Vendredi 13 janvier 2012 5 13 /01 /Jan /2012 13:56

  

 

                

 

L'année nouvelle  commencée a ouvert la porte d'un futur encore incertain, sur une multitude d'évènements importants, encore inconnus à l'heure actuelle, qui vont marquer notre vie. Nous appréhendons cet avenir encore secret avec des sentiments diffus et contradictoires. L'actualité nous informe journellement des difficultés à venir. Notre société vit, depuis bien longtemps, dans une "grande illusion" qui nous a fait croire que nous maîtrisions parfaitement nos ressources, nos possibilités techniques, notre avenir.  Pendant bien longtemps, on pensait que les progrès techniques, scientifiques, instaureraient un monde plus équitable, plus pacifique et plus fraternel. Or nous savons aujourd'hui, que le 20ème siècle qui avait suscité tant de rêves et d'espoirs, était vite devenu celui des guerres, des affrontements violents, des destructions. Les progrès scientifiques et techniques, loin d'apporter la paix et la joie, ont été mis au service des égoïsmes destructeurs, tant au niveau des nations que des individus. Il est évident que les découvertes scientifiques ne peuvent aucunement être mis en accusation de cet état de faits. Elles ne prennent leur sens véritable qu'à travers leurs applications: les découvertes techniques peuvent générer autant le bien que le mal. Le responsable, l'arbitre en l'occurrence, c'est l'individualité humaine. C'est l'être humain qui donne un sens aux outils qui sont à sa portée: les sciences qu'il a décryptées et mises à son service, peuvent aider l'humain ou le détruire, selon l'application choisie. Les sciences progressent sans cesse et sont le reflet des progrès de l'intelligence humaine. Mais l'intelligence humaine ne génère pas automatiquement et nécessairement la sagesse humaine, l'amour du prochain, la générosité... Elle peut même devenir l'instrument des pires atrocités. Les fours crématoires des camps de concentration en sont une triste et macabre illustration.

       Au début de cette année nouvelle, il peut être utile, pour chacun de nous, de prendre conscience  de l'impact de nos comportements sur notre vie et celle des autres. Selon notre comportement individuel, notre société et finalement notre monde seront différents... L'égoïsme restera toujours une attitude d'isolation, de fermeture aux besoins des autres, un refus d'amour généreux. Il sera toujours le préambule d'affrontements de toutes natures, de conflits, de guerres partisanes. L'histoire de l'humanité nous rappelle les conséquences funestes et désastreuses que de telles attitudes génèrent. Tant que l'humanité entière n'aura pas compris les leçons du passé, elle induira sans cesse   de nouveaux conflits meurtriers, de nouvelles catastrophes et constamment sa propre perte. Les affrontements sont aujourd'hui plus subtils, plus secrets: les "guerres commerciales", sous un déguisement anodin, font aussi d'innombrables victimes. C'est dans les échanges, le commerce paisible, que devrait se concrétiser la "fraternité" évoquée parmi les trois "idéaux républicains". La terre et ses richesses sont les biens de tous et devraient, dans un échange fraternel, permettre à tous de vivre. L'expérience nous démontre que l'humanité, pour le moment, est encore bien loin de ce but...

       L'humanité actuelle est dans une impasse extrêmement dangereuse, sinon suicidaire. Les progrès qui ont certes amélioré la vie des humains, n'ont nullement généré une société juste, généreuse, aimante. Ce déficit en "amour humain" aboutit à des conséquences dramatiques dont nos médias rapportent les détails: agressions, suicides, attentats, meurtres...Triste bilan d'une humanité "moderne" qui a perdu ses repères et qui est tombée dans la violence sous toutes ses formes. Le "sens de la vie", sous toutes ses acceptations, s'est vidé de son contenu, de sa valeur.

       Mais on peut aussi, à partir du constat des tristes évènements de notre temps, en analyser les causes, pour essayer d'y trouver des incitations pour modifier nos comportements, pour devenir les acteurs responsables de notre vie, pour contribuer individuellement, à changer notre rapport à la réalité quotidienne. Ne sommes-nous pas trop souvent tributaires de ceux qui veulent influencer notre vie? Et si nous commencions par faire personnellement le bilan de notre vie actuelle, pour faire le point, non pas pour dresser la liste de nos échecs, nos impossibilités, mais pour faire celle des possibilités non encore expérimentées?  Trouver l'audace du défit, oser entreprendre une démarche nouvelle,  découvrir un nouveau champ d'expérience et redonner un sens nouveau à ma vie?

       Cette démarche est utile à tous les âges de la vie: chez les jeunes pour découvrir le monde, plus tard pour construire sa vie, puis pour en faire mûrir les fruits... A toute époque de sa vie, on peut faire le bilan du passé et tracer des plans d'avenir. Cela s'appelle "vivre". Trop de gens attendent tout des autres et oublient que la vie vaut essentiellement par l'engagement personnel. Ce dernier peut être une leçon de vie continuelle et peut aussi être un encouragement pour les autres. Notre société omet souvent  d'enseigner que ce qui donne de la valeur à la vie, c'est ce que l'on réalise personnellement et surtout ce que l'on "donne" aux autres. Le bonheur ne consiste pas, en premier lieu, à consommer toujours davantage au mépris des besoins des autres, il réside dans le partage, dans l'initiative personnelle, dans la découverte constante, dans la curiosité pour le monde que nous habitons. L'aventure existentielle la plus magnifique ne réside-t-elle pas aussi dans le partage des moments importants de notre vie avec les autres?

        L'année nouvelle s'ouvre sur des perspectives de difficultés diverses: crise économique, chômage en augmentation, affrontements politiques, peurs de l'avenir. Dans peu de temps notre pays devra faire son choix politique qui s'avérera d'autant plus difficile au regard des perspectives d'avenir. Quelque seront les choix politiques, les lendemains resteront pour longtemps difficiles, pour une large population face à des dirigeants politiques qui ont pris l'habitude de leur cacher la vérité, de favoriser une élite proclamée ou instaurée par un statut financier privilégié, au détriment du reste des citoyens. Toute injustice sociale finit par générer des crises et des affrontements. Nos futurs gouvernants sauront-ils gérer notre vie économique et sociale d'une manière sage et équitable, pour assurer la paix sociale? Sauront-ils proposer une politique ambitieuse de justice sociale et d'équité économique? Sauront-ils redonner de l'espoir et proposer aux jeunes une vie sociale équitable, harmonieuse, qui sera capable de traduire progressivement dans le quotidien les idéaux républicains de liberté, d'égalité et de fraternité?Tant que les idéaux ne sont proclamés que dans des discours creux voire mensongers, tant qu'ils restent de vaines promesses sans véritable volonté d'accomplissement, notre société ne pourra devenir ni juste, ni fraternelle...Une telle politique resterait un affront constant pour ce qui fait la dignité humaine!  Il serait grand temps d'assumer une politique sociale qui soit enfin à la hauteur des enjeux.

        Il est consternant de constater aussi que trop souvent, les générations nouvelles ne sont pas intéressées par l'histoire de leur pays. Le passé a démontré que les "leçons de l'histoire" sont le plus souvent inopérantes, car les victimes des guerres ont disparu entre-temps et les nouvelles générations ne s'intéressent  guère au passé...Cela a pour conséquence que beaucoup d'hommes et de femmes, par manque de culture, de courage politique, d'engagement personnel, délèguent leur part de pouvoir à d'autres qui en disposent à leur gré, en en tirant des  privilèges personnels. Chaque individu a sa part de responsabilité dans le devenir humain. L'histoire des humains nous montre que les plus belles parts d'héritage du génie humain, proviennent de personnalités avides de connaître, d'étudier les richesses qu'offrent la terre, curieuses de percer les mystères inscrits dans les espaces à notre portée. Notre société actuelle est devenue aujourd'hui, pour une large part, essentiellement consumériste. Notre société de consommation nous a habitués à considérer le côté pratique des choses et des évènements. Des "spécialistes" inventent pour nous continuellement de nouveaux  produits consommables et vite périssables, puisque l'accent doit être mis sur la consommation constante, considérée comme la seule source de revenu continue. On connaît aujourd'hui les résultats d'une telle politique commerciale: appauvrissement constant des richesses naturelles, pollution croissante de la nature, pathologies diverses issues de cette manière de vivre. Pourrons- nous indéfiniment vivre de cette manière?? Est-ce là le monde que nous voulons laisser à nos enfants?

         La vie humaine s'inscrit dans un cadre merveilleux où tout peut être une source de découverte constante, où tout peut devenir, si nous le voulons, un nouvel émerveillement. Cela devrait nous pousser à la réflexion sur la raison d'être de notre existence, la valeur de notre vie.  C'est parce que nous avons perdu l'habitude de nous étonner du monde et des êtres qui l'habitent, que nous avons perdu peu à peu le sens, dans toutes les acceptations du terme, de notre propre vie. Nous nous laissons sans cesse distraire par l'accessoire, le futile, au lieu de nous attarder sur l'essentiel, ce qui donne le sens à notre existence: l'intérêt pour les autres, la joie d'exister, de pouvoir admirer un coucher de soleil, de pouvoir aimer. Notre société matérialiste nous a habitués à un monde mercantile où les seules valeurs sont celles de l'argent, des richesses matérielles, du pouvoir. Le nombre croissant de malheurs sociaux, de suicides, de meurtres, démontre tragiquement l'échec de notre société actuelle. Quand tirerons-nous les leçons de cet état de faits? Pourquoi notre société "avancée" est-elle en si pitoyable situation? Pourquoi vivons-nous dans une civilisation où règne l'inquiétude du lendemain? Cet échec n'est-il pas essentiellement dû à notre déficit en valeurs véritablement humaines, à la perte de repères pour retrouver notre humanité?

       Il semble en effet, qu'une part grandissante d'humains a perdu le sens des véritables valeurs, celles qui enrichissent le coeur humain. L'approche matérialiste actuelle a fini par polluer les valeurs humaines  les plus intimes...  Enlisés dans une vision matérialiste, bien des hommes et des femmes ont perdu le sens du verbe "aimer"...Ce  verbe finit par n'évoquer, pour beaucoup d'individus, que l'aspect premier, "physique"du terme. Beaucoup ignorent le potentiel infini de richesses et possibilités contenues dans le mot "amour". C'est pourquoi notre société, malgré les nombreuses richesses matérielles présentes, est devenue très indigente en "richesses d'amour". C'est parce que un nombre grandissant d'hommes et de femmes ne savent plus aujourd'hui ce que signifie véritablement "aimer" dans la vie quotidienne, que notre société s'est atrophiée, pour n'être plus qu'un lieu désordonné d'égoïsmes divers... Au lieu d'être naturellement "fraternelle" notre société est devenue la scène d'affrontements suscités par les égoïsmes conflictuels, parfois même meurtriers. Notre monde est en manque d'humanité véritable, celle qui aide et respecte l'autre, celle qui sait partager, celle qui laisse une place de vie à  l'autre, celle qui sait d'aimer l'autre, quel que soit son sexe, sa culture, sa richesse matérielle.

       La terre est notre héritage commun. Elle est le berceau de l'humanité, des civilisations, des cultures qui sont les marques de l'histoire humaine. C'est elle qui forme notre cadre de vie, c'est elle qui nous permet de tracer notre histoire, c'est elle qui permet à l'humanité de vivre, d'y inscrire ses biographies, ses parcours... Les humains prennent peur quand ils perdent leurs repères.  Les progrès incessants des sciences avaient suscité, au départ, des espérances infinis: les découvertes dans tous les domaines ouvraient et ouvrent encore, des champs nouveaux où tout semble possible. Les rêves les plus audacieux surgissent encore dans les esprits humains...Beaucoup sont aussi devenus des réalités. Mais les humains de tous âges continuent de souffrir et  de mourir. Et les scientifiques continuent de nous faire rêver, nous faire espérer qu'à long terme, tout sera possible, mais le temps passe et les humains n'échappent pas à leur destin de simples mortels... Cette évidence donne le prix à notre existence et en définit les paramètres. Chaque être humain écrit sa propre histoire. La vie de l'athée, de l'agnostique, du croyant, du philosophe, du penseur en général, sera à l'image  de sa perception personnelle intérieure, sa croyance, sa philosophie, sa culture. Chaque individu peut avoir son espace de liberté grâce à son esprit, sa pensée. La personnalité de chaque être humain évolue selon son propre parcours, dans un premier temps programmé par sa culture originelle, son environnement, son parcours personnel et dans un second temps, s'il en a la volonté, selon les résultats de ses propres réflexions, investigations, expériences personnelles. Ces possibilités sont à la portée de l'individualité humaine, si elle le veut. Le monde est un champ d'expériences infinies pour l'esprit humain en recherche. Il est le cadre de son évolution, de ses expériences, de ses investigations personnelles. Trop d'individus, aujourd'hui, renoncent à penser par eux-mêmes, attitude pourtant indispensable pour comprendre et gagner progressivement une confiance en leur jugement personnel.

       Au seuil de l'année nouvelle, nous pouvons, si nous en avons la volonté, essayer d'exercer notre influence dans le cadre de notre vie, pour être attentifs et vigilants à ce qui se passe autour de nous. La politique est un domaine trop important pour le devenir humain pour la laisser aux mains de spécialistes chargés de régler tous nos problèmes! Les échecs et drames nombreux dans l'histoire de l'humanité démontrent à souhait les dérives d'une telle organisation. Aujourd'hui, dans les véritables démocraties, chaque individu a sa part de responsabilité dans le tracé du futur. Ce n'est certes pas une nouveauté. Mais la véritable nouveauté serait la prise de conscience des véritables enjeux de la politique qui devrait aboutir, non à une lutte pour en tirer des bénéfices personnels ou de clans, mais pour avoir le souci et l'ambition d'inclure dans le pacte social tous les citoyens du pays et, au-delà, de l'humanité entière. Les nombreuses guerres meurtrières démontrent que l'humanité n'a d'avenir que si elle est prête à partager ses richesses et à collaborer au lieu de s'affronter. Cela est vrai sur le plan national autant que sur le plan international. L'humanité est une. En prendre de plus en plus conscience peut nous permettre de changer notre manière de vivre et apprendre à nous soucier du devenir des autres. Les progrès scientifiques n'ont de sens que s'ils s'inscrivent dans un avenir qui favorise l'émergence d'une humanité véritable qui se soucie du bien de tous, au-delà des frontières culturelles, sociales et économiques. C'est la condition de la pérennité de l'humanité sur terre. C'est un enjeu énorme, exigeant qui peut aussi devenir une expérience extraordinaire d'humanité véritable et d'amour abouti.

      

    

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Par Myriam - Publié dans : Echange d'idées
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Lundi 12 décembre 2011 1 12 /12 /Déc /2011 20:03

 

 

L'année s'achève bientôt et le mois de décembre est celui où se niche la date mythique du 25 décembre consacrée à la célébration  de la fête de Noël, initiée par la tradition chrétienne. Notre société, pour une large part, s'est détachée aujourd'hui de la signification religieuse de cette fête, pour la réduire, très souvent, à n'être qu'une opportunité laïque, se traduisant essentiellement dans un commerce accru de biens de consommation. La préparation de la fête de Noël consiste dès lors, pour beaucoup, à réfléchir aux cadeaux à offrir, aux repas festifs à préparer.  En ces temps de crises, le clivage entre ceux qui ont de l'argent et ceux qui n'en ont pas, devient alors dramatique. D'une part des repas parfois très onéreux, d'autre part les resto du coeur pour ceux qui y trouvent une place... Les innombrables lumières et décors de Noël qui brillent dans la nuit de l'hiver, n'arrivent guère à éclairer les  humains qui souffrent, pour leur redonner de l'espoir. La précarité a augmenté rapidement dans notre société et la peur s'est installée un peu partout. Noël peut-il encore avoir un sens pour tous ceux et celles qui restent des exclus de par leur statut social? Qu'est devenue notre société française qui a, au lendemain de la révolution française, sanctuarisé les droits de l'être humain en affichant si fièrement ses idéaux républicains de liberté, d'égalité, de fraternité? Un citoyen chômeur, assisté, sans espoir de réinsertion, peut -il encore parler de liberté? Peut-il revendiquer l'égalité dans une société aussi injuste où coexistent un  nombre grandissant de personnes qui ne disposent que du stricte minimum, d'autres même dénués de ressources et d'autre part un nombre considérable de gens fortunés dont l'unique raison de vivre consiste à s'enrichir encore davantage? Comment évoquer une fraternité, dans une société dont la dynamique essentielle se traduit par la concurrence et l'affrontement continuels? La fraternité, pour avoir véritablement un sens, ne devrait-elle pas s'exprimer essentiellement dans le partage équitable des biens et des ressources? Dans une  société égoïste et matérialiste, parler de Noël devient un non-sens et un outrage au regard de la signification initiale que l'évènement devrait évoquer. Si on réduit cette fête à n'être qu'une incitation périodique à la consommation de biens matériels, elle exclut, de fait, tous ceux et celles qui sont privés de ressources financières suffisantes pour y participer. Mais est-ce là le sens véritable de Noël?

        Essayons de retrouver les origines, le fondement de cette fête. L'histoire de la chrétienté nous apprend que Noël, sous l'angle religieux, célèbre la naissance de Jésus, au début de notre ère. Nous savons que la date du 25 décembre n'est pas une date véritablement "historique" dans le sens exact du terme. Une partie de la chrétienté a toujours traditionnellement fêté cet évènement le 6 janvier. On se rend compte que Noël échappe aux critères de l'histoire tels que nous les concevons aujourd'hui. L'importance essentielle de l'évènement ne se fonde pas sur une date historique, mais plutôt sur sa signification, sa dimension. Pour en prendre conscience, il faut se pencher sur les documents qui relatent la naissance de Jésus, qui deviendra, après le baptême du Jourdain, le porteur du Christ, investi du Verbe divin qui, par sa vie, sa mort, sa résurrection, posera le fondement du christianisme. La nativité de Jésus est évoquée dans les évangiles de Luc et de Matthieu. Si nous prenons le temps de lire attentivement les deux narrations, nous serons vite étonnés et quelque peu désorientés. Pourquoi? Parce que les deux récits sont très différents!

