"ALZHEIMER": QUE FAIRE ?
A longueur d'année, les médias nous submergent de nouvelles catastrophiques. Parmi celles évoquées, celles concernant les menaces sanitaires prennent une énorme importance. Cela paraît normal, puisque qu'il s'agit en définitive, du souci de préserver notre santé, de soigner nos maladies, de préserver notre vie. Encore jamais, dans l'histoire de l'humanité, les informations concernant le domaine de la santé, des progrès de la médecine et, en corrélation, des dangers guettant l'être humain, n'ont été aussi nombreuses...et aussi contradictoires. Dans de nombreux colloques radiodiffusés, télévisés, repris par les revues et journaux, on évoque les dangers du cancer, ses ravages grandissants dans la population, les maladies cardiovasculaires, la maladie d'Alzheimer...Nous vivons une drôle d'époque où, d'une part nous sommes constamment sollicités par d'innombrables informations médicales souvent contradictoires et d'autre part de nouvelles très optimistes clamant que l'espérance de vie est en constante augmentation, que la médecine progresse prodigieusement. Sur le coup, on se met à rêver, à redevenir optimiste, puisque notre horizon de vie devient plus étendu, plus prometteur...Mais ce bonheur est vite tempéré, amoindri, quand nous apprenons que l'espérance d'une vie plus longue, pour plus de personnes, a aussi son revers redoutable. Loin de nous présenter un modèle de vie enviable, voilà qu'on nous fait craindre le pire: la déchéance, l'anéantissement au cours de la vieillesse... A intervalles réguliers, les médias nous informent que d'une part, un nombre grandissant de personnes âgées sont frappées de la maladie d'Alzheimer et d'autre part que notre pays manque cruellement de maisons de retraites adaptées.
Notre société plonge dès lors dans une crainte constante: aux menaces du cancer, de maladies cardiovasculaires, voilà qu'à ces pathologies frappant le corps physique, s'ajoute l'épouvante d'une maladie aboutissant à la disparition inéluctable de la conscience personnelle et des acquis de la mémoire. Perdre l'auto conscience, ne plus savoir qui on est, ne plus reconnaître les siens, perdre ses souvenir, est-ce encore exister? Certes, le malade, dira-t-on, s'il n'en a pas conscience, n'en ressentira aucune souffrance. C'est avant tout son entourage qui risque d'être traumatisé par la vision de la déchéance irrémédiable du malade?...Peut-on vraiment être sûr que le malade soit complètement inconscient, à tout moment, de son état véritable ?? Entre le début de la maladie et l'aboutissement fatal, l'installation définitive, irréversible, de la "maladie d'Alzheimer", il peut s'écouler un temps très variable qui, lui, est certainement porteur d'énormes tensions et de souffrances intimes pour le malade, ce dont nous n'avons aucune idée. L'incertitude quant à l'état mental véritable, "l'état d'âme" du malade, nous paraît d'autant plus menaçante, mystérieuse, effroyable, qu'il s'agit d'un espace qui nous échappe complètement. Or, tout phénomène inconnu, dès que nous essayons de le comprendre, sans jamais y parvenir, ne peut que nous inquiéter encore davantage.
