UNE SOCIETE AGRESSIVE OU DEPRESSIVE...POURQUOI ?
Notre société actuelle est marquée par la violence, sous divers aspects et à tous les niveaux: dans la confrontation économique sur le plan mondial, les révoltes et affrontements sur le plan national, les rivalités individuelles dans la vie privée. Les tristes conséquences de ces agressivités: la répression...La violence génère une nouvelle violence. Chaque jour, les médias font état d'une actualité de violence dans tous les milieux: les écoles, la rue, les entreprises, dans la vie privée, à telle enseigne que dans les esprits sursaturés par la multitude de ce phénomène, elle finit par se banaliser...Nombreux sont ceux qui finissent par se lasser de ces incessants reportages sur la violence et l'indifférence s'installe, du moins aussi longtemps que l'on en est pas soi-même la victime.
Certes, il serait faux de vouloir prétendre que, par le passé, la violence n'a pas existé. Elle s'est exprimée à travers toutes les guerres qui ont jalonné l'histoire de l'humanité : guerres tribales, guerres de conquêtes, guerres contre les occupants, guerre de religion...Les guerres les plus meurtrières, les "grandes guerres" , "la 1ère et 2ème guerre mondiale" ont marqué profondément les esprits. N'avait-on pas proclamé unanimement dès 1918: " la der..des der...jamais plus cela!"? L'histoire témoigne hélas que ce serment fait dans l'émotion, ne fut pas tenu...Et si, ces dernières décennies, il n'y eut, heureusement, pas de nouvelle guerre mondiale, les alertes furent fréquentes et les "petites guerres" d'affrontements fratricides ont continué sans cesse, grâce aux armes fournies par les pays "pacifiques" qui ont gagné par ce commerce d'armes, des sommes considérables.
Aujourd'hui, la guerre est devenue essentiellement économique. Au nom de la "libre concurrence", les enjeux commerciaux sont devenus le nerf de cette nouvelle forme d'affrontement. Les financiers ont pris la place des anciens maîtres de la guerre, la bourse est devenue la référence de la santé des entreprises, les actionnaires détiennent le pouvoir. Un immense jeu d'affrontement s'est installé où les perdants sont ceux qui, en fait, produisent les richesses: les travailleurs. Cette guerre nouvelle n'est pas bruyante, on n'y entend pas les chaînes de tanks ou le bruit des avions. Pas de champ de bataille avec ses milliers de victimes ensanglantées, agonisantes ou mortes...Les nouvelles victimes sont celles qui sombrent dans le désespoir, suite au licenciement, au chômage. Dépression, drames familiaux, suicides, immolations par le feu sont les fléaux de notre société matérialiste qui a perdu le sens de la dignité humaine.
Oui, notre société est très malade et le monde court à la catastrophe si nous continuons sur cette lancée. La majeure partie de ceux qui possèdent le pouvoir, qu'il soit d'ordre politique ou financier, emportée par une vision à court terme uniquement basée sur le profit immédiat, oublie le respect du à notre terre, à l'environnement et ne s'occupe des hommes qu'en tant que consommateurs potentiels. Tout est basé sur le profit maximum à court terme, avec un appétit constant et insatiable de conquête de nouveaux marchés et par là, de gains infinis. Les ressources de la terre sont exploitées à outrance, comme si elles étaient inépuisables, l'environnement est pollué sans retenue, les dégâts occasionnés sur la santé humaine, animale, végétale sont contestés ou minimisés. La vision matérialiste unilatérale règne chez la plupart des scientifiques. Le monde scientifique qui devrait être le garant de l'objectivité absolue et être soucieuse du bien-être humain, est lui aussi, contaminé par l'attrait de l'argent. Le serment d'Hippocrate ne fait dès lors plus le poids...
On peut alors comprendre que dans un monde où ceux qui détiennent une part du pouvoir sont souvent corrompus par l'attrait des biens matériels, beaucoup perdent toute confiance, se sentent trahis, manipulés par des responsables qui les exploitent ou qui les ignorent. Faut-il s'étonner que les sondages, ce nouveau "credo moderne chiffré" de notre société de consommation, montrent que la plupart des Français sont déprimés et voient leur avenir s'assombrir chaque jour davantage? Où trouver un appui pour retrouver la confiance, dans une société incapable de donner un emploi à chacun, une espérance d'épanouissement, une possibilité de construire un avenir à long terme?