        Commençons par l'évangile de Luc. Dans la merveilleuse traduction d'André Chouraqui, nous lisons: "Et c'est, en ces jours, un édit de Caesar Augustus sort pour recenser tout l'univers. Ce recensement est le premier, Quirinius étant gouverneur de Syrie. Ils vont tous se faire inscrire, chacun dans sa ville. Joseph monte aussi de Galil, de la ville de Nasèrèt, vers Iehouda, vers la ville de David, appelée Béit Lèhèm. Il est de la maison de David et de son clan. Il se fait recenser avec Miriâm, sa fiancée, qui est enceinte. Et c'est, quand ils sont là, les jours de son enfantement se remplissent. Elle enfante son fils, son aîné. Elle l'emmaillote et le couche dans une mangeoire, car il n'y avait pas de place pour eux dans la salle." Cette traduction est bouleversante par sa simplicité et son évocation sobre qui touche le coeur. Le texte qui suit est comme une brise légère: "Des bergers étaient là, dans ce pays; ils vivaient aux champs, et gardaient, aux veilles de la nuit, leur troupeau." Puis l'évangile raconte l'apparition de l'ange,  messager de Dieu qui annonce aux bergers la "bonne nouvelle": "Il est né pour vous aujourd'hui un sauveur. C'est le messie d'Adonai (Dieu), dans la ville de David. Tel est pour vous le signe: vous trouverez un nourrisson, emmailloté, couché dans une mangeoire." Le texte poursuit en narrant l'apparition d'une multitude d'anges qui louent Dieu en disant: "gloire à Dieu dans les hauteurs et paix sur terre aux hommes de bon gré!" Les bergers se rendent à Bethléhem et trouvent Miriam (Marie) et Joseph avec l'enfant couché dans la mangeoire.

     L'évangile de Matthieu nous présente une évocation bien différente. Reprenons la traduction émouvante d'André Chouraqui: "L'enfantement de Iéshoua (Jésus), messie, c'est ainsi: Miriâm (Marie), sa mère, est fiancée à Iosseph (Joseph). Avant qu'ils se rencontrent, elle est trouvée l'ayant dans le ventre par le souffle sacré. Iosseph, son homme, est un juste. Ne désirant pas sa disgrâce, il se résout à la délier en secret. Dans cette perplexité, voici, un messager d'Adonai (Dieu) lui apparaît en rêve et dit: Iosseph bèn David, ne frémis pas de prendre avec toi Miriâm, ta femme. Oui, ce qui s'enfante en elle est du souffle sacré. Elle enfantera un fils. Crie son nom: Iéshoua (Jésus), parce qu'il sauvera son peuple de ses fautes." Un peu plus loin, nous lisons: "Iosseph se réveille du sommeil. Il fait selon ce que lui a ordonné le messager d'Adonai (Dieu) et prend avec lui sa femme. Il ne la pénètre pas jusqu'à ce qu'elle ait enfanté un fils. Il crie son nom: Iéshoua (Jésus)". Le texte qui suit: "Quand Iéshoua naît à Béit Lèhem en Iehouda (Bethléhem en Judée), dans les jours du roi Hèrodes, voici, des mages du levant arrivent à Ieroushalaîm (Jérusalem) et disent: Où est-il, le nouveau-né, le roi des Iehoudîm (Juifs)? Oui, nous avons vu son étoile au levant, et nous venons nous prosterner devant lui." Suit alors l'évocation du roi Hérode qui s'inquiète d'apprendre la naissance d'un messie et qui essaye de s'informer, par les mages, de l'endroit où se trouve l'enfant, dans l'intention de le tuer.  Les mages suivent 'l'étoile' qui les mène à la maison où ils trouvent l'enfant. Le texte traduit par Chouraqui garde son charme tout particulier: "Et voici, l'étoile qu'ils avaient vue au levant devant eux. Elle vient et s'arrête au-dessus du lieu où se trouve le petit enfant. Ils voient l'étoile et se réjouissent d'une très grande joie. Ils viennent dans la maison et voient le petit enfant avec Miriâm, sa mère. Ils s'inclinent et se prosternent devant lui. Puis ils ouvrent leurs trésors. Ils lui offrent des présents d'or, d'oliban et de myrrhe. Eux-même sont avertis par un rêve de ne pas retourner chez Hérôdès. Ils se retirent par une autre route vers leur pays;" Le texte qui suit rapporte que Joseph, à son tour, est averti en songe, par un messager de Dieu qui l'avertit du danger qui menace le nouveau-né. Il fuit avec sa petite famille en Egypte. Hérode furieux, ordonne de tuer tous les enfants de moins de deux ans, c'est le "massacre des innocents". A la mort d'Hérode, un messager de Dieu informe Joseph que ce dernier est mort et qu'il peut retourner dans son pays. Se méfiant du fils d'Hérode qui prend la succession de son père, Joseph ne retourne pas à son ancienne résidence et s'installe à Nazareth en Galilée.

     Nous sommes, à l'évidence, confronté ici à deux narrations très différentes de la naissance de "Jésus". Si on lit attentivement les textes dans leur intégralité, cela est encore plus évident! Les théologiens chrétiens ne se sont guère intéressés à ces "différences", arguant que les narrations ne sont pas à prendre à la lettre et sont à la fois approximatifs, "poétiques" et complémentaires...Ce qui explique que la tradition des crèches de Noël, qui est tardive dans l'histoire de la chrétienté et qui remonte au temps de François d'Assise, présente une étable avec un boeuf et un âne (dont on ne trouve nulle trace dans la narration de Luc), comme décor de l'évènement. Les premiers visiteurs de l'évènement de la naissance sont les bergers, puis suivent les "rois mages"...On a donc fait un amalgame de deux narrations qui n'ont guère de concordance. C'était bien plus simple que de s'interroger sur les raisons et la signification des différences dans les deux récits. N'est-il pas curieux que les théologiens ne se soient pas intéressés davantage à ce mystère? Ou l'ont-ils fait, sans y trouver de solution, préférant alors ignorer ces différences?

       Rudolf Steiner (1861-1925), le grand penseur et visionnaire, a, le premier, dans une série de 10 conférences tenues à Bâle, du 15 au 26 septembre 1909, abordé ce thème, en analysant en profondeur les textes des évangiles de Luc et de Matthieu. Il a, par la suite, encore tenu de nombreuses conférences sur ce sujet, en exposant les résultats de ses propres investigations spirituelles et ésotériques.  L'étude de ces textes est révélatrice de la profondeur et de l'étendu du travail de cet esprit exceptionnel. Pour tous ceux et celles qui sont en recherche, qui se posent des questions sur le sujet que nous avons abordé et bien d'autres encore, on ne peut que recommander vivement la lecture de ces textes.

       Nous nous contenterons ici, de nous pencher sur le message de Noël dans son ensemble, pour essayer d'en tirer quelques enseignements simples et universels. La traduction d'André Chouraqui révèle  le caractère bien particulier du style de narration de Luc et de Matthieu. On remarque immédiatement qu'il ne s'agit pas d'une évocation de type journalistique tel que nous la concevons de nos jours. Il s'agit plutôt d'un récit très épuré, une sorte de conte, relatant un évènement à la fois simple, mais troublant. Notre intellect n'y trouve pas son compte, mais notre coeur, s'il n'est pas étouffé par notre société matérialiste, peut s'émouvoir. Des images simples, mais belles, peuvent faire vibrer notre âme d'une manière inhabituelle: redevenir enfant pour s'étonner, se réjouir du merveilleux, se laisser bercer par la magie des images évoquées...Il faut dès lors, pour arriver à comprendre ce que les textes nous apprennent et saisir le sens des images proposées, ouvrir notre coeur.

        L'évangile de Luc décrit un Noël populaire, fait pour les gens ordinaires, simples, riches en leur âme, remplis de la "bonne volonté" requise pour comprendre véritablement la proclamation joyeuse des messagers du ciel. Marie et Joseph quittent Nazareth en Galilée, pour aller se présenter au recensement à Bethléem. Les bergers bouleversés par la vision de l'ange divin annonciateur, portent en leur coeur la soif d'amour, de fraternité, de paix qui leur ouvre la route vers l'endroit où ils trouvent l'enfant couché dans "une mangeoire". La narration est simple, linéaire et n'évoque aucune adversité extérieure. L'enfant Jésus dans l'évangile de Luc, propose à l'humanité un chemin vers la paix universelle dans le monde, celui de la fraternité, de l'amour, du partage. C'est l'enseignement que le grand Bouddha avait déjà tenu à ses disciples au cinquième siècle avant notre ère! Ce même message est évoqué dans l'évangile de Luc. "Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté!" L'enseignement de Bouddha et le "Noël" que raconte l'évangéliste Luc se rejoignent de par leur esprit d'appel à la fraternité, à la compassion, à la paix. Un tel message peut s'adresser à tout humain quelle que soit sa culture et répond à un besoin profond de tout être humain. Notre monde actuel est-il capable d'intégrer dans la société humaine un tel "Noël"?

       L'évangile de Matthieu, tout en restant aussi "mythique" que celui de Luc, se passe dans un "décor" bien différent. Cette narration est plutôt "réaliste, terrestre". Nous apprenons, au début du récit, que Joseph qui n'a pas encore "connu" Marie, est paniqué quand elle lui dit qu'elle attend un enfant. Il veut se séparer discrètement de sa compagne, mais le messager de Dieu l'informe, pendant son sommeil, des intentions divines. Dès son réveil, il fait comme l'ange lui a prescrit et prend chez lui son épouse. Ils habitent alors dans une maison à Bethléhem en Judée. Ici aucune évocation d'un quelconque recensement...Matthieu rapporte la venue des "mages d'Orient" qui suivent "l'étoile" qui les guide et qui leur indiquera l'endroit exact où se trouve le nouveau-né. Dans cette narration, il est aussi question du roi Hérode qui apprend par les mages la naissance du "roi des juifs" et qui pense  pouvoir se servir des mages, par ruse, pour trouver l'endroit où se trouve l'enfant, pour pouvoir l'éliminer. Il ordonnera, par la suite, en constatant que les mages ne lui ont pas fourni les renseignements requis, le massacre des enfants de bas âge, voulant ainsi s'assurer de l'élimination de ce Jésus "roi des juifs". Nous sommes ici dans un monde dramatique, plein de menaces, d'affrontements, de cruauté, bien loin de celui des pacifiques bergers, de l'harmonie des messagers du ciel, de leur visite paisible pour adorer l'enfant couché dans une mangeoire! Les visiteurs qui arrivent,guidés par "l'étoile", sont des mages venus "d'Orient", avec le statut tout particulier attaché à cette évocation. La tradition en a fait des "rois", pour signifier leur rang particulier et leur importance. En fait ces trois personnages mystérieux incarnent le savoir, la sagesse, les sciences que l'on peut acquérir et étendre sans cesse. Leurs cadeaux individuels représentent des symboles tout particuliers: l'or, l'oliban (l'encens) et la myrrhe. L'or représente les forces dont dispose la pensée humaine. L'encens représente la catharsis qui est le moyen, pour l'humain, de purifier son âme de ses entraves égoïstes afin qu'elle puisse accéder à la vérité. La myrrhe symbolise la force considérable de la volonté. Ces "mages" représentent donc, à travers les symboles attachés à leur offrande, des individualités qui possèdent un immense savoir, celui que l'on peut acquérir par les expériences au cours de vies terrestres, ils représentent l'élite parmi les "savants", les "scientifiques," à une époque de l'humanité où ce terme n'existe pas encore, dans l'acceptation actuelle. Ces mages "viennent d'orient", où les savoirs sont alors les plus poussés et on peut supposer que les trois personnalités représente la synergie de ces savoirs: ils ont la connaissance non seulement de ce qui vit et existe sur terre, mais savent aussi "lire" dans le ciel, pour observer non seulement la voûte étoilée, mais aussi y déchiffrer les messages occultes qu'elle peut afficher, pour ceux qui sont capables de les déchiffrer. En se prosternant devant l'enfant, ils s'assujettissent humblement, en reconnaissant par leur geste, que leur savoir, certes grand, ne saurait se comparer à celui des puissances de l'univers, du divin, dont l'enfant incarne à la fois l'humilité et la grandeur. Cette "imagination de Noël" garde son sens initial aujourd'hui: tout savoir, tout spécialement celui dont s'enorgueillissent les scientifiques de tous bords, reste extrêmement limité en comparaison de "Celui" qui a su créer la terre et l'univers tout entier... Tout orgueil démesuré à ce sujet se révèle dès lors, comme du pur narcissisme et devient assez insignifiant sinon ridicule. Nulle intelligence humaine ne saurait être supérieure à celle qui a tracé les espaces que nous habitons et créée l'être humain. Ce dernier est le fruit de la terre le plus précieux et toute science qui, par ses applications, nuit à la véritable vocation humaine, est le contraire du "Noël" voulu  par les mages.

        L'évangile de Luc et de Matthieu illustrent donc des situations, des intentions bien différentes, mais complémentaires. D'une part un scénario qui veut toucher le coeur humain, pour l'humaniser davantage, inciter l'être humain à "recouvrer son innocence originelle", non pour devenir infantile mais pour réapprendre à s'étonner de la vie, développer l'intérêt pour les autres, pour mieux les comprendre, les aider, les aimer davantage. D'autre part, chez Matthieu, nous trouvons une incitation à dépasser la seule perception matérielle du monde et des êtres qui y vivent: la pensée humaine donne accès aux savoirs possibles sur notre terre. Cela est nécessaire à l'être humain pour progresser. Mais notre  pensée doit s'exercer à aller plus loin que la réalité tangible, pour accéder aux réalités spirituelles qui fondent le monde matériel. Notre intelligence doit se mettre au service de l'humain, pour qu'il puisse se développer dans un contexte social incitant à la créativité et à la progression humaine. Elle doit se "prosterner" devant les exigences véritables de la nature humaine, pour en mesurer la grandeur et la vocation. Chaque être humain mérite de vivre, pour s'épanouir, pour développer ses propres talents.  C'est en purifiant notre vie intérieure de nos égoïsmes, par une catharsis symbolisée par l'image de l'oliban, de l'encens, que nous aurons accès au mystère humain de "l'autre", pour mieux le servir et l'aimer. Pour cela, la force de la volonté personnelle, symbolisée par la myrrhe, sera sans cesse nécessaire.

       Voilà des images de Noël qui sont bien loin de celles que nous présentent les médias de notre temps, qui ne cessent de vouloir nous suggérer que la fête de Noël ce ne sont que les lumières multicolores, les pères Noël  et les paquets-cadeaux! Si notre imagination sur Noël se limite à ces stéréotypes de consommation, nous nous lasserons vite, parce que, en définitive, tous ces biens matériels, parfois enviables, souvent aussi inutiles, sont tout de même incapables, à long terme, de nous combler. La société de consommation a ses mérites, mais aussi ses limites. Si elle néglige le facteur humain, si elle tolère des injustices sociales, si elle n'apprend pas à partager les richesses et l'amour de la vie avec les autres, si elle oublie ceux qui sont dans la misère, elle ne fera que nourrir des rancoeurs qui finiront par  s'affronter dans la violence et la souffrance. Prenons le temps de relire les textes qui sont à la source de la fête de Noël, pour en tirer un enseignement précieux et une force nouvelle. Les premiers chrétiens ne fêtaient pas Noël comme nous, car leur joie de Noël ils la vivaient dans leur âme, dans leur coeur. La volonté de nous ressourcer à partir de ces textes ne doit certes pas nous priver de fêter Noël selon nos traditions, ni  nous empêcher de faire des cadeaux pour faire plaisir. Mais mieux comprendre le sens de Noël, nous permettra d'avoir un regard nouveau sur cette fête et remplira notre âme d'une grande sérénité, pour apprendre à nous ouvrir aux autres, pour nous sentir solidaires et respectueux finalement de toute l'humanité. Les messages d'humanité que contiennent les évangiles de Luc et Matthieu ont donc un caractère universel: ils touchent tous les humains, quels que soit leur sexe, leur culture, leurs convictions politiques et spirituelles. Que Noël redevienne pour nous un émerveillement, une joie véritable, la fête de la grandeur de la dignité humaine, telle que l'illustrent magnifiquement les belles cantates de Noël de J.S.Bach! Noël! Noël! Noël! devient alors un cri d'amour!       

Par Myriam - Publié dans : Echange d'idées
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Samedi 19 novembre 2011 6 19 /11 /Nov /2011 17:08

                      

 

 

Le mois de novembre a les couleurs de l'automne. La nature dans un dernier sursaut de vitalité, se métamorphose en une magie de lumières qui se reflètent sur les innombrables feuilles des arbres qui prennent des teintes magnifiques avant de tomber inertes sur le sol. L'année va bientôt s'achever dans le froid de l'hiver... La Toussaint ouvre la porte sur novembre, dans un climat psychologique bien particulier, la journée suivante étant consacrée à la mémoire des défunts. La tradition chrétienne européenne attache une valeur particulière à cette période de l'année. Le calendrier liturgique ne suffisant pas à rappeler le nom de toutes celles et tous ceux que l'église a sanctifiés, le premier jour de novembre a été choisi pour célébrer tous les saints. Les communautés orthodoxes attachent aussi beaucoup d'importance au culte des saints. Ce culte avait à l'origine comme but essentiel, de présenter aux fidèles, des modèles de vies exemplaires: exemple des nombreux martyrs morts pour leur foi, exemple de personnes portées par leur foi, modèles d'espoir pour une humanité en souffrance. Saint François d'Assise reste une des icônes de grande sainteté: sa foi mystique qui se révèle jusqu'à  ses stigmates corporels, son amour universel que l'on retrouve  dans ses textes de louange à l'univers, à la nature, à tous les êtres vivants et même à la mort elle-même considérée comme une compagne libératrice. Alors que le Christ, suivant l'enseignement juif, enseignait que "Dieu seul est saint", l'église catholique a inauguré la sanctuarisation de toutes celles et ceux qu'elle jugeait dignes, à travers leur vie exemplaire et les miracles obtenus grâce à eux. Pour les fidèles, ils devenaient  alors, non seulement un modèle de vertus, mais aussi un recours dont on pouvait faire usage, par la prière.