La maladie d'Alzheimer est devenue une des plus grandes frayeurs de notre temps. Comment pourrions-nous avoir une vision apaisée de notre "retraite", espérer une vieillesse épanouie, heureuse, faite de liberté, de temps disponible, si cet espace qui s'ouvre, après une vie de labeur, porte la lourde menace de la maladie, qui peut soudain effacer de notre mémoire nos souvenirs les plus précieux, nous arracher à notre environnement naturel, social, à notre famille, nos amis et nous enlever la conscience véritable de notre propre existence? Cette peur et ces préoccupations sont devenues un problème social national. Nos gouvernants sont confrontés à de nouveaux problèmes dramatiques: l'augmentation constante de ces malades nécessite des structures hospitalières nouvelles adaptées, des médecins et soignants nombreux et spécialisés. En cette période de crise financière, d'endettement excessif de l'état, ce problème prend des dimensions dont on ne connaît encore l'ampleur. La situation sanitaire d'un état influe naturellement considérablement son budget et tous les responsables ont à faire face à des problèmes gigantesques. Mais la situation étant ce qu'elle est, on n'a plus le choix, il faut bien réagir...De quelles aides dispose le malade supposé être frappé de la maladie d'Alzheimer? Le médecin généraliste l'envoie chez un collègue "spécialiste" qui lui fait passer différents tests pour juger de l'état cérébral du patient, l'existence avérée ou non de cette pathologie, quantifier son ampleur. Tout est codifié, analysé et les tests sont répétés à intervalles réguliers, pour contrôler "objectivement" l'évolution de la maladie. En un temps où les médias nous informent à longueur d'année de cette maladie, nous prévenant que nos "oublis" répétés, nos "trous de mémoire", au courant de notre vie quotidienne pourraient être des symptômes, des signes annonciateurs de la terrible maladie, comment s'étonner qu'un nombre croissant d'hommes et de femmes, alors qu'ils sont peut-être même encore bien éloignés de l'âge de la retraite, s'inquiètent dès que leur mémoire est défaillante! Une véritable psychose peut s'installer déclenchant une panique chez bien des personnes craignant déjà d'être la proie "d'Alzheimer"...Dans un passé pas tellement lointain, on acceptait, sans inquiétude exagérée, d'avoir parfois des "trous de mémoire" en se disant, en souriant, qu'on était en train de vieillir. On ne considérait pas l'affaiblissement de la mémoire comme une maladie fatale, mais comme une chose naturelle. Les gens savaient aussi que l'abus d'alcool, de stupéfiants pouvait être préjudiciable au bon fonctionnement cérébral et que de grands chocs émotionnels pouvaient aussi ébranler la mémoire humaine. Tous savaient aussi qu'une mémoire non entraînée, risquait de se détériorer à long terme: les anciens comédiens, les musiciens, les écrivains qui ont souvent gardé une excellente mémoire, en étaient une preuve évidente. Aujourd'hui, les médias dissertent tellement sur la maladie d'Alzheimer, que nous finissons tous par être traumatisés. On nous conseille, au moindre doute sur la qualité de notre mémoire, d'aller consulter notre médecin, pour nous prévenir contre la maladie redoutée...Pour aboutir finalement à quoi? A nous faire, éventuellement, suivre une "thérapie" qui nous prescrira régulièrement des "tests de contrôle". Qui serviront à quoi? A rien, sinon à nous inquiéter toujours plus, selon le résultat des tests. Nous savons à travers notre propre expérience, que même dans des tests de compétences professionnelles, de contrôle d'aptitudes, de connaissances, nous sommes tellement stressés que les résultats des tests parfois calamiteux ne révèlent nullement objectivement nos capacités normales. Alors que dire dès qu'il y va de notre mémoire, de notre état mental, de notre santé cérébrale, quand nous craignons déjà inconsciemment d'avoir un début de maladie d'Alzheimer?
On est donc en droit de se poser la question de l'utilité de ces tests. Existe-t-il une médication, un traitement avéré pour soigner la maladie d'Alzheimer? Tous les spécialistes en la matière sont pour une fois unanimes sur ce sujet: Non!!! Où reste dès lors l'utilité de tests qui sont une terrible épée de Damoclès pour les malades avérés ou supposés? A partir de ce constat affligeant, à défaut d'avoir, pour le moment, la possibilité de soigner la maladie, il devient primordial d'en analyser, autant que possible, les causes véritables du mal, pour pouvoir conseiller utilement la population. Une telle analyse ouvre sur diverses pistes qu'il faut impérativement étudier, avec soin. Elle doit, pour être aussi complète que possible, prendre en compte les facteurs matériels, physiques, mais aussi, psychologiques.