Voilà esquissé à gros traits, une partie des causes de notre crise actuelle. Toutes ces raisons seules ne sauraient cependant justifier toute la tragédie humaine dans le contexte actuel. Certes, on peut trouver dans les faits mentionnés des justifications pour les phénomènes d'agressivité qui appellent à leur tour la répression, aussi pour ceux de la dépression qui mène souvent à des actes suicidaires. Mais peut-être que les raisons profondes sont à trouver en nous-mêmes...En effet, nous savons, à travers l'histoire de notre société occidentale, que le passé était loin d'être un fleuve tranquille! Tout au contraire: les générations qui nous ont précédés ont, pour la plupart, connues des conditions de vie bien plus dures que les nôtres. Elles ont subi des guerres, des épidémies, des restrictions alimentaires, le chômage et ne vivaient nullement dans le confort que nous connaissons actuellement, pour une large part. Pourtant ces gens ont survécu et ne songeaient pas à se suicider, du moins pas comme actuellement. La société aurait-elle tellement changé?
Aujourd'hui, les gens ont peur: peur pour leur santé, peur pour leur emploi, peur du terrorisme, peur pour l'environnement, peur d'une pénurie, peur de perdre leurs acquis sociaux et matériels. La peur est devenue un des leviers majeurs de manipulation pour ceux qui ont le pouvoir et qui disposent de l'arme redoutable des médias. Elle paralyse les gens et les empêche de réfléchir, de se forger leur propre opinion. Elle les pousse à se soumettre aux directives de ceux qui s'arrogent le droit de décider ce qui est bien pour les autres. L'exemple de la campagne de vaccination de l'année écoulée en est une illustration éloquente...
Il est curieux de constater que l'avènement de la science a provoqué un changement profond dans la société occidentale. Autrefois et ce jusqu'au 16ème siècle, le peuple, les philosophes, les chercheurs, étaient encore des "croyants": croyants en une transcendance, en une spiritualité, en un "Dieu". On croyait que Dieu était à l'origine de tout, qu'il guidait la vie des hommes et que les épreuves étaient nécessaires, que la soumission à Dieu aboutissait à gagner l'immortalité dans un "monde meilleur", le ciel...Les religions ont toujours eu en commun, de porter ce message. On admettait encore que, parallèlement au monde physique, existait un monde spirituel, invisible pour l'oeil humain. Donc l'être humain était la création de Dieu et de ce fait, avait une force spirituelle qui lui assurait une vie au-delà de la mort physique. Cette vision de vie largement répandue dictait la vie des gens et donnait un sens à leur existence. Cette forme de croyance basée sur la spiritualité, sur l'existence d'une vie immatérielle possible au delà de la seule vie physique matérielle, a peu à peu diminué, dans la mesure où la science s'est développée de plus en plus. L'avènement de l'ère scientifique a transformé considérablement les mentalités, surtout en occident. La croyance, la foi religieuse ont fait place, dans une large mesure, au savoir, aux connaissances issues des sciences. Le savoir a remplacé chez un nombre grandissant d'individus, la foi religieuse. Or la science a pour vocation d'étudier les lois du monde physique, matériel. Ses méthodes d'investigation sont objectives, basées sur le matériel, le physique et de ce fait, n'ouvrent pas d'espace pour la spiritualité. La science s'est peu à peu emparée de tous les domaines de la vie physique, en incluant peu à peu aussi des disciplines annexes: les sciences dites "humaines", psychologie, psychiatrie, sous une vision où la psyché est aussi considérée comme un phénomène purement matériel. Aujourd'hui nous vivons dans une vision dogmatisée par E. Kant: l'homme n'a accès qu'au monde physique, seul ce dernier peut être étudié et connu par lui, la spiritualité reste du domaine de la foi, est personnelle, subjective et par là même purement spéculative...La science contemporaine a fait sienne l'affirmation de Kant.
Qu'en résulte-t-il pour l'homme d'aujourd'hui? Esquissé à très gros traits, on pourrait présenter le portrait suivant: le scientifique pur et dur, le philosophe qui se reconnaît en Kant doit conséquemment être athée et matérialiste. Le croyant véritable devrait, de part sa foi, être plutôt du côté du "spiritualiste". Dans la réalité, on peut cependant observer, que dans la mouvance des scientifiques, on peut aussi trouver des croyants et parmi les croyants qui se reconnaissent comme tels, certains qui se comportent dans la vie quotidienne comme des matérialistes! Une schizophrénie ! Oui la vie est compliquée et l'être humain est compliqué, ce qui garantit son individualité et sa spécificité. Cela a-t-il des conséquences dans la vie? Oui, car les convictions intérieures de l'être humain conditionnent sa vie de tous les jours. Nietzsche avait proclamé, au milieu du 19ème siècle: "Dieu est mort!"...Il ouvrait de la sorte une porte vers la liberté de l'individu, hors de toute contrainte religieuse: l'individu seul est responsable de sa vie, de son destin. Tout est possible pour celui qui le veut. L'idée du "surhomme" était née, idée que l'idéologie nazie a vite faite sienne...La conséquence d'un tel courant de pensées c'est l'isolement, l'enfermement. Face aux difficultés rencontrées dans la vie, l'individu doit trouver en lui des forces qui lui permettent d'affronter les obstacles et d'en triompher, sans espérance d'une aide "d'en-haut"...Le matérialiste, de par son choix idéologique, philosophique, se range donc dans cette vision.
