Les informations journalières sont actuellement truffées de scandales divers, notamment dans le domaine de la politique. Dans l'optique des élections présidentielles de 2012, le monde politique est en constante effervescence: grand tumulte dans les partis officiels, affrontements divers, trahisons officielles ou dissimulées, affaires louches supposées ou révélées, tout est mis en oeuvre pour une guerre insidieuse où tout semble permis pour atteindre son but. Le président en activité avait été élu par une large majorité de Français, parce que beaucoup avaient été séduits par les promesses électorales faites par une personnalité atypique forte et volontaire. De longue date, les Français, pour une large part, ont toujours cru en "l'homme politique providentiel" qui changerait rapidement le cours des choses, pour apporter dans un pays souvent malmené, plus de justice, plus de bien-être, plus de progrès dans le domaine social. L'idée d'une France puissante, juste, généreuse, indépendante, qui serait un modèle pour toutes les autres nations, cette vision proposée en son temps par le Général de Gaulle, aimée et partagée par la majorité de Français, a fortement marqué les esprits. De Gaulle, dans ses mémoires, ne parle-t-il pas d'une "certaine idée de la France" qu'il portait en lui et qui l'apparentait aux grandes figures de notre pays, dont la mission de Jeanne d'Arc était un des exemples si séduisants...La France belle, généreuse, courageuse, libre, fraternelle, heureuse et fière de son histoire et de ses talents! Quel peuple saurait résister à tant de qualités et de vertus? Nous connaissons tous aujourd'hui, les limites de telles proclamations, mais l'admiration et le regret d'une telle "vision" persistent. Pourquoi? Peut-être par le fait même que c'était une vision, une attitude politique, qui voulait, malgré les obstacles évidents et inévitables, tirer le pays "vers le haut"...Les peuples aiment les visionnaires qui les font rêver. N'oublions pas, que l'arrivée de François Mitterrand au pouvoir, après de longues années de gouvernement de la "droite" politique, avait suscité un espoir immense. Une majorité de citoyens avait choisi de mettre leur avenir social dans les mains d'un homme dont on espérait de grandes choses: les mêmes, en fait, pour l'essentiel, que ce que la vision du "grand Charles" avait proposé, dans un autre temps, sous d'autres formes. N'est-il pas très significatif que François Mitterrand, dès son élection, ait tenu à marquer par une cérémonie exceptionnelle, son accession au pouvoir? Nul n'oubliera jamais le nouveau président qui, d'un pas mesuré, le visage recueilli, une rose rouge à la main, s'avance seul vers le Panthéon pour honorer les dépouilles de personnalités représentatives de l'histoire de la gauche et du génie français.
Une cérémonie, un culte, célébrés par un président de gauche, républicain: évènement grave, marquant, inscrit à jamais dans l'histoire de notre pays. Les Français n'ont pas oublié et les images de cette journée mémorable reviendront par la suite, au cours de nombreux reportages et beaucoup, au-delà des clivages politiques, gardent les images du Panthéon dans leur tête sinon dans leur coeur...
Aujourd'hui, le monde a beaucoup changé. On n'arrête pas le temps et la vie continue avec ses joies et ses peines. Le contexte social, lui aussi, s'est transformé...Le grand espoir soulevé, en son temps, par l'arrivée de François Mitterrand, avait aussi, au fil des années, connu une érosion constante: la vie impose souvent des contraintes inattendues et des pièges dangereux. La lutte des classes a pris aujourd'hui des formes nouvelles et particulières. La puissance de l'argent a endossé des formes nouvelles, plus pernicieuses. Elle est plus technique, plus intelligente, plus meurtrière que jamais. Le pouvoir politique se révèle souvent incapable d'affronter des adversaires dont les armes sont redoutables. La société de consommation à outrance montre aujourd'hui ses attraits, mais aussi des vrais dangers. La mondialisation, le nouveau modèle économique qui s'installe, s'il devient uniquement le terrain d'un concurrence impitoyable, risque de devenir un enfer pour une part grandissante d'humains. Au lieu d'inciter à une collaboration, une fraternité humaine, il peut redevenir un motif de guerre, sous tous ses aspects.
