LA POLITIQUE DENATUREE...
Les informations journalières sont actuellement truffées de scandales divers, notamment dans le domaine de la politique. Dans l'optique des élections présidentielles de 2012, le monde politique est en constante effervescence: grand tumulte dans les partis officiels, affrontements divers, trahisons officielles ou dissimulées, affaires louches supposées ou révélées, tout est mis en oeuvre pour une guerre insidieuse où tout semble permis pour atteindre son but. Le président en activité avait été élu par une large majorité de Français, parce que beaucoup avaient été séduits par les promesses électorales faites par une personnalité atypique forte et volontaire. De longue date, les Français, pour une large part, ont toujours cru en "l'homme politique providentiel" qui changerait rapidement le cours des choses, pour apporter dans un pays souvent malmené, plus de justice, plus de bien-être, plus de progrès dans le domaine social. L'idée d'une France puissante, juste, généreuse, indépendante, qui serait un modèle pour toutes les autres nations, cette vision proposée en son temps par le Général de Gaulle, aimée et partagée par la majorité de Français, a fortement marqué les esprits. De Gaulle, dans ses mémoires, ne parle-t-il pas d'une "certaine idée de la France" qu'il portait en lui et qui l'apparentait aux grandes figures de notre pays, dont la mission de Jeanne d'Arc était un des exemples si séduisants...La France belle, généreuse, courageuse, libre, fraternelle, heureuse et fière de son histoire et de ses talents! Quel peuple saurait résister à tant de qualités et de vertus? Nous connaissons tous aujourd'hui, les limites de telles proclamations, mais l'admiration et le regret d'une telle "vision" persistent. Pourquoi? Peut-être par le fait même que c'était une vision, une attitude politique, qui voulait, malgré les obstacles évidents et inévitables, tirer le pays "vers le haut"...Les peuples aiment les visionnaires qui les font rêver. N'oublions pas, que l'arrivée de François Mitterrand au pouvoir, après de longues années de gouvernement de la "droite" politique, avait suscité un espoir immense. Une majorité de citoyens avait choisi de mettre leur avenir social dans les mains d'un homme dont on espérait de grandes choses: les mêmes, en fait, pour l'essentiel, que ce que la vision du "grand Charles" avait proposé, dans un autre temps, sous d'autres formes. N'est-il pas très significatif que François Mitterrand, dès son élection, ait tenu à marquer par une cérémonie exceptionnelle, son accession au pouvoir? Nul n'oubliera jamais le nouveau président qui, d'un pas mesuré, le visage recueilli, une rose rouge à la main, s'avance seul vers le Panthéon pour honorer les dépouilles de personnalités représentatives de l'histoire de la gauche et du génie français.
Une cérémonie, un culte, célébrés par un président de gauche, républicain: évènement grave, marquant, inscrit à jamais dans l'histoire de notre pays. Les Français n'ont pas oublié et les images de cette journée mémorable reviendront par la suite, au cours de nombreux reportages et beaucoup, au-delà des clivages politiques, gardent les images du Panthéon dans leur tête sinon dans leur coeur...
Aujourd'hui, le monde a beaucoup changé. On n'arrête pas le temps et la vie continue avec ses joies et ses peines. Le contexte social, lui aussi, s'est transformé...Le grand espoir soulevé, en son temps, par l'arrivée de François Mitterrand, avait aussi, au fil des années, connu une érosion constante: la vie impose souvent des contraintes inattendues et des pièges dangereux. La lutte des classes a pris aujourd'hui des formes nouvelles et particulières. La puissance de l'argent a endossé des formes nouvelles, plus pernicieuses. Elle est plus technique, plus intelligente, plus meurtrière que jamais. Le pouvoir politique se révèle souvent incapable d'affronter des adversaires dont les armes sont redoutables. La société de consommation à outrance montre aujourd'hui ses attraits, mais aussi des vrais dangers. La mondialisation, le nouveau modèle économique qui s'installe, s'il devient uniquement le terrain d'un concurrence impitoyable, risque de devenir un enfer pour une part grandissante d'humains. Au lieu d'inciter à une collaboration, une fraternité humaine, il peut redevenir un motif de guerre, sous tous ses aspects.
Voilà à quoi est confronté le monde politique aujourd'hui. La situation est grave, les enjeux énormes. Il devient évident que les personnalités qui assumeront la politique de notre pays, devront, si nous ne voulons courir à la catastrophe, avoir des qualités particulières: un savoir étendu dans tous les domaines, une intelligence analytique, technique, politique mais surtout, si nous ne voulons sombrer dans une technicité inhumaine, posséder un charisme et une humanité exceptionnels. Nous savons aujourd'hui qu'une politique humaine a d'autres exigences que celles uniquement attachées aux diplômes des grandes écoles. L'intelligence froide du savoir, souvent essentiellement théorique, ne saurait combler la chaleur humaine et "l'intelligence du coeur"dont le monde a besoin.