Pour le scientifique matérialiste ou celui qui adopte cette vision de vie, la vie humaine se réduit, dans l'espace et le temps, à une durée qui va de la naissance à la mort. Tout "se joue" dans ce laps de temps...Sachant sa vie menacée à tout instant, il se battra pour la conserver le plus longtemps possible, il ne reculera devant rien pour arriver à ses fins, fera tout pour profiter au maximum de sa vie, même au détriment des autres, s'il le considère comme une nécessité. S'il est contrarié dans ses projets, il pourra devenir agressif, violent ou bien, peu à peu être entraîné dans la dépression et les tendances suicidaires. Pourquoi? Parce que sa vision d'espace et de temps est limitée, ce qui le pousse dans un "stress existentiel" où il deviendra, selon ses dispositions caractérielles, un agresseur ou une victime potentielle. Le sens de sa vie se résume à la durée et à la qualité de sa vie.
Le croyant, le spiritualiste et tous ceux qui incluent dans leur vision de vie l'existence d'un monde spirituel dont l'être humain est issu, verra les mêmes obstacles et difficultés de vie d'un oeil bien plus serein. Il aura la conviction que sa vie ne sera jamais limitée au temps défini par le moment de la naissance et celui de son décès, que sa vie n'aura en définitive pas de fin. Peut-être même aura-t-il plus d'une vie à sa disposition? Sa vie aura toujours un sens, le dernier mot n'est jamais dit, tout est encore possible. Il sera "zen", l'agression fera place à la tolérance. Il observera, apprendra, évoluera dans sa philosophie de vie. Alors que le dépressif est condamné à être enfermé dans sa propre bulle mortifère, où il se sentira très seul et de plus en plus déprimé, celui qui est convaincu qu'il a l'éternité devant lui, aura envie de partager avec les autres, de rechercher dans la vie l'amour qui donne un prix infini à l'existence. Il aura envie de s'épanouir, de créer, de rendre la vie plus humaine. Sa peur disparaîtra car il comprendra que ce qui donne un sens à la vie c'est l'amour et non l'argent, que ce qui enrichit la vie, ce sont les valeurs humaines. Le sens de la vie ne se trouve jamais à l'extérieur, mais à l'intérieur de nous. Devenir acteur de la vie sociale, transformer à notre niveau la société pour faciliter et encourager tout ce qui est vraiment bon pour l'humanité entière. Etre responsable dans un monde qui se construit à chaque instant, être conscient que la terre est notre mère nourricière que nous devons chérir, respecter et protéger, refuser toutes les manipulations qui veulent nous asservir. C'est par une prise de conscience individuelle que nous pouvons découvrir notre véritable identité profonde qui est d'ordre spirituelle.
Il est désespérant de voir, ces derniers temps, nombre de jeunes qui s'immolent, se suicident, se tuent car ils n'ont plus goût à la vie. Les "cellules psychologiques" mises en place et évoquées lors de chaque catastrophe, sont les seules aides proposées. Mais elles sont incapables de remédier à ces signes évidents d'une grande menace pour notre société. On peut constater chaque jour, que les sciences et les progrès considérables et indéniables des techniques et du savoir, la multiplicité des produits aujourd'hui accessibles à beaucoup de gens, l'éventail de confort et possibilités diverses offertes, ne suffisent pas à combler le coeur humain, à donner à l'être humain, l'envie et la joie de vivre. Il faut replacer l'Homme au centre de la vie sociale pour guérir notre société en péril, il faut retrouver une spiritualité adaptée à notre temps. Le grand penseur visionnaire, Rudolf Steiner (1861-1925), dont on va célébrer le 150ème anniversaire de sa naissance le 25 février prochain, lors de ses nombreuses conférences, a constamment rappelé cette exigence primordiale. Il serait sage de se pencher sur son enseignement plus utile que jamais à notre époque bouleversée.