Voilà à quoi est confronté le monde politique aujourd'hui. La situation est grave, les enjeux énormes. Il devient évident que les personnalités qui assumeront la politique de notre pays, devront, si nous ne voulons courir à la catastrophe, avoir des qualités particulières: un savoir étendu dans tous les domaines, une intelligence analytique, technique, politique mais surtout, si nous ne voulons sombrer dans une technicité inhumaine, posséder un charisme et une humanité exceptionnels. Nous savons aujourd'hui qu'une politique humaine a d'autres exigences que celles uniquement attachées aux diplômes des grandes écoles. L'intelligence froide du savoir, souvent essentiellement théorique, ne saurait combler la chaleur humaine et "l'intelligence du coeur"dont le monde a besoin.
Si nous observons aujourd'hui les affrontements au sein des diverses "familles politiques", dont le seul but, dans un premier temps, est de gagner les "primaires" de son propre parti, on ne peut que rester songeur. Un tel goût du pouvoir personnel affiché dans sa propre famille est-il compatible avec un pouvoir dans le futur qui serait humain, généreux, au service de "tous les Français"? Vouloir le pouvoir suffit-il pour conduire la politique d'un pays dans les temps difficiles? Les rêves personnels et ambitieux d'un candidat, son ego surdimensionné, sont-ils les qualités adéquates pour une tâche tellement difficile? Les candidatures multiples dans les nombreuses familles politiques ne seraient-ils pas plutôt le symptôme de personnalités plus préoccupées de leur propre réussite, d'une surévaluation de leurs propres capacités que le signe d'une véritable vocation justifiée et fondée? Quand on entend les propos de certains parmi eux, on peut souvent en douter.
Nos politiciens sont le reflet de l'état de notre pays. On reste parfois médusé devant la médiocrité du discours présenté: mots creux, paroles aussi péremptoires que vides de sens véritable. Expressions assassines pour les adversaires supposés ou véritables. Plus de critiques personnelles souvent habillées de tournures machiavéliques que de propositions d'une véritable politique pour relever un pays et un contexte social très malade. Toutes les verrues des faiblesses humaines s'y dessinent et on y cherche vainement la femme ou l'homme politique capable de redonner un espoir et un souffle à notre nation. Chacun s'épuise dans un discours qui présente d'une manière caricaturale et souvent confuse ce qui devrait être un véritable programme de renouveau social répondant à l'attente consciente ou inconsciente d'une population désorientée. C'est parce que le monde actuel est en profonde crise, en changement constant, qu'il faudrait tout entreprendre pour répondre aux exigences d'une véritable vie sociale construite sur des valeurs humaines et non seulement sur des critères de seule rentabilité et de spéculations financières. Notre pays, solidaire qu'il le veuille ou non du monde en devenir, devrait contribuer à choisir, entre les politiques possibles du futur, celle qui soit le mieux adaptée à tenir compte de la dignité humaine, des espérances légitimes qui redonnent le goût de la vie. Nous sommes actuellement très éloignés d'une telle perspective...
Les divers scandales qui jalonnent la vie de politiciens de tous bords, sont autant de signes de dégénérescence de notre pays. On cherche constamment à redéfinir ce que doit devenir une "véritable" politique de gauche, de droite, du centre...Pourquoi? Parce que malheureusement celles et ceux parmi les personnalités politiques qui devraient incarner la politique de l'avenir, ne vivent pas toujours selon ce qu'ils préconisent. Les Français, à juste titre, se posent légitimement la question: qui croire aujourd'hui?..Et cela est très grave. Comment croire en une démocratie qui a perdu sa grandeur, sa valeur originelles? Comment s'imaginer que les jeunes puissent s'investir davantage dans la vie publique si cette dernière est, à longueur d'année, bâtie sur des mensonges, des trahisons, des promesses jamais tenues?
