique, ou encore encourager des activités créatrices telles le dessin, la peinture,le modelage etc., qui ouvrent l'esprit sur les possibilités de la fantaisie et de l'imagination humaine. L'individualité s'épanouit, se vivifie, se structure dès qu'elle devient créatrice et qu'elle découvre les potentiels de sa vie intérieure. Qui s'applique à créer, contribue à se revivifier, se rajeunir... Les énormes craintes liées à la maladie d'Alzheimer pourrait être évitées, si au lieu d'administrer certains médicaments aux contre- indications diverses, on utilisait des pratiques favorisant la créativité et l'épanouissement humain...Celui ou celle qui abandonne toute initiative, tout intérêt personnel, se rabougrit et finit par disparaître.
La vieillesse n'est pas nécessairement une malédiction, un fin de parcours aboutissant au néant. C'est l'âge de la vie peut-être le plus intéressant pour l'individu s'il en décèle les profondeurs et les richesses. La majeure partie de la vie ayant été vécue, on peut la reconsidérer objectivement avec ses aspérités faites de réussites et d'échecs. Une fois le bilan établi, il devrait résulter un gain d'une nouvelle qualité précieuse voire essentielle: l'acquisition d'une certaine "philosophie de vie personnelle" faite à travers nos expériences passées, une sagesse qui peut redonner toute la saveur pour la vie qui nous reste. Si l'esprit reste vif, la curiosité intacte, l'appétit de vie constant, la vieillesse peut devenir un gain, une bénédiction même...On apprend, dès lors, à distinguer ce qui est vraiment important et ce qui est finalement futile. Bien des personnes ont découvert alors une spiritualité profonde ancrée en eux, mais qu'ils avaient ignorée jusqu'alors, parce que les problèmes de la vie quotidienne avaient plus de poids que l'appel de l'âme, de la vie intérieure. C'est avec l'âge que nous prenons aussi de la distance par rapports aux choses, aux évènements, aux individus. A l'épreuve du temps, les proportions des évènements de la vie prennent d'autres couleurs. On devient plus lucide et plus réaliste. A moins de mourir jeune, tout le monde suit le même cours: la vieillesse est le dernier parcours d'une vie, que l'on soit riche ou pauvre. La mort devient alors un moment de désespérance absolue ou une ouverture sur des horizons nouveaux...Si nous prenons le temps de méditer sereinement sur ces questions importantes, notre peur, peut-être, se dissipera et nous nous rendrons compte que notre vie passée est trop riche d'évènements pour se terminer sur un néant. Les véritables richesses de notre vie sont-elles vraiment limitées dans le temps et condamnées à disparaître? La nature semble mourir en hiver...et pourtant elle renaît sans cesse au printemps...Aurions-nous moins d'importance que les arbres et les fleurs qui renaissent?
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