Des études scientifiques récentes ont laissé planer le soupçon que l'absorption de certains médicaments, tels les divers psychotropes, certains tranquillisants, les somnifères ainsi que d'autres drogues, endommagent le cerveau et ouvre la voie à la maladie d'Alzheimer. Une excellente émission de "C dans l'air" s'est penchée sur ce sujet et peut être consultée sur internet. Quand on sait que la population française est, hélas, une championne de la consommation abusive de tranquillisants et psychotropes, comment ne pas s'étonner de l'ampleur qu'a prise cette maladie? Les abus et scandales de médicaments dévoilés actuellement, illustrent de grandes dérives dans le monde médical et pharmaceutique. L'industrie du médicament est devenue, au fil du temps, un enjeu financier énorme où trop souvent la rentabilité économique a pris le pas sur le souci premier qui devrait être l'efficacité et le soin des malades. Trop souvent aujourd'hui les analyses de contrôle avant la mise sur le marché d'un nouveau produit, sont accélérées, les effets secondaires observés, connus, souvent occultés, les rapports manipulés. Les lobbies des laboratoires exercent leur influence sur les hommes politiques, les visiteurs médicaux emploient des moyens parfois dispendieux pour gagner le soutien des praticiens. Comment en serait-il autrement dans notre société actuelle où l'argent et le profit rapide deviennent la priorité absolue, la preuve de l'efficacité, de la réussite? On sait aussi, que les médecins généralistes qui ont suivi une dizaine d'années d'études, n'ont consacré, en fin de cycle qu'un nombre d'heures très limité à la connaissance des médicaments dont ils seront, de par leur fonction même, les prescripteurs...Drôle de situation, tout de même, de devoir constater que les médecins prescrivent des remèdes dont ils ne connaissent le nom que par le Vidal, les indications (et contre-indications) qui y figurent, fournies par les laboratoires eux mêmes et peut-être par quelques prospectus du visiteur médical...Alors certains prennent leurs "habitudes de prescriptions", se donnant bonne conscience en affirmant que le patient qui vient voir son médecin, n'est point satisfait sans une feuille d'ordonnance bien remplie, qui le rassure.... Combien de temps l'Ordre des médecins pourra-t-il encore, directement ou indirectement, se rendre complice de telles pratiques? Il serait peut-être temps de réviser l'ensemble du monde médical, de mettre plus de rigueur dans une véritable surveillance des pratiques médicales, puisque le budget de la sécurité sociale pâtit grandement de ces excès: médicaments souvent très onéreux, parfois inutiles voire dangereux pour le malade. Une formation continue des médecins sur les médicaments, leurs effets et leurs interférences, serait plus que nécessaire, pour que ces derniers puissent prescrire en connaissance de cause, d'autant plus, que chaque année, de nouveaux produits sont mis sur le marché. Les études actuelles sur la maladie d'Alzheimer font de ces réformes une priorité absolue pour réduire considérablement les prescriptions de médicaments soupçonnés de favoriser l'apparition de cette maladie.
Après les causes matérielles évoquées, il faut évidemment aussi étudier les causes psychologiques qui pourraient être génératrices de la maladie d'Alzheimer. Nous savons tous que dans notre société actuelle, le tissu social est souvent distendu et mis à rude épreuve. La population active est tellement stressée dans un monde en crise, avec son lot d'incertitudes, son énorme taux de chômage, que les liens entre les individus, entre jeunes et vieux sont de plus en plus distendus voire rompus. Familles monoparentales, reconstituées, séparées, dispersées génèrent de nombreuses victimes dont la maladie première s'appelle "la solitude" et l'abandon. Un être isolé finit, faute de liens, de communication, d'échanges, de s'appauvrir et de perdre finalement le contact et le goût de vivre. Cela est valable pour une population jeune et encore davantage pour une population âgée. Le mal-être, la dépression, les insomnies s'installent peu à peu, favorisant la prise répétée de médicaments sur un long terme. Il faut recréer des lieux où jeunes et vieux peuvent se rencontrer. Cela peut fortement contribuer à assurer une meilleure santé psychique pour les aînés .