Rappelons-nous l'immense espoir qu'avait suscité le rapprochement franco-allemand, après l'apocalypse de la deuxième guerre mondiale. L'accolade échangée entre De Gaulle et Adenauer, puis le geste, plus tard, inattendu et symbolique entre Mitterrand et le chancelier Kohl...Nouvel espoir fou: les anciennes nations dites ennemies héréditaires réconciliées! La vision d'une Europe nouvelle, riche de ses traditions, de son histoire, de ses talents multiples, construite à travers un idéal partagé, enthousiaste d'un avenir commun construit sur les bases d'idéaux que les grands penseurs d'un passé pas très éloigné proposaient encore...Que sont devenus tous ces merveilleux rêves aujourd'hui? Ils ont été engloutis, anéantis, par une organisation européenne plus soucieuse de résultats économiques, financiers, que de véritables perspectives humaines. Sous l'influence de divers lobbies, de règles imposant une uniformisation par des normes absurdes et révoltantes, l'absence flagrante de la prise en compte des désirs et des véritables aspirations des populations européennes, l'union européenne est devenue une organisation très éloignée des véritables contingences humaines. Les peuples qui rêvaient depuis bien longtemps d'une Europe unie, fraternelle, riche de leurs cultures et de leurs différences, ont été trahis au fil des années par une organisation qui s'acharne, peu à peu, à niveler le tout, à systématiser, à uniformiser jusque dans les moindres détails, en abandonnant toute logique, tout bon sens. Produire de plus en plus est devenu la règle avec toutes les conséquences désastreuses qui en découlent. Que de gaspillages occasionnés par des règlementations absurdes et scandaleuses...Comment être dès lors étonné, si actuellement l'idéal européen tant souhaité , tant espéré parce que porteur de belles promesses d'avenir pour tous, ne représente plus un projet enthousiasmant, devant les résultats actuels?
L'Europe a été détournée de ses idéaux originels et n'est actuellement plus un espoir pour la jeunesse , un modèle pour le monde et l'humanité. Elle pourrait le redevenir, si les responsables politiques étaient prêts à privilégier le courage civique, les projets ambitieux, l'humanisme, au lieu des opportunités porteuses de bénéfices immédiats pour une minorité. Oser construire une Europe solidaire, forte, fraternelle: voilà qui serait une belle ambition! Il faut que les acteurs politiques prennent conscience qu'ils sont voués à l'échec, s'ils ne tiennent compte des réalités, des exigences véritables des populations et du monde présent. Le tribut à payer serait alors très lourd...
Il faut être visionnaire et idéaliste, si on veut contribuer à construire une société plus humaine, plus équitable, plus pacifique. Les idéaux, contrairement à ce que certains affirment, ne sont pas des rêves, ils peuvent être, au contraire des réalités non encore abouties, mais réalisables. C'est l'être humain qui pourra y parvenir, s'il en a la volonté. Nos débats politiques se limitent trop souvent à n'être que des affrontements stériles où chacun essaye de blesser l'autre, sous diverses formes. Des ego plus soucieux de leur propre victoire que du bien communautaire. Notre avenir a besoin de dirigeants politiques qui portent en eux la vocation de servir les êtres humains, afin d'être vraiment utiles à leur pays, tout en étant conscients que l'humanité est une et que tous les individus ont les mêmes droits et les mêmes devoirs. Le monde est en constante évolution, les consciences s'ouvrent à de nouvelles exigences et les discriminations de tous ordres deviennent de plus en plus intolérables. Les injustices, les abus de puissance qu'ils soient d'ordre financier ou politique, finissent dans des affrontements violents et dans le sang. Il ne suffit plus aujourd'hui de disposer d'un grand savoir sanctionné par des diplômes prestigieux, pour avoir une saine influence sur son pays et dans le monde, il faut être porteur de véritables valeurs morales que l'on applique aussi dans sa propre vie. L'actualité nous montre assez le spectacle affligeant de personnalités politiques influentes qui, s'estimant au-dessus des lois et de toute morale, démontrent que par leurs actes, elles sont en contradiction constante et totale avec ce qu'elles proclament publiquement...