     A travers l'histoire de l'église, on sait que les pratiques de sanctification étaient souvent fortement  influencées par les puissants en place, tant du côté ecclésial que du côté politique. Un exemple frappant reste celui de notre "Jeanne d'Arc" nationale, qui ne fut "sanctifiée", après de nombreuses tractations politico-religieuses,qu'au début du 20ème siècle!..L'église romaine a toujours continué à béatifier, puis sanctifier, après une procédure spéciale, les personnalités qu'elle jugeait dignes d'un tel honneur. Il est curieux que le choix opéré, même aujourd'hui, parait  assez anachronique: on sanctifie parfois des personnes décédées depuis très longtemps et d'autres dans un passé très proche...On se souvient que le Pape Jean-Paul II avait accéléré la procédure de béatification pour mère Térésa. Nous savons aussi  que lors des funérailles de ce même Pape, une partie de la foule présente s'est manifestée en criant que l'on devait sanctifier le défunt immédiatement. L'église romaine a aussitôt commencé les procédures de béatification, préambule à celui de la sanctification...Une première dans l'histoire de l'église romaine et surprenante au 21ème siècle. Sans porter un jugement de valeur, on peut cependant regretter qu'une pareille procédure n'ait jamais été jugée utile pour des personnalités telles l'abbé Pierre ou encore soeur Emmanuelle... Leur vie n'était-elle pas entièrement consacrée aux autres? Les procès de sanctification sont-ils encore adaptés à notre temps? L'église réformée n'a-t-elle pas sciemment renoncer à cette pratique? Si l'on pense que l'individualité humaine n'a droit qu'à une seule vie terrestre, la sanctification revêt un aspect assez étrange: cela signifierait finalement qu'un nombre limité d'individus aurait, en une vie, atteint une perfection exemplaire, en devenant ainsi, les privilégiés de Dieu, tandis que tous les autres resteraient imparfaits et tributaires de la clémence divine...En envisageant l'hypothèse de réincarnations, de vies successives, d'autres perspectives s'ouvriraient aussitôt, tout aussi problématiques: les "saints", ayant atteint leur perfection, renonceraient-ils à accompagner l'évolution de la société humaine, en ne se réincarnant plus? Or, la réincarnation ne serait-elle pas la meilleure possibilité, concrètement, d'avancer graduellement vers une perfection humaine et morale, puisque, entre deux réincarnations, les êtres humains auraient la possibilité de faire leur bilan moral, pour en tirer un enseignement pour leur prochaine vie? Ces questions valent la peine d'être posées.

      Le jour qui suit la Toussaint est celui qui est consacré à la mémoire de tous ceux et celles qui nous ont quittés. Bien des personnes se refusent de penser aux défunts, car cela évoque leur propre devenir, tous les humains étant mortels. Elles préfèrent se réfugier dans des distractions, des activités, qui leur font croire que leur vie terrestre est illimitée...D'autres, suivant une longue tradition, vont fleurir la tombe de celles et ceux qui sont partis. Un court instant pour le souvenir et la reconnaissance. Le geste accompli, la vie reprend alors vite son train habituel et l'on préfère penser à autre chose.

     Il serait peut-être utile, cependant, de prendre parfois le temps de penser davantage à nos défunts. Non pour en faire le culte, mais pour en tirer un enseignement pour notre vie en cours. Tous nos parents et amis chers qui ont disparu, ont aussi emmené avec eux, une partie de notre propre vie, puisqu'ils ont aussi participé à notre propre histoire. Tous ces souvenirs restent gravés en nous et sont autant de trésors enfuis en notre âme. Tous ces disparus, nous les avons côtoyés, partagé des instants de leur vie, leurs rires et parfois leurs pleurs. Ils formaient une trame essentiel de notre propre existence...Mais ils sont partis et ont laissé un vide immense que rien ne saurait plus combler. Plus le temps passe, plus nous nous rendons compte de ce qu'ils représentent d'irremplaçable pour nous. Par leur départ, notre environnement humain familier s'est appauvri et nous portons en nous encore tant de questions que nous voudrions, aujourd'hui, poser à ceux et celles que nous avons côtoyés . Nous croyions les connaître et pourtant, nous savons à présent, qu'ils ont emporté avec eux nombre de secrets que nous n'étions pas, alors, assez curieux  de découvrir. Etions-nous assez attentifs, assez intéressés à la richesse qu'ils représentaient pour notre vie? Les avons-nous vraiment connus, assez aimés? La triste réalité du quotidien nous démontre que chaque être humain prend souvent plus de place en notre coeur, une fois qu'il est mort...

     Puis il y a la foule immense de celles et ceux qui, murés dans leur solitude, sont morts seuls, dans leur logis ou le plus souvent, dans une maison de retraite, à l'hôpital. Dans notre société actuelle, matérialiste, égoïste et souvent inhumaine, on a pris l'habitude d'écarter du regard tout ce qui dérange la belle illusion installée. On n'aime pas être confronté aux misères humaines et surtout pas à la mort. La vie est souvent devenue, aujourd'hui, une foire de l'éphémère où beaucoup de personnes préfèrent se distraire par la consommation d'alcools, de drogues, de télé, de spectacles multiples. Grâce à ces flots de divertissements, on se laisse emporter dans une inconscience voulue, programmée, que l'on juge bienfaisante et nécessaire au maintien de l'équilibre personnel. Cela est bien compréhensible  dans une société qui est en crise constante, où la vie courante devient précaire, où l'on a peur du lendemain.

      Nos défunts nous rappellent que la vie sur terre n'est pas éternelle et que nos jours sont toujours comptés. Il peut être rassurant pour certains de penser que les progrès de la science ne s'arrêteront jamais et que ces derniers permettront, de plus en plus, de soigner voire éradiquer toutes les maladies, à freiner la dynamique funeste et inéluctable de la vieillesse, pour parvenir finalement, à donner à l'humain son immortalité...Il n'est pas interdit de rêver...Une chose, cependant est certaine: tous ceux qui portent en eux cette espérance, n'en verront jamais la concrétisation dans leur vie présente! Nous sommes donc tous confrontés à une réalité indéniable: nous naissons et finalement nous mourrons. Notre avenir terrestre est donc limité, malgré les progrès de la médecine. De tous temps, les cultures généraient leur propre croyance religieuse, qui élargissait l'horizon du devenir humain: la mort n'est point la fin de la vie humaine. Les religions ont toujours promis un "au-delà", où l'être humain continuerait  d'exister. Aujourd'hui la société occidentale a beaucoup changé. Alors que pendant plusieurs siècles, les sciences n'influaient guère sur le psychisme religieux d'une large population, après les deux guerres mondiales, la situation est toute autre. Aujourd'hui, de nombreux penseurs, philosophes, scientifiques sont athées ou à la limite agnostiques. C'est cependant bien moins le cas par exemple chez les musulmans, les bouddhistes...Cela aussi mérite réflexion.

      La mort était jadis toujours considérée comme faisant partie de la vie. On l'acceptait comme une échéance naturelle. La religion atténuait l'angoisse humaine, en proposant une foi qui ouvrait sur une espérance qui permettait de juguler les inégalités, les injustices terrestres, puisque "le jugement divin" final, représentait une justice où les bons seraient récompensés et les méchants punis. Au fil du temps et de l'évolution des consciences humaines, les humains ont pensé que la justice devait déjà régner sur terre et qu'on ne pouvait tout accepter, en plaçant tous ses espoir dans un "au-delà" hypothétique...Aujourd'hui, nous vivons dans un monde où la science est devenue omniprésente, savante, inventive et puissante, mais assujettie aux pouvoirs politiques, des affaires, des finances. Les sciences portent encore un avenir prometteur, mais le problème essentiel reste à l'échelle humaine, car les scientifiques sont aussi des humains qui sont, hélas, souvent récupérés et asservis par les puissants en place. Le paradis terrestre promis sans cesse devient alors plutôt  un espace de conflit, d'affrontement, de souffrances nouvelles. L'enfer hypothétique prêché par certaines religions devient une réalité tangible dans le monde actuel. Encore jamais l'humanité n'avait été autant menacé, sous diverses formes, comme c'est le cas aujourd'hui : nature polluée, aliments manipulés, trafiqués, déchets nocifs éparpillés, armes redoutables, nombre de centrales atomiques qui resteront une menace constante pour toute l'humanité. Bien des humains vivent aujourd'hui dans un monde où les menaces, au lieu de diminuer, vont encore augmenter, en dépit des promesses multiples des gouvernants qui, eux aussi, sont débordés par des problèmes qu'ils ne maîtrisent plus. Comment s'étonner qu'un nombre croissant d'humains soient déprimés, se bourrent de tranquillisants et de drogues diverses, pour échapper momentanément à un quotidien devenu insupportable. Un nombre croissant de suicides non seulement chez les vieux abandonnés, mais de plus en plus aussi chez les jeunes désespérés, sont le triste indice d'un monde qui va mal. Vivre dans un monde d'affrontements, d'injustice où tout idéal est considéré comme une rêverie, une chimère voire une débilité et où tout autre espace d'espoir, "d'au-delà" est, lui aussi considéré par beaucoup comme une ineptie, ne laisse qu'une issue à l'individu: celle de disparaître dans un néant. Ce vide, certains désespérés croient le trouver dans le suicide.

      Les pensées d'automne, quand la nature déploie encore tous ses feux de couleurs et de lumières avant de s'endormir dans la mort de l'hiver, peuvent peut-être nous redonner un peu d'espoir. L'hiver passé, la nature renaîtra, reprendra d'infinis couleurs pour recommencer une "nouvelle vie". L'être humain qui participe aux rythmes de la nature dont il représente le fleuron, aurait-il une destinée moins favorisée?

      On se remet alors à penser à nos chers disparus. Certains sont morts jeunes, d'autres vieux. Tous avaient des projets qui ont eu des aboutissements divers, selon les durées de vie, les conditions historiques, sociales, culturelles. Aucune vie, même riche de conquêtes, de réussites, d'expériences diverses, n'a abouti à la réalisation de toutes les espérances initiales. Et si, chaque vie, n'était qu'un des éléments d'un parcours plus long, plus exigeant, plus merveilleux? Dans cette perspective, rien ne serait plus perdu à jamais. Tous ces humains qui ont laissé leur trace, leur souvenir affectueux en nos coeurs, nous pourrions les retrouver. Nos vie prendraient un sens nouveau: elles seraient des étapes d'une longue progression, où les vies nouvelles seraient dans la continuité des vies passées, sous d'autres conditions, d'autres parcours. Un cheminement nouveau d'expériences, de réussites, d'échecs aussi, qui serait aussi pour nous un enseignement pratique et continu: apprendre à mieux gérer sa vie, à acquérir une sagesse, à vivre un amour qui se traduira dans la réalité d'une manière nouvelle, sous diverses formes concrètes, sociales et véritablement humaines.

Ceux qui sont partis laissent en nous des marques indélébiles, celle de leur affection, leur amour qui s'est révélé à travers leurs paroles, leurs faits et gestes. C'est là, la véritable valeur humaine qui réside non dans des critères matériels, mais dans les richesses spirituelles qui vivent dans l'âme humaine. Les défunts nous rappellent nos vraies priorités: notre vie terrestre n'a de sens que si nous mettons tout en oeuvre, pour nous engager, selon nos possibilités, à rendre sans cesse notre société plus humaine. Tant que la dimension, les exigences humaines ne constitueront pas le fondement essentiel de notre politique économique, notre vie sociale, culturelle, nous ne progresserons pas. Les progrès scientifiques, contrairement à ce que l'on croyait au départ, ne seront jamais les garants d'une vie humaine plus épanouie, plus heureuse, plus saine, tant que l'âme humaine, la conscience humaine individuelle n'aura pas évolué. Chaque vie humaine est infiniment précieuse. Les défunts nous présentent le miroir de cette réalité. A nous d'en tirer une leçon, à travers une réflexion approfondie de cette réalité, afin d' honorer ceux qui sont partis et de donner vraiment du sens à notre vie.              

Par Myriam - Publié dans : Echange d'idées
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Lundi 7 novembre 2011 1 07 /11 /Nov /2011 16:56

                 

 

Placido Domingo, le ténor mondialement connu, est aussi un fameux dirigeant et un des meilleurs spécialistes en matière d'opéras, à tel titre qu'il a endossé diverses fonctions importantes dans ce domaine. Comme directeur artistique, il connaît toutes les ficelles d'une profession difficile, mais passionnante.  Il suit avec grand intérêt  tous les évènements touchant le domaine de l'opéra, surtout dans les grandes villes qui ont la vocation d'être des phares représentatifs pour cet art particulier. Parmi ces hauts lieux légendaires, Bayreuth et Salzbourg tiennent un rang important, car les noms de R. Wagner et de W.A. Mozart y sont étroitement liés. Mais on songe aussi à d'autres personnalités comme Richard Strauss et Hugo von Hofmannsthal qui a fondé dès 1920 le désormais célèbre Festival de Salzbourg. A ce jour, ces villes assumaient toujours comme tâche essentielle, comme mission, de présenter les oeuvres des grands compositeurs de manière exemplaire. Les meilleurs musiciens, dirigeants d'orchestres, chanteurs et chanteuses, directeurs artistiques, metteurs en scène, décorateurs étaient requis et considéraient leur tâche comme un consécration de leur talent, comme un honneur tout particulier... Or, ces derniers temps, Bayreuth et Salzbourg, ont pris le parti de présenter les opéras et oeuvres classiques, dans des mises en scènes extravagantes, anachroniques, déformées voire choquantes. Domingo a dit, à ce propos, ce que la plupart des mélomanes avertis et connaisseurs d'opéras pensent aussi: "J'ai un problème avec ça. Cela m'est totalement incompréhensible"...Ses paroles concernaient les nouvelles productions de "Tannhäuser" et de "La Femme sans ombre"... Et d'ajouter: "En tant que directeur d'opéra, je n'autoriserais jamais des choses comme ça. En Allemagne et en Autriche, les productions controversées sont malheureusement devenues la norme...". Ces paroles traduisent un malaise profond que l'on ne peut comprendre que si l'on se penche davantage sur ce sujet.

   On aura vite compris que les propos véhéments de Domingo ne concernent pas la qualité musicale des productions en question. Il n'évoque nullement une mauvaise qualité musicale, de piètres musiciens, une mauvaise direction d'orchestre...Tout le monde sait qu'aujourd'hui, dans les grandes villes culturelles, seuls des musiciens accomplis sont engagés, dans le cadre de structures et de directives administratives strictes. Cette rigueur s'applique à tous les niveaux des formations musicales, dirigeants inclus. La critique de Domingo s'adresse donc exclusivement à des sujets tels  la mise en scène, tout ce qui concerne les décors, costumes, direction des chanteurs, chanteuses en tant qu'acteurs, actrices dans l'espace scénique. S'agit-il  chez Domingo d'un simple mouvement d'humeur ou ce jugement est-il vraiment fondé? Si on s'intéresse à l'opéra et que l'on consulte les journaux ou magazines à ce sujet, on constatera rapidement que Domingo n'est pas le seul à exprimer des critiques sur les mise en scène actuelles concernant les opéras. Apparemment Bayreuth et Salzbourg ne sont pas les seules villes mises en cause. Vienne, Paris, Berlin et bien d'autres villes ont pris l'habitude de présenter des opéras dans des mises en scènes, décors et jeux de scène vivement critiqués. Pourquoi?

     Pour aborder ces questions sérieusement, il faut étudier l'opéra de plus près. Quand est né l'opéra? L'histoire de la musique nous apprend que l'opéra naît en Italie, essentiellement grâce à Claudio Monteverdi. Purcell, Haendel, Pergolesi suivront, en inaugurant d'autres styles, d'autres formes dans le domaine de l'opéra.. Puis vint C.W. Gluck dont le merveilleux opéra "Orfeo ed Euridice", vivement critiqué au départ, amena une véritable révolution dans ce genre musical. Une innovation majeure est engagée par W.A. Mozart, ses opéras extraordinaires dans la forme et l'expression musicale montrent qu'il sut allier l'héritage musical italien au génie allemand: un opéra initiatique, sa Flûte Enchantée  (die Zauberflöte), chantée en allemand, ouvre de nouvelles voies. Carl Maria von Weber, à son tour, sera considéré, grâce à son "Freischütz", comme le fondateur de l'opéra allemand. Beethoven suivra avec son "Fidelio", son hymne à la liberté, puis de nombreux autres compositeurs allemands parmi lesquels R. Wagner et R. Strauss jouent un rôle important, en innovant et créant des formes musicales nouvelles, particulièrement révolutionnaires. Mais d'autres pays européens profitent aussi de l'héritage de Monteverdi et leurs compositeurs écrivent des opéras merveilleux, reflétant leur propre culture, leur propre style, leur propre histoire. Ainsi naissent les opéras italiens, avec un grand nombre de compositeurs prestigieux comme Cimarosa, Rossini, Donizetti, Bellini...Verdi, Puccini... Parallèlement naissent les opéras français à travers des noms comme Boïeldieu, Auber, Gounod, Bizet, Saint-Saëns, Massenet...Chabrier, Charpentier, Fauré... L'opéra russe brille aussi de mille éclats grâce à Glinka, Borodine,Tchaikovsky, Moussorgsky..Stravinsky, Prokoviev, Chostakovitch! On pourrait aussi évoquer l'opéra tchèque de Smetana et Dvorak, le polonais de Szymanowski, Penderecki...L'opéra hongrois, espagnol etc...Chaque pays européen aura ainsi son catalogue d'opéras qui sera dès lors à la disposition de tous les mélomanes.

