UN CHRISTIANISME POUR NOTRE TEMPS.
L’aube du 21ème siècle est marquée par un affrontement constant entre deux tendances fondamentales : le matérialisme scientifique athée et la religiosité qui s’appuie sur la croyance qui se conjugue sous diverses formes, allant de la simple tradition religieuse familiale, jusqu’aux rigorismes, dogmatismes et intégrismes divers. Au niveau national, l’Etat s’efforce de canaliser et de maîtriser ces forces diversifiées, en les coiffant d’un dénominateur qui se voudrait commun, pour arriver à une vie sociale apaisée : le principe de laïcité. Au nom de cet accord social librement accepté, ce consensus, le religieux reste du domaine privé et ne doit avoir de prise sur les autres activités sociales. On sait néanmoins qu’entre la théorie et la pratique il existe des obstacles non négligeables et des conflits multiples nous le démontrent à souhait.
L’affrontement répété entre « la science et la foi » a été souvent évoqué et des noms tels Galilée, Giordano Bruno et bien d’autres évoquent les excès de l’inquisition et des marques d’un pouvoir de l’église romaine plus soucieuse de ses pouvoirs que de la vérité et de l’amour du prochain. A un moment où des religions telles que l’islam ou le bouddhisme ont de plus en plus d’influence dans le monde, on peut se poser la question de savoir si le christianisme garde une importance ou s’il est appelé à se réduire peu à peu comme une peau de chagrin. A quoi tient cette crise évidente au sein de la mouvance chrétienne ? Le matérialisme attaché à l’idée de science, d’activité scientifique aurait-il aujourd’hui plus de poids, d’arguments que ce que peut offrir le christianisme ?
La spiritualité chrétienne, telle qu’elle est proposée par les églises, n’aurait-elle aucun impact sur l’être humain ? Serait-elle une pure spéculation sur la peur de l’homme qui ne peut se résoudre à l’idée de devoir mourir ? Une espérance insensée d’immortalité ? Le débat serait bien plus simple si on savait qu’il existe un « au-delà », une autre dimension hors du simple champ matériel, physique…La religion chrétienne, telle que nous la connaissons, est-elle capable de nous donner une certitude à ce sujet ? Il faut croire que non, étant donné que les églises sont de plus en plus désertées et que les vocations sacerdotales sont devenues rares. Alors la question se pose :
Les églises d’obédiences chrétiennes auraient-elles faillies à leur mission première : « allez enseigner tous les peuples… » ou cet enseignement serait-il insuffisant, tronqué, dépassé ?
L’histoire de l’Eglise associée étroitement à celle du christianisme, a connu bien des vicissitudes, des rebondissements, des drames, parce que les intérêts séculiers personnels l’emportaient souvent sur le spirituel et le souci de vérité. Mais nous savons que c’est le propre de toute organisation humaine. L’église cependant s’est toujours définie comme étant celle qui est portée par l’Esprit Saint et comme telle, est la seule habilitée à répandre dans le monde le message christique. Cette revendication est associée à sa fonction de directrice de la conscience humaine : elle définit ce qu’il « faut croire » pour être « chrétien ». Le « credo » de l’église devient article de foi. Cette conception du christianisme a prévalu jusqu’à nos jours. Elle a pris sa source à une époque où seul le clergé et certains souverains savaient lire et écrire. Les siècles ont passé et dès le 16ème siècle, la « science » a peu à peu émergé, apportant ses méthodes d’investigations intelligentes et cadrées, qui ont bientôt impressionné et marqué un nombre de plus en plus importants d’hommes et de femmes.
Cette nouvelle manière « scientifique » de penser, s’est rapidement démarquée d’une pensée fondée uniquement sur la croyance, la foi...D’autant plus que la foi était souvent encombrée d’un grand lot de superstitions et de fantasmes.
Aujourd’hui subsiste encore ce clivage entre « science exacte » et simple « croyance ». Le grand drame, de nos jours, c’est que le vrai scientifique, est condamné, raisonnablement, à être un athée ou à la limite un agnostique.
Le « croyant », confiné dans son rôle d’endosser des « certitudes qui ne sont point démontrables », est en fait un être divisé, schizophrène : dans la vie quotidienne il est obligé de vivre dans un monde où la science matérialiste est triomphante, omniprésente, et dont il profite à chaque instant, et d’autre part de porter en son fort intérieur une conviction qui n’appartient qu’à lui et qu’il ne peut démontrer.
Aujourd’hui où l’on prône le savoir, où la connaissance ouvre la porte sur toutes les disciplines, l’individu éprouve de plus en plus de difficultés à croire : il veut savoir ! Le contenu de la foi est-il condamné à rester une pure conviction personnelle, sans fondement ? D’aucuns l’affirment, peut-être avec raison, d’après l’adage « le cœur a ses raisons que la raison ignore »…A l’ère du triomphe de la connaissance scientifique, une autre voie vers le christianisme est-elle possible, susceptible de donner aux croyances religieuses une connotation plus méthodique, plus structurée, plus crédible pour un esprit entraîné à la rigueur scientifique ?
Oui, il existe une autre vision du christianisme qui a été proposée par le grand philosophe, penseur visionnaire autrichien Rudolf Steiner (1861-1925). En replaçant le Christ dans son contexte cosmique, en retraçant l’activité créatrice du Logos, du Verbe dont parle l’évangile de St.Jean, en soulignant son rôle dans l’évolution terrestre et l’évolution humaine, en analysant sous quels aspects le Christ peut se définir comme étant « l’alpha et l’oméga » de l’évolution, Rudolf Steiner trace un tableau grandiose du contenu du christianisme. En inaugurant l’anthroposophie, la science spirituelle, il propose un chemin d’initiation pour faire l’expérience de l’existence véritable du monde spirituel. Il prouve que l’on peut concilier la rigueur scientifique et la foi religieuse, si on s’y prend avec la méthode adéquate et les bons outils. Il devient alors évident que le matériel et le spirituel sont les deux côtés d’une même médaille et que l’on ne saurait s’attarder sur l’un des aspects sans en ajouter l’autre, car c’est en définitive l’addition des deux qui donnent l’image exacte de la chose ou de l’évènement. Dans un tel cadrage, le Christ prend une autre dimension : l’humble homme de Nazareth appelé Jésus et le Christ cosmique analysés séparément ne peuvent refléter la réalité, la vérité. Il faut arriver à concilier les deux dimensions pour donner du sens à ce grand mystère. L’approche de Rudolf Steiner amène à une connaissance approfondie et nouvelle du Christ et de l’impulsion christique.
Elle propose une voie qui loin d’annihiler la foi, lui donne un fondement véritable.
Un livre fondamental, « L’Anthroposophie et l’avenir du Christianisme » vient d’être réédité. Il analyse avec précision les possibilités qu’offre l’enseignement de Rudolf Steiner, pour arriver à une connaissance du christianisme adaptée à notre temps. Cet ouvrage vraiment magistral a été écrit par le Dr.H.E. Lauer, qui avait encore connu personnellement l’initiateur de l’anthroposophie et avait été un de ses élèves. « L’Anthroposophie et l’avenir du Christianisme » vient d’être réédité par la librairie et maison d’édition Pic de la Mirandole. On peut le commander sur internet.