Le courage politique, au vrai sens du terme, est devenu très rare. L'Allemagne, par sa décision, fondée sur la volonté d'une large majorité de ses citoyens (80%), de sortir du nucléaire, en est un exemple édifiant. Nous savons que la construction des premières centrales nucléaires dans notre pays, a été mise en route par un simple décret politique, sans consultation préalable des Français. C'était l'époque des "grandes audaces" dont le général de Gaulle était le porteur. Soucieux de l'indépendance énergétique de son pays, il avait pris cette initiative hardie...Les années ont passé, on a continué à développer cette industrie, tout en connaissant les dangers terribles attachés aux structures d'une telle industrie et le problème non résolu du traitement des déchets nucléaires. Dans divers pays du monde, on a fait l'expérience des problèmes que posent les centrales nucléaires. On a pourtant continué à les exploiter, car les enjeux financiers qui y sont attachés sont énormes. Puis il y eu Tchernobyl et Fukushima...Le Japon restera marqué à jamais par cette catastrophe. Suite à ces évènements terribles, l'Allemagne, malgré diverses oppositions, a décidé de sortir progressivement du nucléaire. Les critiques diverses d'autres pays, dont la France, n'ont pas ébranlé une décision politique difficile, lourde de conséquences, mais tenant compte de la volonté d'une grande majorité de la population. Les Allemands seraient-ils de doux rêveurs, des idéalistes qui n'ont pas les pieds sur terre? L'avenir nous le dira...Mais n'oublions pas qu'il s'agit d'un vrai projet sur le futur qui est porteur d'une espérance incommensurable. L'Allemagne est un pays qui a des scientifiques de renommée mondiale, des techniciens de haut rang prêts à relever le défit. Dans bien des domaines déjà, ce pays a montré un génie inventif dont bien des pays sont jaloux. Ce pays sera peut-être, par son initiative hardie, portée et voulue par sa population, le premier pays du monde à faire la démonstration qu'il est possible de faire appel à de nouveaux moyens plus efficaces et moins dangereux pour gagner de l'énergie. Les Allemands sont déjà très en avance pour l'emploi des énergies solaires dont les techniques ont créé de nombreux emplois nouveaux. En France, malgré diverses proclamations politiques, on est encore très loin de telles perspectives, puisque le gouvernement a décidé de continuer le nucléaire et cela toujours davantage, puisque d'autres projets sont déjà envisagés qui vont encore nous lier plus au nucléaire...
Les prochaines élections présidentielles se rapprochent et il sera utile de bien suivre les débats politiques, en tenant compte des aspects évoqués dans cet exposé. Chacun de nous a sa part de responsabilité dans un état démocratique: nous aurons selon la décision de la majorité, le gouvernement que nous méritons. Il ne servira à rien de se lamenter, une fois que les dés seront jetés. Lors des divisions et des affrontements, c'est toujours le plus ambitieux qui l'emporte, pas nécessairement celui qui est porteur des meilleures espérances pour le pays. Il est aussi évident que, tant que nous ne portons en nous une vision élevée de la politique, une espérance d'un futur plus humain, nous ne saurions exiger ces qualités chez celui ou celle que nous choisirons pour diriger notre pays. Un monde meilleur n'est envisageable que dans la mesure où nous sommes, nous aussi, capables d'évoluer dans notre vision d'avenir, nos exigences, notre éthique personnelle.