     A partir de ce constat, il devient évident que chaque pays possède ses opéras, composés par leurs compositeurs qui, à ce titre, ont leur style, leur culture, leur histoire particulière, leur singularité. C'est une richesse formidable inscrite par la diversité et l'originalité des oeuvres présentées. Que faut-il en déduire? On sait que l'on définit l'opéra comme étant une forme musicale étroitement liée à un texte écrit par un librettiste qui écrit une histoire dramatique ou comique qui est le "sujet" de l'opéra. Le livret, le "libretto" fixe la dramaturgie, les décors, la dynamique du jeu des acteurs, les propos tenus, l'histoire évoquée...L'ensemble fixe le cadre d'évolution, la mise en place,  la création d'un opéra. Le livret existe avant la création de l'opéra et déterminera la suite du projet. Le compositeur lui, en se basant sur le texte du librettiste, écrit sa musique qui doit "coller" d'une manière parfaite et adaptée à la situation évoquée. Ce qui signifie qu'au départ, à travers le texte écrit par le librettiste, la trame objective, réaliste, physique est déjà en place: le temps historique, la chronologie est clairement fixé, le décor évoqué exactement au début de chaque nouvel acte, les costumes adaptés aux personnages et à l'époque visée. L'art du compositeur sera de mettre son génie musical en oeuvre pour insuffler la vie au texte, pour y faire surgir une âme vivante grâce à la musique qui portera et transcendera le tout. Il est évident que le librettiste joue un rôle essentiel dans la genèse d'un opéra. On s'en rendra compte bien souvent en étudiant nombre d'opéras existants où la musique est bien belle...mais le libretto faible voire nul! Nombre d'excellents compositeurs se sont découragés de n'avoir trouvé un auteur librettiste génial qui leur aurait permis de faire preuve de leur propre art. L'orfeo légendaire de Monteverdi est porté par les textes très beaux d'Alessandro Striggio. Celui de Glück, par ceux de Ranieri. Les opéras essentiels de Mozart sont bâtis sur les beaux textes de Lorenzo da Ponte et la Flûte Enchantée chantée en allemand nous rappelle l'étroite collaboration d'Emanuel Schikaneder. Richard Wagner aura le génie et l'audace d'être son propre librettiste! Richard Strauss aura divers librettistes dont le plus célèbre restera la fameux Hugo von Hofmannsthal. Toutes ces oeuvres sont des classiques inscrits à jamais dans l'histoire musicale de l'humanité. Chaque oeuvre est née à une période précise de l'évolution historique et artistique de l'histoire musicale. Le seul dénominateur commun à toutes ces oeuvres est à chercher en profondeur, dans le mystère humain, l'évocation des forces véhiculées dans l'âme humaine. Tous les librettistes mettent en scène les passions humaines, les joies et souffrances inscrites dans toute existence humaine. A travers tous les opéras, nous assistons à diverses "histoires" qui, sous des décors multiples, des situations dramatiques variées, des chronologies précises, évoquent les passions humaines.

Cela signifie donc, que chaque opéra devrait être présenté dans le cadre fixé par les textes et le scénario du librettiste. Quand Haendel présente son opéra "Giulio Cesare in Egitto", son oeuvre en trois actes, qui évoque un drame qui se passe 50 ans avant notre ère, il semble logique que les décors, les costumes soient adaptés à cette époque. Il en va de même pour le Figaro de Mozart qui colle au texte de Beaumarchais, qui met en scène le 18ème siècle. Présenter et chanter ces textes dans des costumes et décors d'aujourd'hui s'avère logiquement comme absurde, stupide. Or ce genre de "modernisation" est aujourd'hui courante. Présenter un opéra de Mozart dans des décors et des costumes d'aujourd'hui apparaît comme absurde, étant donné que cette musique est celle propre à cette époque  et que les textes évoquent un contexte social de ce temps!

      Or c'est précisément ce qui se passe actuellement sur certaines scènes d'opéra. Sous le motif de vouloir être innovants et géniaux, certains directeurs artistiques et metteurs en scènes croient "dépoussiérer" et "moderniser" les oeuvres en les plaçant  dans des décors "modernes", contemporains. Toute outrance est proclamée innovante voire géniale: tenues débrayées, extravagantes, choquantes et décors d'épouvante ou risibles, provocants. La direction des acteurs chanteurs subit dans cette lancée des métamorphoses plus qu'étonnantes. Tout tabou est levé et tout devient possible. On décrypte les textes sous les "lumières" d'une psychanalyse freudienne pour y déceler des allusions sexuelles, perverses, qu'il s'agit de mettre en évidence, à travers le jeu de rôles des acteurs chanteurs. L'importance de la dimension freudienne dans la vision de nombre de metteurs en scènes actuels est évidente et on ne peut s'empêcher de sourire quand on pense au livre de Michel Onfray, "le crépuscule d'une idole. L'affabulation freudienne." Il est navrant de devoir imaginer que nombre de jeunes ou moins jeunes croyant découvrir, s'initier à l'opéra, vont être confrontés à de tels spectacles! Cela est proprement révoltant car les oeuvres sont manipulées, défigurées, trahies. Comment ne pas partager la réaction furieuse de Placido Domingo?

     Jusqu'à ces jours, les opéras de Wagner étaient toujours l'objet d'une attention toute particulière. R. Wagner s'était battu pour garder un contrôle absolu sur tout ce qui concernait son oeuvre. Son épouse Cosima, son fils Siegfried et toute sa descendance se sont relayés pour "préserver la tradition" dans les mises en scènes, costumes, décors. Après la deuxième guerre mondiale,  Wolfgang, puis Wieland Wagner ont "modernisé" la mise en scène, grâce essentiellement aux nouvelles techniques d'éclairage et une mise en scène plus fluide, les costumes restants toujours dans un certain classicisme. Lors du centenaire de l'Opéra de Bayreuth, en 1976, grâce à Pierre Boulez, Patrice Chéreau a révolutionné le monde wagnérien par sa mise en scène de la Tétralogie. Controversé à l'époque, son travail reste un exemple de "modernité réussie", sans outrances. Aujourd'hui, les opéras wagnériens ont, de nouveau, subi des métamorphoses pas toujours très réjouissantes : décors et costumes souvent hideux, jeu d'acteurs chanteurs à la limite du supportable. La contagion a aujourd'hui saisi la majorité des opéras présentés.

      Il est étonnant et quelque peu mystérieux que des productions aussi médiocres soient financées...Alors que de toutes parts on évoque le manque de moyens financiers pour la culture, il est curieux de devoir constater que de tels projets soient soutenus. Que penser ? Les responsables de ces projets sont-ils consciemment ou inconsciemment payés pour être les destructeurs d'une culture essentielle? Nos plus grands compositeurs ont-ils mérité d'être traités de cette manière? Certains grands directeurs artistiques tel Domingo refusent de trahir les compositeurs et leur art. Il existe encore des lieux tels Glyndebourne, New York, Zurich où des directeurs et dirigeants prestigieux savent présenter des opéras dans des mises en scènes magnifiques et une direction d'acteurs chanteurs parfaite. Dans sa mise en scène de "La Gazetta" de G. Rossini, Dario Fo a su, d'une manière originale, moderniser les décors et le jeu des acteurs. Mais il a choisi un opéra comique intemporel et il a su se servir de son expérience de la "comedia del arte"! Parmi ces artistes géniaux on pourrait aussi évoquer Peter Ustinov, Zeffirelli ou encore Otto Schenk. Mais peu de metteurs en scène ont leur savoir et leur génie! On a souvent de la peine de devoir constater que de merveilleux chanteurs se laissent embrigader dans des spectacles déplorables et avilissants. Est-ce à défaut d'avoir momentanément d'autres engagements?? Il faut bien vivre...

      On sait par expérience, que les opéras présentés sous leur forme classique, avec de bons musiciens, de bons chanteurs, de beaux costumes, décors appropriés, ont toujours eu du succès. Pourquoi alors, vouloir imposer au public des spectacles affligeants qui déshonorent les compositeurs qui nous ont légués ces chef d'oeuvres  et qui ne respectent pas ceux et celles qui aiment la vraie culture? Là encore, c'est à chacun d'entre nous de réagir, de protester. La vie culturelle existe grâce à notre argent! Si les lieux d'opéras sont désertés par le grand public tant que les spectacles sont avilissants et trahissent l'oeuvre artistique, les responsables devront finalement bien changer leur manière de faire! Il est inacceptable que l'argent consacré à la culture soit dilapidé dans des entreprises qui sont un affront autant pour les compositeurs que pour les spectateurs.

     La musique est une des formes de spiritualité la plus immédiatement accessible à tout être humain, quel que soit son sexe, sa culture, son âge. Elle parle à toute âme prête à s'ouvrir au beau. Elle émeut, console, guérit. L'opéra est une forme merveilleuse de musique qui s'adresse au coeur humain, à l'émotion intime, personnelle. Mozart, par ses opéras, a su, à travers ses airs et mélodies refléter musicalement toutes les émotions humaines. Beethoven, lui, a donné au monde, à travers son "Fidélio" un message éternel d'amour et de fraternité humaine.

      Placido Domingo se révolte à juste titre de la destruction programmée des spectacles d'opéra. On ne peut qu'espérer que sa voix soit vraiment entendue par tous ceux qui aiment l'opéra. Il est grand temps que nous réagissions contre la destruction de notre culture musicale.  Nous ne pouvons laisser libre cours à ceux qui veulent empêcher les générations présentes et futures de se nourrir à une culture qui est belle, généreuse, enrichissante. Prenons notre responsabilité en réagissant par tous les moyens dont nous disposons. Mieux vaut lutter pour une culture qui enrichit l'être humain que de subir une culture dégradante, avilissante, destructrice. La musique d'opéra mérite d'être présentée dans son cadre véritable par respect pour les artistes qui nous l'ont léguée, pour que nous puissions y puiser les émotions qui font vibrer notre âme et la beauté qui enrichit notre esprit.

     

  

Par Myriam - Publié dans : Echange d'idées
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Dimanche 9 octobre 2011 7 09 /10 /Oct /2011 14:46

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A longueur d'année, les médias nous submergent de nouvelles catastrophiques. Parmi celles évoquées, celles concernant les menaces sanitaires prennent une énorme importance. Cela paraît normal, puisque qu'il s'agit en définitive, du souci de préserver notre santé, de soigner nos maladies, de préserver notre vie. Encore jamais, dans l'histoire de l'humanité, les informations concernant le domaine de la santé, des progrès de la médecine et, en corrélation, des dangers guettant l'être humain, n'ont été aussi nombreuses...et aussi contradictoires. Dans de nombreux colloques radiodiffusés, télévisés, repris par les revues et journaux, on évoque les dangers du cancer, ses ravages grandissants dans la population, les maladies cardiovasculaires, la maladie d'Alzheimer...Nous vivons une drôle d'époque où, d'une part nous sommes constamment sollicités par d'innombrables informations médicales souvent contradictoires et d'autre part de nouvelles très optimistes clamant que l'espérance de vie est en constante augmentation, que la médecine progresse prodigieusement. Sur le coup, on se met à rêver, à redevenir optimiste, puisque notre horizon de vie devient plus étendu, plus prometteur...Mais ce bonheur  est vite tempéré, amoindri, quand nous apprenons que l'espérance d'une vie plus longue, pour plus de personnes, a aussi son revers redoutable. Loin de nous présenter un modèle de vie enviable, voilà qu'on nous fait craindre le pire: la déchéance, l'anéantissement au cours de la vieillesse...  A intervalles réguliers, les médias nous informent que d'une part, un nombre grandissant de personnes âgées sont frappées de la maladie d'Alzheimer et d'autre part que notre pays manque cruellement de maisons de retraites adaptées.

        Notre société plonge dès lors dans une crainte constante:  aux menaces du cancer,  de maladies cardiovasculaires,  voilà qu'à ces pathologies frappant le corps physique, s'ajoute l'épouvante d'une maladie  aboutissant à la disparition inéluctable de la conscience personnelle et des acquis de la mémoire. Perdre l'auto conscience, ne plus savoir qui on est, ne plus reconnaître les siens, perdre ses souvenir, est-ce encore exister? Certes, le malade, dira-t-on, s'il n'en a pas conscience, n'en ressentira aucune souffrance. C'est avant tout son entourage qui risque d'être traumatisé par la vision de la déchéance irrémédiable du malade?...Peut-on vraiment être sûr que le malade soit complètement inconscient, à tout moment, de son état véritable ?? Entre le début de la maladie et l'aboutissement fatal, l'installation définitive, irréversible,  de la "maladie d'Alzheimer", il peut s'écouler un temps très variable qui, lui, est certainement porteur d'énormes tensions et de souffrances intimes pour le malade, ce dont nous n'avons aucune idée. L'incertitude quant à l'état mental véritable, "l'état d'âme" du malade, nous paraît d'autant plus menaçante, mystérieuse, effroyable, qu'il s'agit d'un espace qui nous échappe complètement. Or, tout phénomène inconnu, dès que nous essayons de le comprendre, sans jamais y parvenir, ne peut que nous inquiéter encore davantage.

      La maladie d'Alzheimer est devenue une des plus grandes frayeurs de notre temps. Comment pourrions-nous avoir une vision apaisée de notre "retraite", espérer une vieillesse épanouie, heureuse, faite de liberté, de temps disponible, si cet espace qui s'ouvre, après une vie de labeur, porte la lourde menace de la maladie, qui peut soudain effacer de notre mémoire nos souvenirs les plus précieux, nous arracher à notre environnement naturel, social, à notre famille, nos amis et nous enlever la conscience véritable de notre propre existence?  Cette peur et ces préoccupations sont devenues un problème social national. Nos gouvernants sont confrontés à de nouveaux problèmes dramatiques: l'augmentation constante de ces malades nécessite des structures hospitalières nouvelles adaptées, des médecins et soignants nombreux et spécialisés. En cette période de crise financière, d'endettement excessif de l'état, ce problème prend des dimensions dont on ne connaît encore l'ampleur. La situation sanitaire d'un état influe naturellement considérablement son budget et tous les responsables ont à faire face à des problèmes gigantesques. Mais la situation étant ce qu'elle est, on n'a plus le choix, il faut bien réagir...De quelles aides dispose le malade supposé être frappé de la maladie d'Alzheimer? Le médecin généraliste l'envoie chez un collègue "spécialiste" qui lui fait passer différents tests pour juger de l'état cérébral du patient, l'existence avérée ou non de cette pathologie, quantifier son ampleur. Tout est codifié, analysé et les tests sont répétés à intervalles réguliers, pour contrôler "objectivement"  l'évolution de la maladie. En un temps où les médias nous informent à longueur d'année de cette maladie, nous prévenant que nos "oublis" répétés, nos "trous de mémoire", au courant de notre vie quotidienne pourraient être des symptômes, des signes annonciateurs de la terrible maladie, comment s'étonner qu'un nombre croissant d'hommes et de femmes, alors qu'ils sont peut-être même encore bien éloignés de l'âge de la retraite, s'inquiètent dès que leur mémoire est défaillante! Une véritable psychose peut s'installer déclenchant une panique chez bien des personnes craignant déjà d'être la proie "d'Alzheimer"...Dans un passé pas tellement lointain, on acceptait, sans inquiétude exagérée, d'avoir parfois des "trous de mémoire" en se disant, en souriant, qu'on était en train de vieillir. On ne considérait pas l'affaiblissement de la mémoire comme une maladie fatale, mais comme une chose naturelle. Les gens savaient aussi que l'abus d'alcool, de stupéfiants pouvait être préjudiciable au bon fonctionnement cérébral et que de grands chocs émotionnels pouvaient aussi ébranler la mémoire humaine. Tous savaient aussi qu'une mémoire non entraînée, risquait de se détériorer à long terme: les anciens comédiens, les musiciens, les écrivains qui ont souvent gardé une excellente mémoire, en étaient une preuve évidente. Aujourd'hui, les médias dissertent tellement sur la maladie d'Alzheimer, que nous finissons tous par être traumatisés. On nous conseille, au moindre doute sur la qualité de notre mémoire, d'aller consulter notre médecin, pour nous prévenir contre la maladie redoutée...Pour aboutir finalement à quoi? A nous faire, éventuellement, suivre une "thérapie" qui nous prescrira régulièrement des "tests de contrôle". Qui serviront à quoi? A rien, sinon à nous inquiéter toujours plus, selon le résultat des tests. Nous savons à travers notre propre expérience, que même dans des tests de compétences professionnelles, de contrôle d'aptitudes, de connaissances, nous sommes tellement stressés que les résultats des tests parfois calamiteux  ne révèlent nullement objectivement nos capacités normales. Alors que dire dès qu'il y va de notre mémoire, de notre état mental, de notre santé cérébrale, quand nous craignons déjà inconsciemment d'avoir un début de maladie d'Alzheimer?

      On est donc en droit de se poser la question de l'utilité de ces tests.  Existe-t-il une médication, un traitement avéré pour soigner la maladie d'Alzheimer? Tous les spécialistes en la matière sont pour une fois unanimes sur ce sujet: Non!!! Où reste dès lors l'utilité de tests qui sont une terrible épée de Damoclès pour les malades avérés ou supposés? A partir de ce constat affligeant, à défaut d'avoir, pour le moment, la possibilité de soigner la maladie, il devient primordial d'en analyser, autant que possible, les causes véritables du mal, pour pouvoir conseiller utilement la population. Une telle analyse ouvre sur diverses pistes qu'il faut impérativement étudier, avec soin. Elle doit, pour être aussi complète que possible, prendre en compte les facteurs matériels, physiques, mais aussi, psychologiques.