On peut encore aborder un autre plan, plus profond, plus mystérieux. Nous savons que l'être humain est avant tout un être social, ce qui explique que, dès qu'il est isolé, non intégré dans l'ensemble social, il devient malade, désespéré, parfois même suicidaire. Mais il existe encore une autre cause de "mortalité mentale" qui a ses origines dans la vie intérieure, dans l'âme, dans l'intimité humaine. L'être humain a "une tête qui pense", il en tire des enseignements que lui permet son approche du monde sensible où il vit. Il observe, il réfléchit, il imprègne sa vie intérieure. Son individualité, son "moi" se forge au fil de ces exercices. L'évolution humaine a connu bien des changements au fil du temps. Pendant très longtemps, l'humanité a vécu dans diverses cultures, où la spiritualité, l'idée d'une transcendance divine, sous l'image des dieux de l'antiquité ou du Dieu unique, dans l'optique judaïque, puis chrétienne, a tenu le rôle essentiel. Tout savoir était assujetti au rôle déterminant du divin. Ce n'est qu'à partie du 16ème siècle qu'en Europe naît l'idée d'une connaissance du monde à travers les méthodes et instruments scientifiques. Les sciences ayant pris un essor formidable au 19ème et surtout au 20ème siècle, la connaissance matérielle "physique" a pris de plus en plus d'importance dans notre société. Pour un grand nombre de personnes la "crédibilité en la science" a pris le pas sur la "foi en Dieu"...Les approches de la vie courante se sont ainsi diversifiées, selon les cultures, les traditions, les convictions. . Cela pose à chaque individu un dilemme terrible: s'il n'accorde "sa foi" qu'en la science, il se refuse de "croire" à tout autre espace spirituel, hors du matériel. Logiquement il devra donc en déduire que l'être humain n'étant qu'un organisme physique, est condamné à disparaître, à plus ou moins long terme, à mourir. Cette idée est commune aux scientifiques en général, à un grand nombre de philosophes et intellectuels actuels. Mais cette idée désagréable est généralement vite évacuée de la pensée, occultée dans la vie active. Qui aime, tant qu'il est sain de corps et d'esprit, penser mourir, surtout s'il ignore de quelle manière il va subir cette épreuve. Mais quand arrive le temps de la vieillesse et que la mort approche à grands pas, la "tête qui pense" se met à se poser de multiples questions. Puis-je me résigner à devoir éventuellement souffrir avant de mourir, à accepter l'inévitable, à disparaître à jamais avec mes souvenirs, mon vécu qui n'auront plus de poids, plus d'existence? Ou existe-t-il éventuellement un "ailleurs" susceptible de faire renaître en moi une folle espérance?
Quand on connaît l'impact sanitaire du "psychosomatique" chez l'être humain, est-il vraiment absurde de considérer cet aspect intime de l'être humain comme non négligeable? Un être engagé sur le chemin de la vieillesse est sorti de la vie dite active et a le temps de se poser ces questions. Il devient alors évident que selon qu'il porte en lui des valeurs, un espoir en son fort intérieur, il arrivera à mieux gérer sa vieillesse qu'un individu qui ne trouve en son âme qu'un vide effrayant. Il arrive parfois, qu'au cours de leur vieillesse, les aînés se mettent à réfléchir, à lire, à méditer et finissent par trouver une sérénité, une paix nouvelle, un espoir renaissant qui les fait vivre debout et conscients jusqu'à la fin de leur vie terrestre. Cela mérite notre considération et notre réflexion personnelle.
Dans la vie, toute menace nous invite à une prise de conscience qui peut nous inciter à étudier les évènements de notre vie en profondeur, pour en tirer une leçon. Si nous sommes tétanisé par l'expansion de la maladie d'Alzheimer, nous n'en viendrons pas à bout, mais au contraire, nous ranimerons en nous des craintes encore plus vives, plus paralysantes, plus destructrices. Nous vivons pour observer, apprendre, prendre conscience et réagir. Ce n'est pas le rôle de l'état et des gouvernants de s'occuper de tous les problèmes de leurs citoyens . Ce devoir incombe à chacun, chacune d'entre nous, pour étudier attentivement, objectivement les problèmes que nous posent la vie et contribuer pour notre part, selon nos moyens, à peser personnellement sur le cours des évènements.
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