Cette année marque le 150ème anniversaire de la naissance de Rudolf Steiner (réf. notre article paru en février). Ce penseur visionnaire a laissé une oeuvre considérable qui a été traduite dans plusieurs langues. Elle fait partie des biens culturels publics accessibles à tous et a été étudiée en partie ou dans sa totalité, par un grand nombre de lecteurs dans le monde entier. Et pourtant, on a l'impression que de nos jours, Rudolf Steiner (1861-1925) reste un inconnu pour beaucoup de gens. La science spirituelle, aussi appelée "anthroposophie", tenait cependant une place non négligeable dans la culture française, au début du dernier siècle... Un exemple parmi d'autres: lors de l'Exposition Internationale de Paris, en 1937, il y eu, dans le cadre du Théâtre des Champs-Elysées, plusieurs représentations d'extraits du Faust de Goethe, de "Hiram et Salomon" d'Albert Steffen (un élève de R. Steiner), ainsi que des spectacles d'eurythmie et de choeurs parlés, des productions du Goetheanum de Dornach (en Suisse) où Rudolf Steiner avait installé un centre d'étude au début du 20ème siècle. Pendant la deuxième guerre mondiale, le mouvement anthroposophique est devenu une société secrète, du fait qu'il avait été interdit par la mouvance nazie et que tous les sympathisants étaient menacés d'arrestation, voire de mort... Après la guerre, le mouvement anthroposophique connut de nombreuses difficultés matérielles comme d'autres associations culturelles. Les années passant, la société anthroposophique française changea: les personnes qui avaient encore connu personnellement Rudolf Steiner, assisté à certaines de ses conférences, disparurent peu à peu...Entre-temps notre société a subi des transformations profondes. Après les pénuries de la guerres et les années difficiles qui suivirent, arriva peu à peu, à l'image de la société américaine, la société de consommation... Cette société ne fait guère appel à la réflexion métaphysique profonde et aux questionnements philosophiques!.. L'éthique matérialiste se nourrit habituellement de l'immédiat, du tangible, du profitable. Se dessine dès lors, un horizon quelque peu égoïste où consommer serait le bonheur pour le corps et l'esprit humains! La réalité nous apprend cependant que cette félicité artificielle est très fragile... Faute d'autres espaces que ceux proposés par le matérialisme, un être humain peut sombrer très rapidement dans le désespoir et la déprime.
En étudiant les enseignements proposés dans les ouvrages et les conférences de Rudolf Steiner, on peut comprendre pourquoi notre société est devenue si fragile, angoissée, suicidaire...Il est étonnant que cette oeuvre capitale ne soit pas plus connue aujourd'hui. A cette méconnaissance s'ajoutent les attaques et critiques malveillantes concernant la personne et l'enseignement de Rudolf Steiner. Déjà de son vivant, on avait essayé de le discréditer, de ridiculiser son oeuvre. Ce penseur visionnaire, clairvoyant, qui encourageait les gens à penser par eux-mêmes, à garder leur libre-arbitre dans les domaines de la vie sociale, était bien encombrant pour certains détenteurs d'autorité plus soucieux de leur pouvoir que d'une société juste et adaptée aux valeurs humaines... Il y a quelques années, en France, une commission parlementaire avait même classé l'anthroposophie parmi les "sectes" à combattre et à interdire.. Il y eu procès à ce sujet et l'anthroposophie a dû être retirée de la liste des sectes. Mais aucune publicité ne fut accordée à cette rectification!...Les diffamations se répandent aujourd'hui sur internet qui est devenu un outil très pratique pour publier des calomnies et mensonges... Il est indéniable que l'on peut y trouver le meilleur et le pire...Mais nous avons la liberté de choix qui est, en soi, une bonne chose. Ou bien le lecteur choisira l'option qui confirmera son préjugé personnel ou bien il s'efforcera, en toute objectivité, d'étudier plus sérieusement le sujet avant de se déterminer... Les adversaires se divisent donc essentiellement en deux tendances: ceux qui connaissent plus ou moins le sujet et veulent sciemment discréditer l'anthroposophie, essayer de l'anéantir, lui faire "mauvaise presse" pour des raisons personnelles, et ceux qui ne connaissent guère le sujet, qui se laissent mener par leurs préjugés ou des informations non vérifiées. Une question centrale reste posée: pourquoi l'anthroposophie de Rudolf Steiner, qui mériterait pour le moins l'intérêt que l'on porte à toute forme de pensée philosophique, ne connaît-elle pas plus d'adhésion dans notre société actuelle?