      Des études scientifiques récentes ont laissé planer le soupçon que l'absorption de certains médicaments, tels les divers psychotropes, certains tranquillisants, les somnifères ainsi que d'autres drogues, endommagent le cerveau et ouvre la voie à la maladie d'Alzheimer. Une excellente émission de "C dans l'air" s'est penchée sur ce sujet et peut être consultée sur internet. Quand on sait que la population française est, hélas, une championne de la consommation abusive de tranquillisants et psychotropes, comment ne pas s'étonner de l'ampleur qu'a prise cette maladie? Les abus et scandales de médicaments dévoilés actuellement, illustrent  de grandes dérives dans le monde médical et pharmaceutique. L'industrie du médicament est devenue, au fil du temps, un enjeu financier énorme où trop souvent la rentabilité économique a pris le pas sur le souci premier qui devrait être  l'efficacité et le soin des malades. Trop souvent aujourd'hui les analyses de contrôle avant la mise sur le marché d'un nouveau produit, sont accélérées, les effets secondaires observés, connus, souvent occultés, les rapports manipulés. Les lobbies des laboratoires exercent leur influence sur les hommes politiques, les visiteurs médicaux emploient des moyens parfois dispendieux pour gagner le soutien des praticiens. Comment en serait-il autrement dans notre société actuelle où l'argent et le profit rapide deviennent la priorité absolue, la preuve de l'efficacité, de la réussite? On sait  aussi, que les médecins généralistes qui ont suivi une dizaine d'années d'études, n'ont consacré, en fin de cycle qu'un nombre d'heures très limité à la connaissance des médicaments dont ils seront, de par leur fonction même, les prescripteurs...Drôle de situation, tout de même, de devoir constater que les médecins prescrivent des remèdes dont ils ne connaissent  le nom que par le Vidal, les indications (et  contre-indications) qui y figurent, fournies par les laboratoires eux mêmes et peut-être par quelques prospectus du visiteur médical...Alors certains prennent leurs "habitudes de prescriptions",   se donnant bonne conscience en affirmant que le patient qui vient voir son médecin, n'est point satisfait sans une feuille d'ordonnance bien remplie, qui le rassure.... Combien de temps l'Ordre des médecins pourra-t-il encore, directement ou indirectement, se rendre complice de telles pratiques? Il serait peut-être temps de réviser l'ensemble du monde médical, de mettre  plus de rigueur dans une véritable surveillance des pratiques médicales, puisque le budget de la sécurité sociale pâtit grandement de ces excès: médicaments souvent très onéreux, parfois inutiles voire  dangereux pour le malade. Une formation continue des médecins sur les médicaments, leurs effets et leurs interférences, serait plus que nécessaire, pour que ces derniers puissent prescrire en connaissance de cause, d'autant plus, que chaque année, de nouveaux produits sont mis sur le marché. Les études actuelles sur la maladie d'Alzheimer font de ces réformes  une priorité absolue pour réduire considérablement les prescriptions de médicaments soupçonnés de favoriser l'apparition de cette maladie.

     Après les causes matérielles évoquées, il faut évidemment aussi étudier les causes psychologiques qui pourraient être génératrices de la maladie d'Alzheimer. Nous savons tous que dans notre société actuelle, le tissu social est souvent distendu et mis à rude épreuve. La population active est tellement stressée dans un monde en crise, avec son lot d'incertitudes, son énorme taux de chômage, que les liens entre les individus, entre jeunes et vieux sont de plus en plus distendus voire rompus. Familles monoparentales, reconstituées, séparées, dispersées génèrent de nombreuses victimes dont la maladie première s'appelle "la solitude" et l'abandon. Un être isolé finit, faute de liens, de communication, d'échanges, de s'appauvrir et de perdre finalement le contact et le goût de vivre. Cela est valable pour une population jeune et encore davantage pour une population âgée. Le mal-être, la dépression, les insomnies s'installent peu à peu, favorisant la prise répétée de médicaments sur un long terme.  Il faut recréer des lieux où jeunes et vieux peuvent se rencontrer. Cela peut fortement contribuer à assurer une meilleure santé psychique pour les aînés .

        On peut encore aborder un autre plan, plus profond, plus mystérieux. Nous savons que l'être humain est avant tout un être social, ce qui explique que, dès qu'il est isolé, non intégré dans l'ensemble social, il devient malade, désespéré, parfois même suicidaire. Mais il existe encore une autre cause de "mortalité mentale" qui a ses origines dans la vie intérieure, dans l'âme, dans l'intimité humaine. L'être humain a "une tête qui pense", il en tire des enseignements que lui permet son approche du monde sensible où il vit. Il observe, il réfléchit, il imprègne sa vie intérieure. Son individualité, son "moi" se forge au fil de ces exercices. L'évolution humaine a connu bien des changements au fil du temps. Pendant très longtemps, l'humanité a vécu dans diverses cultures, où la spiritualité, l'idée d'une transcendance divine, sous l'image des dieux de l'antiquité ou du Dieu unique, dans l'optique judaïque, puis chrétienne, a tenu le rôle essentiel. Tout savoir était assujetti au rôle déterminant du divin. Ce n'est qu'à partie du 16ème siècle qu'en Europe naît l'idée d'une connaissance du monde à travers les méthodes et instruments scientifiques. Les sciences ayant pris un essor formidable au 19ème et surtout au 20ème siècle, la connaissance matérielle "physique" a pris de plus en plus d'importance dans notre société. Pour un grand nombre de personnes la "crédibilité en la science" a pris le pas sur la "foi en Dieu"...Les approches de la vie courante se sont ainsi diversifiées, selon les cultures, les traditions, les convictions. . Cela pose à chaque individu un dilemme terrible: s'il n'accorde "sa foi" qu'en la science, il se refuse de "croire" à tout autre espace spirituel, hors du matériel. Logiquement il devra donc en déduire que l'être humain n'étant qu'un organisme physique,  est condamné à disparaître, à plus ou moins long terme, à mourir. Cette idée est commune aux scientifiques en général, à un grand nombre de philosophes et intellectuels actuels. Mais cette idée désagréable est généralement vite évacuée de la pensée, occultée dans la vie active. Qui aime, tant qu'il est sain de corps et d'esprit, penser mourir, surtout s'il ignore de quelle manière il va subir cette épreuve. Mais quand arrive le temps de la vieillesse et que la mort approche à grands pas, la "tête qui pense" se met à se poser de multiples questions. Puis-je me résigner à devoir éventuellement souffrir avant de mourir, à accepter l'inévitable, à disparaître à jamais avec mes souvenirs, mon vécu qui n'auront plus de poids, plus d'existence? Ou existe-t-il éventuellement un "ailleurs" susceptible de faire renaître en moi une folle espérance?

     Quand on connaît l'impact sanitaire du "psychosomatique" chez l'être humain, est-il vraiment absurde de considérer cet aspect intime de l'être humain comme non négligeable? Un être engagé sur le chemin de la vieillesse est sorti de la vie dite active et a le temps de se poser ces questions. Il devient alors évident que selon qu'il porte en lui des valeurs, un espoir en son fort intérieur, il arrivera à mieux gérer sa vieillesse qu'un individu qui ne trouve en son âme qu'un vide effrayant. Il arrive parfois, qu'au cours de leur vieillesse, les aînés se mettent à réfléchir, à lire, à méditer et finissent par trouver une sérénité, une paix nouvelle, un espoir renaissant qui les fait vivre debout et conscients jusqu'à la fin de leur vie terrestre. Cela  mérite notre considération et notre réflexion personnelle.

     Dans la vie, toute menace nous invite à une prise de conscience qui peut nous inciter à étudier les évènements de notre vie en profondeur, pour en tirer une leçon. Si nous sommes tétanisé par l'expansion de la maladie d'Alzheimer, nous n'en viendrons pas à bout, mais au contraire, nous ranimerons en nous des craintes encore plus vives, plus paralysantes, plus destructrices. Nous vivons pour observer, apprendre, prendre conscience et réagir. Ce n'est pas le rôle de l'état et des gouvernants de s'occuper de tous les problèmes de leurs citoyens . Ce devoir incombe à chacun, chacune d'entre nous, pour étudier attentivement, objectivement les problèmes que nous posent la vie et contribuer pour notre part, selon nos moyens, à peser personnellement sur le cours des évènements.          

Par Myriam - Publié dans : Echange d'idées
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Mardi 27 septembre 2011 2 27 /09 /Sep /2011 12:31

 

 

Un des problèmes majeurs évoqués dans les débats politiques actuels est celui de l'accroissement de la population française âgée et les difficultés sociales, économiques qui en découlent. Notre société vit constamment dans des flux d'affirmations diverses qui reflètent toutes les contradictions et  paradoxes liés aux situations sociales actuelles. D'une part, les responsables politiques proclament haut et fort que "l'espérance de vie" de chaque citoyen augmente chaque année, suite aux progrès de la médecine et de l'amélioration des conditions de vie. Cette affirmation souligne alors fermement l'excellence de notre médecine actuelle et de notre système de santé. D'autre part, ces mêmes personnes s'inquiètent aussi vivement des problèmes nouveaux et croissants que génère une population âgée, qui sollicite de plus en plus de moyens financiers, d'assistance, de structures adéquates pour l'accompagnement médical. Ce sont là des questions difficiles qu'il faut analyser soigneusement pour en comprendre l'ampleur et pouvoir entreprendre les démarches nécessaires afin d'arriver à résoudre les difficultés qui se présentent.

        Certes, il est indéniable que "l'espérance de vie", globalement, s'est considérablement rallongée grâce aux progrès de la médecine en général et des moyens techniques nouveaux qui sont disponibles aujourd'hui. Les statistiques sont là pour le prouver...Mais est-ce là un phénomène appelé à s'étendre continuellement? Cela est moins sûr. N'oublions pas que les "vieux" actuels ont encore vécu l'essentiel de leur vie  dans des environnements, des conditions sociales et psychologiques bien différentes de notre contexte actuel. Leur jeunesse et leur vie active se déroulaient alors dans des conditions climatiques, sociales, économiques qui ne connaissaient pas encore la production alimentaire intensive conditionnée par l'ajout de nombreux produits chimiques, de moyens de conservation divers, de manipulations génétiques diverses. Leur vie professionnelle était certes difficile, parfois même précaire, mais on ne connaissait pas encore le "stress" dans l'acceptation actuelle sous ses diverses formes. On sait que dans l'existence, les conditions de vie, l'alimentation, l'ouverture sur l'avenir, l'espérance, jouent un rôle essentiel. Le psychisme humain tient un rôle non négligeable dans la santé de l'individu. Les conditions de vie actuelles sont assez ambiguës: nous avons à notre disposition des produits et des moyens considérables qui, trop souvent, au lieu d'aider l'individu, le mettent en situation de frustration et de révolte. Bien des scientifiques affichent leur doute quand à la certitude de l'allongement véritable de l'espérance de vie, à long terme, pour les générations montantes. Nos conditions de vie actuelles suffisent-elles pour nous garantir une vie saine et continuellement rallongée? Les conditions psychosomatiques jouent un rôle essentiel pour la santé humaine...Sont-elles vraiment prises en considération actuellement?

      Un autre paradoxe actuel réside dans une malhonnêteté évidente: peut-on affirmer de manière triomphante que le génie inventif des chercheurs scientifiques nous promet un meilleur avenir nous permettant une vie qui va se rallonger sans cesse  et en même temps se plaindre, craindre le poids financier que cela représentera pour la société?  Journellement, les actualités nous présentent ces aspects contradictoires...Que veut-on vraiment? La France vieillit et voilà que l'on se trouve dans l'impasse: manque de lieux d'accueil, manque de personnel, manque de moyens financiers.

Que faire?

         Quand on se penche sur ces problèmes, on découvre des aspects peu reluisants dans notre société. Quelle est l'attitude dominante concernant la vieillesse dans notre civilisation occidentale? Elle est diamétralement opposée à celle de l'orient. Les sociétés orientales ont généralement toujours eu une attitude respectueuse envers leurs aînés. Ces derniers sont considérés, de par leurs expériences de vie, comme les détenteurs du savoir et de la sagesse. Les jeunes les respectent, sollicitent leur avis, les considèrent comme essentiels à la vie sociale et estiment comme leur devoir naturel, de les accompagner au mieux durant leur chemin de vieillesse. Leur spiritualité, leur religion, souligne la nécessité de ce devoir des jeunes envers leurs aînés. Cette loi fait partie intégrante de toutes les spiritualités orientales, elle s'inscrit dans la vie sociale quotidienne, même pour les familles les plus modestes. La société occidentale a pris un tout autre cours. Elle a, aujourd'hui, souvent peur de la vieillesse, la considère comme une sorte de "scandale inévitable et redoutable" puisqu'elle aboutit à la mort, à l'anéantissement. On préfère ne pas en parler...Dès lors, la seule issue à l'affreuse réalité pousse à choisir la polarité du phénomène tant redouté: vive la jeunesse! Tout est axé sur la jeunesse. Etre jeune, rester jeune, vivre peut-être -grâce aux progrès de la science- éternellement jeune! Le mythe de Faust se réveille: être ou redevenir jeune et le rester à jamais... Or nous savons tous, que cela reste un rêve, une fiction.

        Une contradiction de plus: on veut que la vie soit rallongée sans cesse...mais sans que l'on vieillisse physiquement! Nous vivons donc dans l'ambiguïté permanente. Vouloir vivre plus longtemps sans vieillir est-ce vraiment raisonnable? Cette attitude révèle une grande tragédie de notre temps: tous ceux et celles qui "entrent en vieillesse" deviennent gênants et on préfère alors les transférer dans des "lieux spécialisés", du moins pour ce qui concerne les personnes âgées qui en ont encore les moyens financiers...La population active actuelle n'a souvent ni la force, ni le temps, ni l'envie de s'occuper des "vieux". On se donne alors bonne conscience, en s'efforçant de trouver une "organisation" adéquate. Or nous savons que la plupart des institutions s'occupant des personnes agées sont surpeuplés et manquent toujours de moyens financiers.

Comment en est-on venu à ces situations malheureuses? Elles sont très révélatrices des dérives de notre société en crise d'humanité.

       Alors qu'autrefois, même dans les familles modestes, on se souciait des aînés et on essayait de les accompagner dans leur dernier parcours, la dissolution des tissus sociaux, à travers les divorces, séparations, éloignements, familles recomposées, a eu pour conséquence l'isolement, l'abandon des vieux. Il est assez significatif que très souvent, dans les campagnes, les personnes âgées restent, encore aujourd'hui,  dans leur logis jusqu'à leur décès. Le tissu social est encore plus solide ici que dans les villes. Si on manque aujourd'hui cruellement de place et de personnel dans les maisons de retraite, c'est que beaucoup de "jeunes" qui auraient peut-être la possibilité et les moyens de s'occuper de leurs aînés, ne veulent pas s'encombrer d'une telle charge. L'égoïsme l'emporte sur l'altruisme et la compassion. Alors que l'orient vit en partie encore dans une culture imprégnée de l'enseignement de la compassion de Bouddha, alors que le monde musulman a aussi une attitude respectueuse envers la vieillesse, notre monde occidental matérialiste est devenu de plus en plus égoïste et souvent très cruel envers les populations vieillissantes. On ignore trop souvent dans notre société privilégiée sous bien des aspects, que la véritable valeur de la vie humaine réside dans les infinies richesses humaines et non dans les seules valeurs matérielles, financières. Quel futur peut avoir une civilisation qui ne s'occupe plus d'une population qui a acquis beaucoup d'expérience de vie, de savoir, et peut-être aussi, pour certains, de sagesse?

       Un autre problème important se pose évidemment aussi: le "problème économique" attaché aux questions de gestion politique et financière. Mais est-ce uniquement une question d'argent? L'argent est certes nécessaire, mais ne faudrait-il aussi étudier d'autres aspects tout aussi, sinon même plus importants? On sait pertinemment que l'accroissement des dépenses liées à l'accompagnement des personnes âgées, est en grande partie, dû aux nombreuses pathologies liées aux problèmes de la vieillesse. Les personnes âgées sont-elles condamnées à subir toutes ces maladies? Ou beaucoup de ces "complications de santé" pourraient-elles, en partie au moins, être évitées? Ces sources de maladies ont diverses origines dont on connaît certaines causes. Une grande partie parmi elles sont d'ordre psychosomatique. On sait que les sujets qui sont "bien dans leur tête", qui sont cultivés, qui continuent à s'intéresser à des activités, qui sont curieux de connaître, de suivre l'actualité, qui lisent, qui aiment discuter, sont en général moins malades que d'autres. Il en est de même pour les personnes âgées qui sont en contact avec des personnes jeunes. L'expérience a montré qu'associer de jeunes parents, leurs enfants et les gens âgés pouvait s'avérer agréable voire très utile. Les personnes âgées ont le temps de s'occuper d'enfants jeunes, ils peuvent leur raconter des histoires, les aider dans leurs devoirs de classe, les écouter raconter leurs expériences journalières. Le contact avec la jeunesse est vivifiante pour les aînés et peut aussi être une expérience utile et gratifiante pour les jeunes parents. Un nouveau tissu social peut naître pour générer des moments merveilleux et salvateurs. Il n'y a rien de pire que d'abandonner des personnes vieillissantes  dans un "ghetto de vieux": c'est soustraire les individualités à la vie véritable qui est faite de contacts quotidiens enrichissants qui donnent du baume au coeur. Extrait de la vie normale, l'individu se meurt psychiquement, puis physiquement.

       Les institutions pour nos chers vieux sont trop souvent pauvres...en idées, en imagination, en créativité. Il est affligeant d'observer les activités proposées dans les "maisons de retraite". La télévision allumée du matin au soir, sans souci du programme proposé est souvent l'unique distraction...Nos chers vieux  regardent des programmes pour eux souvent insignifiants et s'endorment finalement. C'est tout autre chose dont l'âme humaine a besoin: elle veut comprendre, participer,créer elle-même. Il existe des établissement privilégiés, hélas trop peu nombreux qui répondent à ces exigences essentielles de l'être humain. Proposer des conférences culturelles sur des sujets intéressants suscitant la curiosité et encourageant le débat, des concerts ouvrant l'âme à la sensibilité artistique, ou encore encourager des activités créatrices telles le dessin, la peinture,le modelage etc., qui ouvrent l'esprit sur les possibilités de la fantaisie et de l'imagination humaine. L'individualité s'épanouit, se vivifie, se structure dès qu'elle devient créatrice et qu'elle découvre les potentiels de sa vie intérieure. Qui s'applique à créer, contribue à se revivifier, se rajeunir... Les énormes craintes liées à la maladie d'Alzheimer pourrait être évitées, si au lieu d'administrer certains médicaments aux contre- indications diverses, on utilisait des pratiques favorisant la créativité et l'épanouissement humain...Celui ou celle qui abandonne toute initiative, tout intérêt personnel, se rabougrit et finit par disparaître.