Il semble évident que l'on ne saurait répondre à cette question importante sans connaître plus précisément ce que propose l'oeuvre de R. Steiner. Pour celui qui la connaît, il devient évident que ceux qui portent un jugement négatif n'ont souvent qu'une connaissance superficielle et par là même insuffisante. Car, si on veut, de manière objective, porter un jugement de valeur, il faut évidemment bien connaître le sujet. Cela demande du temps et de la disponibilité, ce qui malheureusement manque souvent aujourd'hui
On peut étudier, en autodidacte, à son propre rythme, l'oeuvre immense et diversifiée de Rudolf Steiner. Chacun peut l'aborder selon ses propres centres d'intérêts: éducation, philosophie, vie sociale, psychologie, vie économique, agriculture, ésotérisme, arts...Dans chaque discipline, des perspectives nouvelles et des découvertes s'offrent à notre curiosité. Sans nulle contrainte, sans nul endoctrinement, nous pouvons étudier et nous forger notre propre jugement. Rudolf Steiner a toujours eu confiance en la force et la lucidité de la pensée individuelle, dès lors qu'elle est portée par une volonté personnelle désireuse de comprendre. Ce n'est que librement, par un choix individuel que l'ouverture au nouveau et l'étude attentive sont possibles.
Pourquoi accorder tellement d'importance à la connaissance de l'enseignement de Rudolf Steiner? Parce qu'il est indispensable pour qui veut comprendre les problèmes de notre temps et pouvoir contribuer à trouver les solutions possibles et adéquates! Notre civilisation a généré nombre de savants, de scientifiques, de spécialistes de toute nature...Des progrès scientifiques énormes ont transformé la vie de nos sociétés et pourtant le progrès, s'il a amélioré les conditions de vie pour beaucoup d'individus, n'a pas rendu les hommes plus heureux, plus sereins, plus pacifiques, plus confiants en leur avenir. Pendant longtemps on croyait pouvoir affirmer que le progrès scientifique apporterait le bonheur pour tous l'humanité. La vie quotidienne nous démontre cependant tout le contraire: violences, misères économiques et humaines, affrontements s'inscrivent dans le quotidien...Il faut, hélas, faire le constat que le progrès scientifique ne sert à rien, si l'individualité humaine, ses valeurs, ses idéaux, sa vocation personnelle sont sacrifiés. Le monde matérialiste réduit le rêve humain au seul intérêt que confèrent l'argent et le pouvoir immédiat qui s'y associe. Il ignore le véritable rêve humain, l'idéal, l'aspiration vers le haut qui donne un sens à la vie humaine, pour ne proposer que des illusions qui n'engendrent finalement que le vide de l'âme et le désespoir... La loi du plus fort l'emporte sur la solidarité humaine qui s'ouvrirait sur l'altruisme, l'entraide, l'empathie, le don de soi, l'amour...Quel recours reste-t-il alors pour l'être humain confronté à un monde de plus en plus inhumain?
La religion? Nous savons que le monde actuel est aussi confronté à toutes sortes de problèmes quant à la spiritualité religieuse: dans le monde dit chrétien règnent beaucoup de confusions que l'orthodoxie officielle essaye vainement de juguler...Les conservatismes et intégrismes divers mettent toutes leurs forces à garder un pouvoir sur des fidèles que l'on voudrait dociles et obéissants. Deux mondes contraires s'affrontent dès lors: un monde scientifique matérialiste, athée, d'un côté et celui porté par une foi parfois archaïque, ignorante...Dogmatisme scientifique et dogmatisme religieux...
Rudolf Steiner avait maintes fois souligné dans ses conférences, que l'humanité était en évolution permanente, à travers l'histoire du monde. La religion a vraiment tenu une place importante dans l'évolution humaine. La foi aveugle était toujours comprise comme un gage de fidélité obligatoire envers le Créateur du monde, de l'univers, de l'homme, de toutes les créatures existantes. A partir du 16ème siècle env. les sciences "naturelles" ont pris leur propre essor et bientôt le domaine du physique matériel, devenu objet d'étude par les sciences, a pris de plus en plus d'importance, dans l'esprit des gens. Ce phénomène s'est amplifié sans cesse à tel titre que la foi inébranlable du croyant d'autrefois a perdu peu à peu de son évidence, pour donner une place accrue au doute. Foi et sciences ont alors pris des voies opposées et apparemment inconciliables. La philosophie de E. Kant marque encore le plus grand nombre de nos intellectuels et scientifiques.
Toute l'oeuvre de Rudolf Steiner démontre cependant que, sous certaines conditions, les deux voies opposées peuvent tout de même se rejoindre. La religion veut, par ses "articles de foi", son "credo", faire croire à un espace spirituel existant hors de l'espace et du temps. La foi, l'observance des règles morales établies dans un code prescrit par la religion, donne à l'âme humaine, sous cette optique, l'accès à cet au-delà qui, comme "royaume de Dieu", est fondamentalement différent du monde physique. Les sciences physiques, matérielles, ont elles, leurs méthodes propres d'observation, d'expérimentation du monde physique qui permettent d'en déceler les mystères et les lois. Les scientifiques pratiquent donc une "méthode" logique de travail, en utilisant les instruments adaptés à ces investigations. Rudolf Steiner, dans son enseignement, montre que le monde spirituel peut, lui aussi, être étudié, par une "logique scientifique" si l' on dispose des instruments de travail adéquats. Pour acquérir des connaissances sur les espaces spirituels, deux approches sont possibles: l'accès direct, personnel qui nécessite une initiation préliminaire ou un accès indirect, à travers l'étude du résultat des investigations faites par l'initié et évoquées dans ses conférences et écrits. Rudolf Steiner indique exactement de quelle manière un être humain peut entreprendre un chemin d'initiation, pour pouvoir acquérir progressivement, si les entités spirituelles le permettent, de nouvelles facultés qui seront les "instruments" adaptés à l'investigation du "monde spirituel". Il s'agit là d'une possibilité d'accès personnel à une connaissance véritable et objective de la réalité du monde spirituel.
Rudolf Steiner a cependant souligné que ce chemin d'initiation était long, difficile et pas toujours accessible dans une seule vie. Un cheminement personnel sollicitant volonté, patience, persévérance, modestie, amour de la vérité...L'anthroposophie inaugurée par Rudolf Steiner est le fruit de son propre parcours initiatique. Il a parcouru cette route longue et périlleuse. Ses investigations spirituelles forment un tout cohérent que l'on peut étudier à travers toute son oeuvre. Rudolf Steiner a souligné que les résultats de ses recherches sont accessibles à tous et que la pensée humaine logique et critique est capable de les comprendre, d'en mesurer la valeur et la profondeur. L'étude patiente, méthodique, éveillée et critique peut ainsi nous ouvrir des perspectives toutes nouvelles et nous initier, librement, aux mystères de la vie, de la création, de l'être humain, de la nature du monde spirituel et du rôle particulier du Christ...Pour comprendre notre propre origine, le sens de notre vie sur terre, le mystère de la mort, la nature et la raison du mal, de la souffrance, la vocation du devenir humain et toutes les questions que nous nous posons intimement, l'enseignement de Rudolf Steiner est aujourd'hui, en notre temps de crises profondes, plus indispensable que jamais. Le 150ème anniversaire de sa naissance peut être pour nous une occasion de faire la connaissance d'un esprit exceptionnel qui a consacré toute sa vie à aider les êtres humains, à leur faire prendre conscience de leur véritable identité, leur nature profonde, leurs racines spirituelles et immortelles... Oui, Rudolf Steiner peut être pour nous, si nous le voulons, notre "éveilleur de conscience". En toute liberté, à notre propre rythme, en ne négligeant ni la raison, ni le coeur...
"Du point de vue de l'esprit dans son véritable sens, aucun savant authentique ne pourra trouver de contradiction entre la science fondée sur les réalités du monde sensible et la recherche qui s'applique au supra-sensible.
Tout savant se sert d'instruments et de méthodes; il crée des instruments avec ce que la nature lui fournit. Le monde de connaissance supra-sensoriel se sert aussi d'un instrument, mais c'est l'homme lui-même." Rudolf Steiner
| Janvier 2012 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | ||||||||||
| 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | ||||
| 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | ||||
| 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | ||||
| 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | ||||
| 30 | 31 | |||||||||
|
||||||||||