        La vieillesse n'est pas nécessairement une malédiction, un fin de parcours aboutissant au néant. C'est l'âge de la vie peut-être le plus intéressant pour l'individu s'il en décèle les profondeurs et les richesses. La majeure partie de la vie ayant été vécue, on peut la reconsidérer objectivement avec ses aspérités faites de réussites et d'échecs. Une fois le bilan établi, il devrait résulter un gain d'une nouvelle qualité précieuse voire essentielle: l'acquisition d'une certaine "philosophie de vie personnelle" faite à travers nos expériences passées, une sagesse qui peut redonner toute la saveur pour la vie qui nous reste. Si l'esprit reste vif, la curiosité intacte, l'appétit de vie constant, la vieillesse peut devenir un gain, une bénédiction même...On apprend, dès lors, à distinguer ce qui est vraiment important et ce qui est finalement futile. Bien des personnes ont découvert alors une spiritualité profonde ancrée en eux, mais qu'ils avaient ignorée jusqu'alors, parce que les problèmes de la vie quotidienne avaient plus de poids que l'appel de l'âme, de la vie intérieure. C'est avec l'âge que nous prenons aussi de la distance par rapports aux choses, aux évènements, aux individus. A l'épreuve du temps, les proportions des évènements de la vie prennent d'autres couleurs. On devient plus lucide et plus réaliste. A moins de mourir jeune, tout le monde suit le même cours: la vieillesse est le dernier parcours d'une vie, que l'on soit riche ou pauvre. La mort devient alors un moment de désespérance absolue ou une ouverture sur des horizons nouveaux...Si nous prenons le temps de méditer sereinement sur ces questions importantes, notre peur, peut-être, se dissipera et nous nous rendrons compte que notre vie passée est trop riche d'évènements pour se terminer sur un néant. Les véritables richesses de notre vie sont-elles vraiment limitées dans le temps et condamnées à disparaître? La nature semble mourir en hiver...et pourtant elle renaît sans cesse au printemps...Aurions-nous moins d'importance que les arbres et les fleurs qui renaissent?   

 

         

 

Par Myriam - Publié dans : Echange d'idées
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Lundi 29 août 2011 1 29 /08 /Août /2011 13:59

                

 

Qui ne cherche, dans des moments difficiles, à s'évader du quotidien? Nous vivons actuellement dans un monde en pleine mutation: notre société qui s'était, au fil des ans, laissée glisser dans une quiétude apparente où le bonheur se définissait dans le pouvoir de consommer toujours davantage, de rêver à des lendemains pleins de promesses, se voit soudain plongée dans un avenir incertain où tout devient extrêmement fragile. Crise économique, chômage croissant, conditions de travail de plus en plus stressantes, problèmes climatiques, menaces terroristes, tout concoure à fragiliser l'homme et à le remplir de peurs multiples. Enfermés dans un quotidien oppressant et anxiogène, nous avons tous en nous une envie folle de nous évader de ce milieu social qui nous enserre, pour reprendre haleine, pour nous évader du quotidien.

     Au cours de l'été, en juillet et en août, notre pays change de rythme. Tout se ralentit soudain...De nombreuses entreprises sont en congés. Profitant du soleil, des millions de Françaises et de Français se déplacent, par divers moyens, pour "prendre des vacances". Les routes, les gares, les aérodromes sont encombrés par des touristes qui, pour le moment, ont encore les moyens de se payer des loisirs tout particuliers: les vacances d'été... Restent sur place un nombre sans cesse croissant de personnes, jeunes ou âgées, qui n'ont pas les ressources financières nécessaires pour s'offrir le luxe des vacances. Ce sont tous ceux qui sont abandonnés par une société qui oublie toujours plus la véritable solidarité humaine et les valeurs culturelles qui y sont attachées.

      Notre société, celle qui portait jadis les "grandes valeurs culturelles de l'Europe centrale", dont la France et l'Allemagne étaient les représentants les plus prestigieux, a peu à peu abandonné ses valeurs d'humanité pour se lancer de plus en plus, dans les vertiges de l'argent, de la consommation à outrance, dans le pillage des biens de la nature. Nous sommes aujourd'hui, hélas, bien loin des idéaux de Victor Hugo et de Goethe. Notre culture est devenue celle de l'exploitation égoïste et outrancière de toutes nos ressources naturelles, celle de la recherche de profits immédiats, celle d'une médecine souvent dogmatique et dévoyée par l'influence énorme des industries pharmaceutiques qui, pour mieux vendre leurs produits, investissent des sommes énormes dans le domaine médical, en les considérant comme des investissements amenant conséquemment des bénéfices juteux.

           L'être humain est prisonnier d'un système à la dérive qui, à force de ne voir le progrès que dans le cadre d'une science matérialiste, ne considère l'individu que comme une machine compliquée qu'il s'agit de décrypter et que les sciences et les techniques, en se donnant les moyens, peuvent réparer voire améliorer. La spiritualité, dans cette approche, est considérée comme inutile, aléatoire et hors sujet. D'une manière insidieuse, même le vocabulaire attaché à l'être humain a pris une tournure où l'approche humaine se fait sous des perspectives matérialiste et purement techniques. Le contact humain, même le plus simple, est décrit dans un langage où toute émotion directe et humaine est occultée par des termes stéréotypés et techniques. Des mots évoquant l'échec, la mort, la maladie mortelle, considérés comme des échecs regrettables, sont soigneusement évités. On ne dira plus "Monsieur Durand n'est plus en danger de mort", on dira ou on écrira une formule neutre, technique: "le pronostic vital n'est pas engagé...". Après une catastrophe majeure marquée par de nombreux décès, où on veut s'efforcer d'apporter un réconfort psychologique à ceux et celles qui restent, qui souffrent d'un traumatisme profond et violent, on ne parle plus de l'assistance humanitaire de psychologues, religieux, bénévoles  chargés d'apporter une aide précieuse, indispensable, on dira la formule technique usuelle: "une cellule de crise a été mise en place....". Tout est perçu et envisagé de manière abstraite, technique, fonctionnelle. L'aspect généreux, cordial sera certes présent, mais toute cette générosité sera réduite à son aspect pratique, comme s'il était indécent  d'utiliser le langage du coeur. On parle  presque quotidiennement de "cellules de crises qui ont été installées" pour évoquer des interventions humaines qui s'avèrent nécessaires. Est-ce là un langage courant, simple et humain? Notre société, à force de s'enfoncer de plus en plus dans un anonymat technique de "l'utile",  mesure-t-elle l'impact psychologique que cela produit sur l'esprit de chaque individu? Formons-nous une société qui favorise l'éclosion et l'harmonie dans l'âme humaine ou réduit-on le génie humain à n'être qu'une mécanique parmi d'autres? Comment s'étonner dès lors, que notre contexte social devienne de plus en plus inhumain?

           Les êtres humains, consciemment ou inconsciemment, cherchent à échapper, par divers moyens, ne fut-ce que pour un temps limité, aux contraintes et aux anxiétés de la vie sociale actuelle. Le monde du travail est en pleine crise: un nombre croissant d'hommes et de femmes sont au chômage, vivent dans la précarité anxiogène où les lendemains sont sans cesse chargés de menaces. Ceux qui ont un emploi sont soumis à des conditions de travail de plus en plus difficiles où les acquis sociaux sont remis constamment en question. Ces contraintes et difficultés quotidiennes, les injustices diverses dans le contexte social, l'écart de plus en plus énorme entre les ressources d'une minorité de riches et les autres catégories sociales, contribuent à rendre la vie quotidienne de plus en plus difficile.  Il ne faut donc pas s'étonner que deux mots semblent dès lors chargés d'une puissance, d'une magie et d'un espoir démesurés:  "les vacances et la retraite", le second terme étant considéré comme le synonyme de "vacances définitives"! Le lot des "privilégiés" qui possèdent encore un emploi, ne survivent souvent aux contraintes quotidiennes que dans la perspectives des "jours de congés"  qu'ils considèrent comme l'oxygène de leur vie quotidienne. Congés et retraites sont devenus aujourd'hui plus que jamais des "bouées de sauvetage", une nécessité de la société occidentale actuelle. On espère y récupérer des forces en s'évadant d'un quotidien qui tue le rêve et l'espoir du meilleur lendemain. En été des millions d'hommes et de femmes prennent la route, le train, les airs, pour "s'évader du quotidien". Tous espèrent alors "profiter au maximum" des vacances. On veut oublier le quotidien, s'extraire du milieu de vie ordinaire, pour "s'aventurer dans un espace propice au rêve, un monde idéal où l'on peut vivre selon ses choix, ses désirs. Si on interroge les vacanciers sur ce qu'ils recherchent pendant les vacances, on retrouve toujours les mêmes critères: "décompresser", "sortir du quotidien", échapper aux contraintes", "s'évader", "être soi-même", "vivre en liberté", "s'amuser, s'éclater!" "vivre l'aventure", "jouir de tout", "lire et rêver...", "trouver...ou retrouver l'amour", "se dé stresser...", "faire le point sur sa vie, pour mieux repartir", "nager, faire de la voile", "retrouver des forces", "réfléchir pour mieux s'en sortir...". Si on y réfléchit bien, tous ces propos traduisent le désir ardent de tous les vacanciers de compenser en un laps de temps relativement court, tout ce qui leur manque dans la vie ordinaire quotidienne! Les désirs exprimés ne sont nullement déraisonnables, ils ne sont que les expressions de besoins réels. A défaut de voir leurs aspirations réalisables dans la vie ordinaire, les humains cherchent à en trouver une compensation pendant le temps des vacances considérées comme "sacrées", comme une nécessité de survie. Or nous savons tous, par notre propre expérience, que les vacances, hélas, passent trop rapidement et le jour de la rentrée, nous évitons de penser à des lendemains qui seront de nouveau difficiles. Quand nous mettons notre vie quotidienne "en vacance", nous créons un espace pour nos propres désirs, nos rêves intimes. De fait nous cherchons pendant ces moments privilégiés, à redevenir nous-mêmes, nous retrouver comme un être humain dans un contexte humain, nous ressourcer, pour découvrir que nous ne sommes pas seulement des machines à fabriquer et à consommer, mais des êtres dont les aspirations et les rêves dépassent de loin l'horizon de ce que la société matérialiste entend nous suggérer, nous attribuer voire nous imposer. Le propre de l'humain c'est d'avoir un coeur qui n'est pas seulement un organe physique mais qui est aussi le symbole d'une force d'amour qui ne demande qu'à s'investir de diverses manières. Les inventions scientifiques peuvent apporter du progrès, si ce dernier est vraiment bénéfique à tous les humains. Elles ne remplaceront jamais les innombrables "inventions d'amour" dont chaque être humain est capable pour en faire profiter les autres, pour semer de l'espoir, du bonheur, afin de transformer le monde en un espace fraternel d'entraide et de partage.

       Sommes-nous vraiment condamnés à vivre dans un déchirement constant, contradictoire et douloureux: entre une vie éprouvante, de plus en plus inhumaine dans le quotidien et d'autre part dans l'attente de plages de vie trop courtes, "nos vacances", pour vivre des moments éphémères de bonheur, de joie, d'amour ? Faut-il se résigner à attendre le temps "béni" des vacances, pour se replonger dans un contexte plus humain, un lieu de rencontre où on peut se retrouver, s'amuser, discuter, rire ensemble, trouver une oreille attentive à nos joies et nos peines, pour partager nos émotions ? Ces attentes et ces activités ne peuvent-elles s'inscrire dans notre vie quotidienne? Qui nous en empêcherait sinon notre propre attitude, notre laxisme peut-être, notre manque d'ambition d'humanité?

     Si au lieu de nous résigner à accepter le monde tel qu'il est, injuste, immoral, inhumain, nous nous engagions, dans le cercle de nos possibilités, pour contribuer à construire un idéal humaniste? Toute société est constituée d'individus qui en forment l'essence et la force. Il est tout de même consternant qu'un nombre réduit de "puissants" dont le seul but, la seule ambition consiste à s'enrichir au détriment des autres et mettre une majorité d'individus dans une situation de précarité voire de misère, parce que les dynamiques d'argent, de pouvoir, de domination instaurent des conditions de vie dégradantes et de plus en plus inhumaines. Les pouvoirs d'argent, de même les pouvoirs politiques visant essentiellement la victoire de leur propre parti, au lieu d'avoir l'ambition de servir l'ensemble des humains, contribuent à mettre notre terre dans un l'état déplorable et à rendre notre société inhumaine, malheureuse.

          Il serait peut-être souhaitable qu'à défaut d'avoir uniquement des vacances programmées pour nous ressourcer, redevenir nous-même,  rêver d'un monde meilleur pour reprendre de l'espoir, nous puissions prendre des moments de "vacance" dans notre vie quotidienne, pour réfléchir à notre devenir et prendre des résolutions qui nous permettront d'être les responsables de notre vie. Arriver à travers notre engagement personnel à servir aussi les autres. La famille humaine a besoin de l'engagement, du courage de chacun, pour faire vraiment progresser notre société, pour répondre aux véritables exigences de notre temps. L'amour humain donne sans compter, c'est le don de soi, don de l'engagement  fraternel. Cette action individuelle qui semble dérisoire porte une potentialité énorme car elle est contagieuse: elle peut donner envie aux autres de  contribuer à construire, par l'engagement personnel, un monde plus juste, plus beau, plus humain.

        N'oublions point que le bonheur que nous désirons dans le cadre de nos vacances programmées, est construit à partir de critères que nous devrions contribuer à établir dans notre vie de tous les jours. Pour cela, il faudra  prendre le temps, dans la tourmente des problèmes journaliers, de réfléchir à nos propres priorités. Arriver à juger ce qui,  dans notre vie, est essentiel et ce qui est secondaire. Nous  sommes victimes de la vie sociale actuelle car de puissants moyens sont mis en place pour nous influencer et chercher à nous distraire des véritables priorités de nos vies. On veut nous dicter nos choix de vie pour mieux  nous assujettir, nous enlever la volonté de réfléchir individuellement. C'est le fondement d'une politique qui veut dominer et imposer ses propres choix...C'est en prenant de plus en plus conscience de nos droits d' humanité, de notre désir de liberté, d'épanouissement et des moyens pour peser et influer sur notre avenir, que nous pourrons peu à peu contribuer à changer notre société et, par là, à éradiquer peu à peu, les injustices et l'inhumanité dans le monde. Le progrès scientifique seul est incapable de changer les mentalités humaines. Au lieu d'introduire de l'altruisme dans le monde, il peut même générer son contraire. Les conflits incessants, les guerres qui s'inscrivent dans l'histoire des hommes en sont les tristes preuves. Prenons volontairement des "espaces de vacances" dans notre quotidien, pour faire le point sur notre vie, pour engager des initiatives personnelles afin d'être les responsables de notre vie, pour nous engager dans les domaines qui sont à notre portée, pour influencer le cours des évènements. Les merveilleux idéaux républicains de "liberté, égalité et fraternité" sont pour le moment encore de pures abstractions, sont encore "en vacances" par leur vacuité et leur manque de réalité dans notre société. A nous d'exercer notre propre liberté d'esprit, de pensée, pour réfléchir à tous les moyens à notre portée pour atteindre ces buts. En tant que consommateurs, nous avons des pouvoirs énormes et inexploités sur la qualité des produits que nous achetons, sur les conditions sociales dans lesquelles travaillent ceux et celles qui contribuent à produire. En tant que citoyens, nous avons, à travers notre droit de vote, le pouvoir de soutenir ou de sanctionner les politiques qui ne respectent pas les droits véritables attachés à la valeur et à la dignité humaine. Tout idéal reste abstrait, hypothétique, tant qu'il n'est pas réalisé dans la vie de tous les jours. Or l'idéal naît dans l'imagination humaine et de ce fait est à sa portée si l'être humain en prend vraiment conscience et s'engage par tous ses moyens à le faire aboutir. Existe-t-il ambition plus souhaitable, projet plus exigeant, plus audacieux, plus gratifiant pour le génie humain?  

Par Myriam - Publié dans : Echange d'idées
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Samedi 23 juillet 2011 6 23 /07 /Juil /2011 11:45

    

 

 

La médecine a, de tous temps, tenu un rôle particulier et très important dans l'histoire des hommes. Elle fut toujours considérée comme une aide indispensable pour l'être humain, étant donné que son rôle consiste avant tout à préserver la vie et à faire tout ce qui est possible pour  guérir les maladies diverses qui menacent l' existence humaine. La santé, par son importance pour tout l'individu, a toujours été considérée comme une valeur inestimable, puisque qu'elle est la condition essentielle de l'existence et de la conscience humaine.  S'occuper de préserver la vie, de la défendre contre toutes les menaces qui la mettraient en péril, la diminueraient ou la tueraient, étaient  des tâches considérées comme nobles et dignes de respect. Cela explique l'importance primordiale que l'on accordait alors à ceux qui endossaient cette lourde responsabilité: les médecins. Dans l'antiquité, ils étaient considérés comme des initiés tout particuliers qui avaient reçu, dans des centres de mystère, des enseignements occultes réservés à des individus de grande sagesse et de force morale avérée. Ils étaient les responsables de la santé des individus de leur société, étaient formés pendant de longues années à cette tâche difficile et en toute humilité, ils se considéraient comme des serviteurs de l'humanité, dirigés et adoubés par la force divine. La culture grecque a légué à l'occident un témoignage précieux concernant la hauteur et la noblesse du statut du médecin, à cette époque: le serment d'Hippocrate (4ème siècle av.J.C.). Respect de la vie, de l'être humain, agir de manière désintéressée pour soigner les malades. Il suffit de relire le texte prononcé lors du serment, pour en mesurer l'infinie sagesse, la transcendance inhérente.

          Le serment d'Hippocrate est resté un témoignage important pour beaucoup de médecins, jusqu'à nos jours. C'est un engagement que les étudiants en médecine qui ont accédé au titre de "docteur en médecine", prononcent parfois encore aujourd'hui, dans certaines universités. Mais "prêter serment" a souvent pris, de nos jours, une signification toute relative. Alors que dans l'antiquité, le serment était scellé devant "les dieux" ou devant "Dieu" à l'ère chrétienne, envers qui s'engage-t-on aujourd'hui, dans une culture devenue matérialiste, agnostique voire athée? Que de fois ne jure-t-on de nos jour, sur "l'honneur"  ce qui a, pour bien des gens, une signification très floue, tout au plus symbolique sinon fictive?  On peut observer, lors de débats télévisés, d'émissions radiophoniques, que certains médecins parlent du serment d'Hippocrate avec un détachement amusé voire de l'ironie. Aujourd'hui on considère comme plus adéquat et plus "concret" d'invoquer le "code de déontologie médicale"... Ceux qui considèrent le serment d'Hippocrate comme essentiel, sont souvent considérés comme de doux rêveurs, des idéalistes invétérés. Toute notion de sacré ayant pratiquement disparu, il s'agit aujourd'hui avant tout d'être pratique, efficace, économique, selon une réglementation structurée imposée... Les praticiens n'ont plus le choix du traitement qu'ils considèrent comme  adéquat, ils doivent s'engager  à suivre une thérapie imposée, un protocole de soins.... Légiférer, au lieu de pratiquer selon des choix personnels pour individualiser des thérapies adaptées à chaque malade. Des structures techniques et réglementaires pour une efficacité plutôt administrative et pécuniaire au lieu d'une approche vraiment humaine... Les résultats, nous pouvons les constater journellement, dans tous les domaines couvrant la médecine actuelle. Le monde médical est devenu une machine démesurée, une industrie énorme, qui semble sortie de l'imagination de Kafka. Cette structure "moderne", technique, est-elle capable de redonner à l'individu son équilibre et une confiance indispensable, puisque le facteur "psychosomatique" est essentiel pour une vraie guérison? L'être humain n'est pas seulement une mécanique physique, il est aussi âme et esprit. Il est vrai que de nos jours l'âme et l'esprit ne sont considérés que comme des "conséquences fonctionnelles", des "produits naturels" issus de l'organisation physique, matériel. On pense en donner des preuves "évidentes", en observant les effets de drogues diverses sur le psychisme humain...Tout est ramené à une vision exclusivement matérielle donc aléatoire et réductrice.

         Un autre problème extrêmement préoccupant du monde médical actuel concerne l'industrie des médicaments. Cette dernière se présente comme un espace très particulier qui génère constamment  des produits faits pour être vendus et utilisés. Le commerce des médicaments est, par nature, intimement lié au milieu médical: les médecins les prescrivent, les hôpitaux les utilisent journellement. Ce sont les malades qui  sont, volontairement ou involontairement, les "clients" des laboratoires et industries pharmaceutiques. Ces derniers en tirent des bénéfices considérables. Or, là aussi, se présentent des problèmes et  des scandales . L'insatiable appétit de bénéfices appelés à augmenter sans cesse, ce trait constant de notre culture économique actuelle, est aussi le trait dominant des industries pharmaceutiques. Les notions de service, d'aide à l'humanité sont devenues des prétextes illusoires: ce qui compte, ce n 'est plus de fournir en premier lieu des médicaments utiles pour guérir et sauvegarder la vie de l'humain, la priorité est celle du rendement financier,  le souci de satisfaire des actionnaires avides de bénéfices financiers immédiats et croissants. L'affaire du Mediator en est une illustration parmi bien d'autres. Mon exposé du 9 janvier 2011 (la médecine sous influence) sur ce site avait déjà évoqué ces problèmes. Il avait été apprécié par beaucoup de lecteurs, ce qui reflète que les problèmes évoqués ici, préoccupent beaucoup de gens.

        Il est évident que tous ces scandales insupportables ne sont possible que dans un contexte politique qui est lui aussi très contestable et souvent assez trouble. Notre sécurité sociale, qui est un acquis essentiel dans notre pays, connaît des difficultés financières croissantes. La médecine officielle, à travers toutes ses structures,  devient de plus en plus onéreuse. Pressé de diminuer rapidement le poids des dettes, notre pays doit faire des choix difficiles. Comment diminuer les dettes constantes et croissantes, sans ôter à la médecine de notre pays sa tâche essentielle: préserver la vie, soigner les malades, être au service de la santé publique? Parmi les urgences évoquées, il convient aussi d'analyser l'utilité, la valeur des médicaments que la Sécurité sociale doit, en partie, rembourser. C'est le grand débat actuel.  On est obligé de constater, que certains grands industriels des médicaments n'hésitent pas à mettre sur le marché, avec la passivité des services étatiques de surveillance, des médicaments dont le bénéfice/risque est plus que problématique. Il devient donc évident que l'Etat, notre gouvernement qui devrait être intraitable quand il s'agit de la vie et de la santé des citoyens, n'est pas toujours intervenu pour sanctionner ces pratiques. C'est très grave. Nous tenons à rendre attentifs nos lecteurs que l'excellente émission "C' dans l'air" sur la cinquième chaîne de télévision, a, le 8 juillet 2011, sous le titre "médicaments: le grand inventaire",  exposé largement les problèmes et enjeux évoqués. Nous encourageons tous nos lecteurs soucieux de connaître la vérité sur les problèmes exposés, de revoir, sur internet, cette émission tout à fait exceptionnelle. Exceptionnelle, parce que les intervenants ont exposé courageusement ce qui se passe  actuellement dans le monde de l'industrie pharmaceutique et celui des pratiquants de la médecine qui utilisent les produits de cette dernière. C'est effrayant et on peut que souhaiter que  la population, qui seule par son droit de vote, peut influencer le cours des choses, prenne conscience de ces problèmes. L'attrait de l'argent a partout supplanté le souci de la valeur et de la dignité humaine. Si la médecine, au lieu de sauver les vies, de guérir des maladies,  se laisse entraîner dans des perspectives uniquement marchandes et financières, notre société va vers sa perte. Sans compter qu'elle comptera rapidement deux niveaux: une médecine fourre-tout où l'individu sans gros moyens financiers sera livré à une médecine de masse, une autre soucieuse de qualité, de bons soins, précautionneuse et réservée à une élite financière capable de verser des sommes considérables...Où resteront dès lors les idéaux républicains proclamés sans cesse dans notre pays: liberté, égalité, fraternité?

       N'est-il pas insupportable que des lobbies uniquement intéressés par l'argent puissent, grâce à une passivité de la classe dirigeante, mettre sur le marché des produits qui peuvent provoquer des maladies au lieu de soigner? Si la précaution "bénéfice-risque" concernant l'administration d'un médicament était appliquée à la lettre, il devient évident, que l'on pourrait renoncer à un grand nombre de médicaments, qui, loin de soigner, font empirer l'état sanitaire des malades. Un des intervenants dans l'émission citée plus haut, a évoqué comment certains médicaments prescrits aux seniors pouvaient expliquer l'accroissement vertigineux  de la maladie d'Alzheimer. Il faut souligner que tous les participants à l'émission sont des personnalités expertes du monde et de la pratique médicale. On peut regretter qu'une telle émission ne soit pas diffusée sur les chaînes à très grande audience...Il est évident que les responsables des abus évoqués ne tiennent pas à la publicité d'une telle émission. Une raison de plus d'encourager les gens à s'informer pour ne pas devenir un jour les victimes d'un système qui risque de devenir de plus en plus inhumain.

      Le serment d'Hippocrate est devenu, malheureusement de nos jours, trop souvent un serment d'hypocrite, parce que, dans notre monde occidental, le sens véritable de l'humain s'est peu à peu perdu. Le matérialisme, l'amoralité et finalement l'immoralité l'emportent sur les grands idéaux humanitaires. Faut-il se résigner à vivre désormais dans un tel monde, une telle société?

Non!  Au cours de l'histoire des hommes, il y eut bien des crises, bien des bouleversements, bien des révolutions. Le monde a évolué constamment parce que les mentalités, les esprits évoluent sans cesse. Les dérives et les catastrophes sont souvent incontournables pour appeler des réactions contraires, pour changer le cours des évènements. Nous sommes mieux informés que jamais sur les évènements dans notre société. Encore faut-il que ces informations soient exactes. Or, elles sont souvent manipulées, superficielles, tendancieuses, contradictoires afin de brouiller notre esprit, notre pensée. Nous devons donc nous informer nous-mêmes aux bonnes sources (il existe de très bons livres écrits par des médecins, spécialistes sérieux) être éveillés, vigilants, libres. En prenant conscience des faits et évènements, nous pourrons chercher à en déceler les causes véritables. A partir de là, il nous faudra agir selon notre conscience en toute liberté et selon nos possibilités qui sont, malgré tout, diverses et nombreuses. C'est ainsi que nous pourrons à notre niveau, en étant conscients et responsables, influer sur notre monde, notre société en constante évolution. Car chaque individu est responsable de sa vie, de celle des autres et de l'avenir de notre société.

Par Myriam - Publié dans : Echange d'idées
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Lundi 13 juin 2011 1 13 /06 /Juin /2011 15:00

           

 

Les informations journalières sont actuellement truffées de scandales divers, notamment dans le domaine de la politique. Dans l'optique des élections présidentielles de 2012, le monde politique est en constante effervescence: grand tumulte dans les partis officiels, affrontements divers, trahisons officielles ou dissimulées, affaires louches supposées ou révélées, tout est mis en oeuvre pour une guerre insidieuse où tout semble permis pour atteindre son but. Le président en activité avait été élu par une large majorité de Français, parce que beaucoup avaient été séduits par les promesses électorales faites par une personnalité atypique forte et volontaire. De longue date, les Français, pour une large part, ont toujours cru en "l'homme politique providentiel" qui changerait rapidement le cours des choses, pour apporter dans un pays souvent malmené, plus de justice, plus de bien-être, plus de progrès dans le domaine social. L'idée d'une France puissante, juste, généreuse, indépendante, qui serait un modèle pour toutes les autres nations, cette vision proposée en son temps par le Général de Gaulle, aimée et partagée par la majorité de Français, a fortement marqué les esprits. De Gaulle, dans ses mémoires, ne parle-t-il pas d'une "certaine idée de la France" qu'il portait en lui et qui l'apparentait aux grandes figures de notre pays, dont la mission de Jeanne d'Arc était un des exemples si séduisants...La France belle, généreuse, courageuse, libre, fraternelle, heureuse et fière de son histoire et de ses talents! Quel peuple saurait résister à tant de qualités et de vertus? Nous connaissons tous aujourd'hui, les limites de telles proclamations, mais l'admiration et le regret d'une telle "vision" persistent. Pourquoi? Peut-être par le fait même que c'était une vision, une attitude politique, qui voulait, malgré les obstacles évidents et inévitables, tirer le pays "vers le haut"...Les peuples aiment les visionnaires qui les font rêver. N'oublions pas, que l'arrivée de François Mitterrand au pouvoir, après de longues années de gouvernement de la "droite" politique, avait suscité un espoir immense. Une majorité de citoyens avait choisi de mettre leur avenir social dans les mains d'un homme dont on espérait de grandes choses: les mêmes, en fait, pour l'essentiel, que ce que la vision du "grand Charles" avait proposé, dans un autre temps, sous d'autres formes. N'est-il pas très significatif que François Mitterrand, dès son élection, ait tenu à marquer par une cérémonie exceptionnelle, son accession au pouvoir? Nul n'oubliera jamais le nouveau président qui, d'un pas mesuré, le visage recueilli, une rose rouge à la main, s'avance seul vers le Panthéon pour honorer les dépouilles de personnalités représentatives de l'histoire de la gauche et du génie français.

Une cérémonie, un culte, célébrés par un président de gauche, républicain: évènement grave, marquant, inscrit à jamais dans l'histoire de notre pays. Les Français n'ont pas oublié et les images de cette journée mémorable reviendront  par la suite, au cours de nombreux reportages et beaucoup, au-delà des clivages politiques, gardent les images du Panthéon dans leur tête sinon dans leur coeur...

                 Aujourd'hui, le monde a beaucoup changé. On n'arrête pas le temps et la vie continue avec ses joies et ses peines. Le contexte social, lui aussi, s'est transformé...Le grand espoir soulevé, en son temps, par l'arrivée de François Mitterrand, avait aussi, au fil des années, connu une érosion constante: la vie impose souvent des contraintes inattendues et des pièges dangereux. La lutte des classes a pris aujourd'hui des formes nouvelles et particulières. La puissance de l'argent a endossé des formes nouvelles, plus pernicieuses. Elle est plus technique, plus intelligente, plus meurtrière que jamais. Le pouvoir politique se révèle souvent incapable d'affronter des adversaires dont les armes sont redoutables. La société de consommation à outrance montre aujourd'hui ses attraits, mais aussi des vrais dangers. La mondialisation, le nouveau modèle économique qui s'installe, s'il devient uniquement le terrain d'un concurrence  impitoyable, risque de devenir un enfer pour une part grandissante d'humains. Au lieu d'inciter à une collaboration, une fraternité humaine, il peut redevenir un motif de guerre, sous tous ses aspects.

         Voilà à quoi est confronté le monde politique aujourd'hui. La situation est grave, les enjeux énormes. Il devient évident que les personnalités qui assumeront la politique de notre pays, devront, si nous ne voulons courir à la catastrophe, avoir des qualités particulières: un savoir étendu dans tous les domaines, une intelligence analytique, technique, politique mais surtout, si nous ne voulons sombrer dans une technicité inhumaine, posséder un charisme et une humanité exceptionnels. Nous savons aujourd'hui qu'une politique humaine a d'autres exigences que celles uniquement attachées aux diplômes des grandes écoles. L'intelligence froide du savoir, souvent essentiellement théorique, ne saurait combler la chaleur humaine et "l'intelligence du coeur"dont le monde a besoin.

        Si nous observons aujourd'hui les affrontements au sein des diverses "familles politiques", dont le seul but, dans un premier temps, est de gagner les "primaires" de son propre parti, on ne peut que rester songeur. Un tel goût du pouvoir personnel affiché  dans sa propre famille est-il compatible avec un pouvoir dans le futur qui serait humain, généreux,  au service de "tous les Français"? Vouloir le pouvoir suffit-il pour conduire la politique d'un pays dans les temps difficiles? Les rêves personnels et ambitieux d'un candidat, son ego surdimensionné, sont-ils les qualités adéquates pour une tâche tellement difficile? Les candidatures multiples dans les nombreuses familles politiques ne seraient-ils pas plutôt le symptôme de personnalités plus préoccupées de leur propre réussite, d'une surévaluation de leurs propres capacités que le signe d'une véritable vocation justifiée et fondée? Quand on entend les propos de certains parmi eux, on peut souvent en douter.

              Nos politiciens sont le reflet de l'état de notre pays. On reste parfois médusé devant la médiocrité du discours présenté: mots creux, paroles aussi péremptoires que vides de sens véritable. Expressions assassines pour les adversaires supposés ou véritables. Plus de critiques personnelles souvent habillées de tournures machiavéliques que de propositions d'une véritable politique pour relever un pays et un contexte social très malade. Toutes les verrues des faiblesses humaines s'y dessinent et on y cherche vainement la femme ou l'homme politique capable de redonner un espoir et un souffle à notre nation. Chacun s'épuise dans un discours qui présente d'une manière caricaturale et souvent confuse ce qui devrait être un véritable programme de renouveau social répondant à l'attente consciente ou inconsciente d'une population désorientée. C'est parce que le monde actuel est en profonde crise, en changement constant, qu'il faudrait tout entreprendre pour répondre aux exigences d'une véritable vie sociale construite sur des valeurs humaines et non seulement sur des critères de seule rentabilité et de spéculations financières. Notre pays, solidaire qu'il le veuille ou non du monde en devenir, devrait contribuer à choisir, entre les politiques possibles du futur, celle qui soit le mieux adaptée à tenir compte de la dignité humaine, des espérances légitimes qui  redonnent le goût de la vie. Nous sommes actuellement très éloignés d'une telle perspective...

        Les divers scandales qui jalonnent la vie de politiciens de tous bords, sont autant de signes de dégénérescence de notre pays. On cherche constamment à redéfinir ce que doit devenir une "véritable" politique de gauche, de droite, du centre...Pourquoi? Parce que malheureusement celles et ceux parmi les personnalités politiques qui devraient incarner la politique de l'avenir, ne vivent pas toujours selon ce qu'ils préconisent. Les Français, à juste titre, se posent légitimement la question: qui croire aujourd'hui?..Et cela est très grave. Comment croire en une démocratie qui a  perdu sa grandeur, sa valeur originelles? Comment s'imaginer que les jeunes puissent s'investir davantage dans la vie publique si cette dernière est, à longueur d'année, bâtie sur des mensonges, des trahisons, des promesses jamais tenues?

         Rappelons-nous l'immense espoir qu'avait suscité le rapprochement franco-allemand, après l'apocalypse de la deuxième guerre mondiale. L'accolade échangée entre De Gaulle et Adenauer, puis le geste, plus tard, inattendu et symbolique entre Mitterrand et le chancelier Kohl...Nouvel espoir fou: les anciennes nations dites ennemies héréditaires réconciliées! La vision d'une Europe nouvelle, riche de ses traditions, de son histoire, de ses talents multiples, construite à travers un idéal partagé, enthousiaste d'un avenir commun construit sur les bases d'idéaux que les grands penseurs d'un passé pas très éloigné proposaient encore...Que sont devenus tous ces merveilleux rêves aujourd'hui? Ils ont été engloutis, anéantis, par une organisation européenne plus soucieuse de résultats économiques, financiers, que de véritables perspectives humaines. Sous l'influence de divers lobbies, de règles imposant une uniformisation par des normes absurdes et révoltantes, l'absence flagrante de la prise en compte des désirs et des véritables aspirations des populations européennes, l'union européenne est devenue une organisation très éloignée des véritables contingences humaines. Les peuples qui rêvaient depuis bien longtemps d'une Europe unie, fraternelle, riche de leurs cultures et de leurs différences, ont été trahis au fil des années par une organisation qui  s'acharne, peu à peu, à niveler le tout, à systématiser, à uniformiser jusque dans les moindres détails, en abandonnant toute logique, tout bon sens. Produire de plus en plus est devenu la règle avec toutes les conséquences désastreuses qui en découlent. Que de gaspillages occasionnés par des règlementations absurdes et scandaleuses...Comment être dès lors étonné, si actuellement l'idéal européen tant souhaité , tant espéré parce que porteur de belles promesses d'avenir pour tous, ne représente plus un projet enthousiasmant, devant les résultats actuels?

           L'Europe a été détournée de ses idéaux originels et n'est actuellement plus un espoir pour la jeunesse , un modèle pour le monde et l'humanité. Elle pourrait le redevenir, si les responsables politiques étaient prêts à privilégier le courage civique, les projets ambitieux, l'humanisme, au lieu des opportunités porteuses de bénéfices immédiats pour une minorité. Oser construire une Europe solidaire, forte, fraternelle: voilà qui serait une belle ambition! Il faut que les acteurs politiques prennent conscience qu'ils sont voués à l'échec, s'ils  ne tiennent compte des réalités, des exigences véritables des populations et du monde présent. Le tribut à payer serait alors très lourd...

          Il faut être visionnaire et idéaliste, si on veut contribuer à construire une société plus humaine, plus équitable, plus pacifique. Les idéaux, contrairement à ce que certains affirment, ne sont pas des rêves, ils peuvent être, au contraire des réalités non encore abouties, mais réalisables. C'est l'être humain qui pourra y parvenir, s'il en a la volonté. Nos débats politiques se limitent trop souvent à n'être que des affrontements stériles où chacun essaye de blesser l'autre, sous diverses formes. Des ego plus soucieux de leur propre victoire que  du bien communautaire. Notre avenir a besoin de dirigeants politiques qui portent en eux la vocation de servir les êtres humains, afin d'être vraiment utiles à leur pays, tout en étant conscients que l'humanité est une et que tous les individus ont les mêmes droits et les mêmes devoirs. Le monde est en constante évolution, les consciences s'ouvrent à de nouvelles exigences et les discriminations de tous ordres deviennent de plus en plus intolérables. Les injustices, les abus de puissance qu'ils soient d'ordre financier ou politique, finissent dans des affrontements violents et dans le sang. Il ne suffit plus aujourd'hui de disposer d'un grand savoir sanctionné par des diplômes prestigieux, pour avoir une saine influence sur son pays et dans le monde, il faut être porteur de véritables valeurs morales que l'on applique aussi dans sa propre vie. L'actualité nous montre assez le spectacle affligeant de personnalités politiques influentes qui, s'estimant au-dessus des lois et de toute morale, démontrent que par leurs actes, elles sont en contradiction constante et totale avec ce qu'elles proclament publiquement...

        Le courage politique, au vrai sens du terme, est devenu très rare. L'Allemagne, par sa décision, fondée sur la volonté  d'une large majorité de ses citoyens (80%), de sortir du nucléaire, en est un exemple édifiant. Nous savons que la construction des premières centrales nucléaires dans notre pays, a été mise en route par un simple décret politique, sans consultation préalable des Français. C'était l'époque des "grandes audaces" dont le général de Gaulle était le porteur. Soucieux de l'indépendance énergétique de son pays, il avait pris cette initiative hardie...Les années ont passé, on a continué à développer cette industrie, tout en connaissant les dangers terribles attachés aux structures d'une telle industrie et le problème non résolu du traitement des déchets nucléaires. Dans divers pays du monde, on a fait l'expérience des problèmes que posent les centrales nucléaires. On a pourtant continué à les exploiter, car les enjeux financiers qui y sont attachés sont énormes. Puis il y eu Tchernobyl et Fukushima...Le Japon restera marqué à jamais par cette catastrophe. Suite à ces évènements terribles, l'Allemagne, malgré diverses oppositions, a décidé de sortir progressivement du nucléaire. Les critiques diverses d'autres pays, dont la France, n'ont pas ébranlé une décision politique difficile, lourde de conséquences, mais tenant compte de la volonté d'une grande majorité de la population. Les Allemands seraient-ils de doux rêveurs, des idéalistes qui n'ont pas les pieds sur terre? L'avenir nous le dira...Mais n'oublions pas qu'il s'agit d'un vrai projet sur le futur qui est porteur d'une espérance incommensurable. L'Allemagne est un pays qui a des scientifiques de renommée mondiale, des techniciens de haut rang prêts à relever le défit. Dans bien des domaines déjà, ce pays a montré un génie inventif  dont bien des pays sont jaloux. Ce pays sera peut-être, par son initiative hardie, portée et voulue par sa population, le premier pays du monde à faire la démonstration qu'il est possible de faire appel à de nouveaux moyens plus efficaces et moins dangereux pour gagner de l'énergie. Les Allemands sont déjà très en avance pour l'emploi des énergies solaires dont les techniques ont créé de nombreux emplois nouveaux. En France, malgré diverses proclamations politiques, on est encore très loin de telles perspectives, puisque le gouvernement a décidé de continuer le nucléaire et cela toujours davantage, puisque d'autres projets sont déjà envisagés qui vont encore nous lier plus au nucléaire...

              Les prochaines élections présidentielles se rapprochent et il sera utile de bien suivre les débats politiques, en tenant compte des aspects évoqués dans cet exposé. Chacun de nous a sa part de responsabilité dans un état démocratique: nous aurons selon la décision de la majorité, le gouvernement que nous méritons. Il ne servira à rien de se lamenter, une fois que les dés seront jetés. Lors des divisions et des affrontements, c'est toujours le plus ambitieux qui l'emporte, pas nécessairement celui qui est porteur des meilleures espérances pour le pays. Il est aussi évident que, tant que nous ne portons en nous une vision élevée de la politique, une espérance d'un futur plus humain, nous ne saurions exiger ces qualités chez celui ou celle que nous choisirons pour diriger notre pays. Un monde meilleur n'est envisageable que dans la mesure où nous sommes, nous aussi, capables d'évoluer dans notre vision d'avenir, nos exigences, notre éthique personnelle.       

       

Par Myriam - Publié dans : Echange d'idées
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Lundi 16 mai 2011 1 16 /05 /Mai /2011 16:50

       

 

Cette année marque le 150ème anniversaire de la naissance de Rudolf Steiner (réf. notre article paru en février). Ce penseur visionnaire a laissé une oeuvre considérable qui a été traduite  dans  plusieurs langues. Elle fait partie des biens culturels publics accessibles à tous et a été étudiée en partie ou dans sa totalité, par un grand nombre de lecteurs dans le monde entier. Et pourtant, on a l'impression que de nos jours,  Rudolf Steiner (1861-1925) reste un inconnu pour beaucoup de gens. La science spirituelle, aussi appelée "anthroposophie", tenait cependant une place non négligeable dans la culture française, au début du dernier siècle... Un exemple parmi d'autres: lors de l'Exposition Internationale de Paris, en 1937, il y eu, dans le cadre du Théâtre des Champs-Elysées, plusieurs représentations d'extraits du Faust de Goethe, de "Hiram et Salomon" d'Albert Steffen (un élève de R. Steiner), ainsi que des spectacles d'eurythmie et de choeurs parlés, des productions du Goetheanum de Dornach (en Suisse) où Rudolf Steiner avait installé un centre d'étude au début du 20ème siècle. Pendant la deuxième guerre mondiale, le mouvement anthroposophique est devenu une société secrète, du fait qu'il avait été interdit par la mouvance nazie et que tous les sympathisants étaient menacés d'arrestation, voire de mort... Après la guerre, le mouvement anthroposophique connut de nombreuses difficultés matérielles comme  d'autres associations culturelles. Les années passant, la société anthroposophique française changea: les personnes qui avaient encore connu personnellement Rudolf Steiner, assisté à certaines de ses conférences, disparurent peu à peu...Entre-temps notre société a subi des transformations profondes. Après les pénuries de la guerres et les années difficiles qui suivirent, arriva peu à peu, à l'image de la société américaine, la société  de consommation... Cette société ne fait guère appel à la réflexion métaphysique profonde et aux questionnements philosophiques!.. L'éthique matérialiste se nourrit habituellement de l'immédiat, du tangible, du profitable.  Se dessine dès lors, un horizon quelque peu égoïste où consommer serait le bonheur pour le corps et l'esprit humains! La réalité nous apprend cependant  que cette félicité  artificielle est très fragile...  Faute d'autres espaces que ceux proposés par le matérialisme, un être humain peut sombrer très rapidement dans le désespoir et la déprime.

       En étudiant les enseignements proposés dans les ouvrages et les conférences de Rudolf Steiner, on  peut comprendre pourquoi notre société est devenue si fragile, angoissée, suicidaire...Il est étonnant que cette oeuvre capitale ne soit pas plus connue aujourd'hui. A cette méconnaissance s'ajoutent les attaques et critiques malveillantes concernant la personne et l'enseignement de Rudolf Steiner. Déjà de son vivant, on avait essayé de le discréditer, de ridiculiser son oeuvre. Ce penseur visionnaire, clairvoyant, qui encourageait les gens à penser par eux-mêmes, à garder leur libre-arbitre dans les domaines de la vie sociale, était bien encombrant pour certains détenteurs d'autorité plus soucieux de leur pouvoir que d'une société juste et adaptée aux valeurs humaines... Il y a quelques années, en France, une commission parlementaire avait même  classé l'anthroposophie parmi les "sectes" à combattre et à interdire.. Il y eu  procès à ce sujet et l'anthroposophie a dû être retirée de la liste des sectes.  Mais aucune publicité ne fut accordée à cette rectification!...Les diffamations se répandent aujourd'hui sur internet qui est devenu un outil très pratique pour publier des calomnies et mensonges... Il est indéniable que l'on peut y trouver le meilleur et le pire...Mais nous avons la liberté de choix qui est, en soi, une bonne chose. Ou bien le lecteur choisira l'option qui confirmera son préjugé personnel ou bien il s'efforcera, en toute objectivité, d'étudier plus sérieusement le sujet avant de se déterminer... Les adversaires se divisent donc essentiellement en deux tendances: ceux qui connaissent plus ou moins le sujet et veulent sciemment  discréditer l'anthroposophie, essayer de l'anéantir, lui faire "mauvaise presse" pour des raisons personnelles, et ceux qui ne connaissent guère le sujet, qui se laissent mener par leurs préjugés ou des informations non vérifiées. Une question centrale reste posée: pourquoi l'anthroposophie de Rudolf Steiner, qui mériterait pour le moins l'intérêt que l'on porte à toute forme de pensée philosophique, ne connaît-elle pas plus d'adhésion dans notre société actuelle?

        Il semble évident que l'on ne saurait répondre à cette question importante sans connaître plus précisément ce que propose l'oeuvre de R. Steiner. Pour celui qui la connaît, il devient évident que ceux qui portent un jugement négatif n'ont souvent qu'une connaissance  superficielle et par là même insuffisante. Car, si on veut, de manière objective, porter un jugement de valeur, il faut évidemment bien connaître le sujet. Cela demande du temps et de la disponibilité, ce qui malheureusement manque souvent aujourd'hui

       On peut étudier, en autodidacte,  à son propre rythme, l'oeuvre immense et diversifiée de Rudolf Steiner. Chacun peut l'aborder selon ses propres centres d'intérêts: éducation, philosophie, vie sociale, psychologie, vie économique, agriculture, ésotérisme, arts...Dans chaque discipline, des perspectives nouvelles et des découvertes s'offrent  à notre curiosité. Sans nulle contrainte, sans nul endoctrinement, nous pouvons  étudier et nous forger notre propre jugement. Rudolf Steiner a toujours eu confiance en la force et la lucidité de la pensée individuelle, dès lors qu'elle est portée par une volonté personnelle désireuse de comprendre. Ce n'est que librement, par un choix individuel que l'ouverture au nouveau et l'étude attentive sont possibles.

           Pourquoi accorder tellement d'importance à la connaissance de l'enseignement de Rudolf Steiner? Parce qu'il est indispensable pour qui veut comprendre les problèmes de notre temps et pouvoir contribuer à trouver les solutions possibles et adéquates! Notre civilisation a généré  nombre de savants, de scientifiques, de spécialistes de toute nature...Des progrès scientifiques énormes ont transformé la vie de nos sociétés et pourtant le progrès, s'il a amélioré les conditions de vie pour beaucoup d'individus, n'a pas rendu les hommes plus heureux, plus sereins, plus pacifiques, plus confiants en leur avenir. Pendant longtemps on croyait pouvoir affirmer que le progrès scientifique apporterait le bonheur pour tous l'humanité. La vie quotidienne nous démontre cependant tout le contraire: violences, misères économiques et humaines, affrontements s'inscrivent dans le quotidien...Il faut, hélas, faire le constat  que le progrès scientifique ne sert à rien, si l'individualité humaine, ses valeurs, ses idéaux, sa vocation personnelle sont sacrifiés. Le monde matérialiste réduit le rêve humain au seul intérêt que confèrent l'argent et le pouvoir immédiat qui s'y associe. Il ignore le véritable rêve humain, l'idéal, l'aspiration vers le haut qui donne un sens à la vie humaine, pour ne proposer que des illusions qui n'engendrent finalement que le vide de l'âme et le désespoir... La loi du plus fort l'emporte sur la solidarité humaine qui s'ouvrirait sur l'altruisme, l'entraide, l'empathie, le don de soi, l'amour...Quel recours reste-t-il alors pour l'être humain confronté à un monde de plus en plus inhumain?

La religion? Nous savons que le monde actuel est aussi confronté à toutes sortes de problèmes quant à la spiritualité religieuse: dans le monde dit chrétien règnent beaucoup de confusions que l'orthodoxie officielle essaye vainement de juguler...Les conservatismes et intégrismes divers  mettent toutes leurs forces à garder un pouvoir sur des fidèles que l'on voudrait dociles et obéissants. Deux mondes contraires s'affrontent dès lors: un monde scientifique matérialiste, athée, d'un côté et  celui porté par une foi parfois archaïque, ignorante...Dogmatisme scientifique et dogmatisme religieux...

          Rudolf Steiner avait maintes fois souligné dans ses conférences, que l'humanité était en évolution permanente, à travers l'histoire du monde. La religion a vraiment tenu une place importante dans l'évolution humaine. La foi aveugle était toujours comprise comme un gage de fidélité obligatoire envers le Créateur du monde, de l'univers, de l'homme, de toutes les créatures existantes. A partir du 16ème siècle env. les sciences "naturelles" ont pris leur propre essor et bientôt le domaine du physique matériel, devenu objet d'étude par les sciences, a pris de plus en plus d'importance, dans l'esprit des gens. Ce phénomène s'est amplifié sans cesse à tel titre que la foi  inébranlable du croyant d'autrefois a perdu peu à peu de son évidence, pour donner une place accrue au doute. Foi et sciences ont alors pris des voies opposées et apparemment inconciliables. La philosophie de E. Kant marque encore le plus grand nombre de nos intellectuels et scientifiques.

          Toute l'oeuvre de Rudolf Steiner démontre cependant que, sous certaines conditions, les deux voies opposées peuvent tout de même se rejoindre. La religion veut, par ses "articles de foi", son "credo", faire croire à un espace spirituel existant hors de l'espace et du temps. La foi, l'observance des règles morales établies dans un code prescrit par la religion, donne à l'âme humaine, sous cette optique, l'accès à cet au-delà qui, comme "royaume de Dieu", est fondamentalement différent du monde physique. Les sciences physiques, matérielles, ont elles, leurs méthodes propres d'observation, d'expérimentation du monde physique qui permettent d'en déceler les mystères et les lois.  Les scientifiques pratiquent donc une "méthode" logique de travail, en utilisant les instruments adaptés à ces investigations.  Rudolf Steiner, dans son enseignement, montre que le monde spirituel peut, lui aussi, être étudié, par une "logique  scientifique" si l' on dispose des instruments de travail adéquats. Pour acquérir des connaissances sur les espaces spirituels, deux approches sont possibles: l'accès direct, personnel qui nécessite une initiation  préliminaire ou un accès indirect, à travers l'étude du résultat des investigations faites par l'initié et évoquées dans ses conférences et écrits. Rudolf Steiner indique exactement de quelle manière un être humain peut entreprendre un chemin d'initiation, pour pouvoir acquérir progressivement, si les entités spirituelles le permettent, de nouvelles facultés qui seront les "instruments" adaptés à l'investigation du "monde spirituel". Il s'agit là  d'une possibilité d'accès personnel à une connaissance véritable et objective de la réalité  du monde spirituel.

         Rudolf Steiner a cependant souligné que ce chemin d'initiation était long, difficile et pas toujours accessible dans une seule vie. Un cheminement personnel sollicitant volonté, patience, persévérance, modestie, amour de la vérité...L'anthroposophie inaugurée par Rudolf Steiner est le fruit de son propre parcours initiatique. Il a parcouru cette route longue et périlleuse. Ses investigations spirituelles forment un tout cohérent que l'on peut étudier à travers toute son oeuvre. Rudolf Steiner a souligné que les résultats de ses recherches sont accessibles à tous et que la pensée humaine logique et critique est capable de les comprendre, d'en mesurer la valeur et la profondeur. L'étude patiente, méthodique, éveillée et critique peut ainsi nous ouvrir des perspectives toutes nouvelles et nous initier, librement, aux mystères de la vie, de la création, de l'être humain, de la nature du monde spirituel et du rôle particulier du Christ...Pour comprendre notre propre origine,  le sens de notre vie sur terre, le mystère de la mort, la nature et la raison du mal, de la souffrance, la vocation du devenir humain et toutes les questions que nous nous posons intimement, l'enseignement de Rudolf Steiner est aujourd'hui, en notre temps de crises profondes, plus indispensable que jamais. Le 150ème anniversaire de sa naissance peut être pour nous une occasion de faire la connaissance d'un esprit exceptionnel qui a consacré toute sa vie à aider les êtres humains, à leur faire prendre conscience de leur véritable identité, leur nature profonde, leurs racines spirituelles et immortelles... Oui, Rudolf Steiner peut être pour nous, si nous le voulons, notre "éveilleur de conscience". En toute liberté, à notre propre rythme, en ne négligeant ni la raison, ni le coeur...

     "Du point de vue de l'esprit dans son véritable sens, aucun savant authentique ne pourra trouver de contradiction entre la science fondée sur les réalités du monde sensible et la recherche qui s'applique au supra-sensible.

     Tout savant se sert d'instruments et de méthodes; il crée des instruments avec ce que la nature lui fournit. Le monde de connaissance supra-sensoriel se sert aussi d'un instrument, mais c'est l'homme lui-même." Rudolf Steiner     

Par Myriam - Publié dans : Echange d'idées
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