Si nous observons aujourd'hui les affrontements au sein des diverses "familles politiques", dont le seul but, dans un premier temps, est de gagner les "primaires" de son propre parti, on ne peut que rester songeur. Un tel goût du pouvoir personnel affiché dans sa propre famille est-il compatible avec un pouvoir dans le futur qui serait humain, généreux, au service de "tous les Français"? Vouloir le pouvoir suffit-il pour conduire la politique d'un pays dans les temps difficiles? Les rêves personnels et ambitieux d'un candidat, son ego surdimensionné, sont-ils les qualités adéquates pour une tâche tellement difficile? Les candidatures multiples dans les nombreuses familles politiques ne seraient-ils pas plutôt le symptôme de personnalités plus préoccupées de leur propre réussite, d'une surévaluation de leurs propres capacités que le signe d'une véritable vocation justifiée et fondée? Quand on entend les propos de certains parmi eux, on peut souvent en douter.
Nos politiciens sont le reflet de l'état de notre pays. On reste parfois médusé devant la médiocrité du discours présenté: mots creux, paroles aussi péremptoires que vides de sens véritable. Expressions assassines pour les adversaires supposés ou véritables. Plus de critiques personnelles souvent habillées de tournures machiavéliques que de propositions d'une véritable politique pour relever un pays et un contexte social très malade. Toutes les verrues des faiblesses humaines s'y dessinent et on y cherche vainement la femme ou l'homme politique capable de redonner un espoir et un souffle à notre nation. Chacun s'épuise dans un discours qui présente d'une manière caricaturale et souvent confuse ce qui devrait être un véritable programme de renouveau social répondant à l'attente consciente ou inconsciente d'une population désorientée. C'est parce que le monde actuel est en profonde crise, en changement constant, qu'il faudrait tout entreprendre pour répondre aux exigences d'une véritable vie sociale construite sur des valeurs humaines et non seulement sur des critères de seule rentabilité et de spéculations financières. Notre pays, solidaire qu'il le veuille ou non du monde en devenir, devrait contribuer à choisir, entre les politiques possibles du futur, celle qui soit le mieux adaptée à tenir compte de la dignité humaine, des espérances légitimes qui redonnent le goût de la vie. Nous sommes actuellement très éloignés d'une telle perspective...
Les divers scandales qui jalonnent la vie de politiciens de tous bords, sont autant de signes de dégénérescence de notre pays. On cherche constamment à redéfinir ce que doit devenir une "véritable" politique de gauche, de droite, du centre...Pourquoi? Parce que malheureusement celles et ceux parmi les personnalités politiques qui devraient incarner la politique de l'avenir, ne vivent pas toujours selon ce qu'ils préconisent. Les Français, à juste titre, se posent légitimement la question: qui croire aujourd'hui?..Et cela est très grave. Comment croire en une démocratie qui a perdu sa grandeur, sa valeur originelles? Comment s'imaginer que les jeunes puissent s'investir davantage dans la vie publique si cette dernière est, à longueur d'année, bâtie sur des mensonges, des trahisons, des promesses jamais tenues?
Rappelons-nous l'immense espoir qu'avait suscité le rapprochement franco-allemand, après l'apocalypse de la deuxième guerre mondiale. L'accolade échangée entre De Gaulle et Adenauer, puis le geste, plus tard, inattendu et symbolique entre Mitterrand et le chancelier Kohl...Nouvel espoir fou: les anciennes nations dites ennemies héréditaires réconciliées! La vision d'une Europe nouvelle, riche de ses traditions, de son histoire, de ses talents multiples, construite à travers un idéal partagé, enthousiaste d'un avenir commun construit sur les bases d'idéaux que les grands penseurs d'un passé pas très éloigné proposaient encore...Que sont devenus tous ces merveilleux rêves aujourd'hui? Ils ont été engloutis, anéantis, par une organisation européenne plus soucieuse de résultats économiques, financiers, que de véritables perspectives humaines. Sous l'influence de divers lobbies, de règles imposant une uniformisation par des normes absurdes et révoltantes, l'absence flagrante de la prise en compte des désirs et des véritables aspirations des populations européennes, l'union européenne est devenue une organisation très éloignée des véritables contingences humaines. Les peuples qui rêvaient depuis bien longtemps d'une Europe unie, fraternelle, riche de leurs cultures et de leurs différences, ont été trahis au fil des années par une organisation qui s'acharne, peu à peu, à niveler le tout, à systématiser, à uniformiser jusque dans les moindres détails, en abandonnant toute logique, tout bon sens. Produire de plus en plus est devenu la règle avec toutes les conséquences désastreuses qui en découlent. Que de gaspillages occasionnés par des règlementations absurdes et scandaleuses...Comment être dès lors étonné, si actuellement l'idéal européen tant souhaité , tant espéré parce que porteur de belles promesses d'avenir pour tous, ne représente plus un projet enthousiasmant, devant les résultats actuels?
L'Europe a été détournée de ses idéaux originels et n'est actuellement plus un espoir pour la jeunesse , un modèle pour le monde et l'humanité. Elle pourrait le redevenir, si les responsables politiques étaient prêts à privilégier le courage civique, les projets ambitieux, l'humanisme, au lieu des opportunités porteuses de bénéfices immédiats pour une minorité. Oser construire une Europe solidaire, forte, fraternelle: voilà qui serait une belle ambition! Il faut que les acteurs politiques prennent conscience qu'ils sont voués à l'échec, s'ils ne tiennent compte des réalités, des exigences véritables des populations et du monde présent. Le tribut à payer serait alors très lourd...
Il faut être visionnaire et idéaliste, si on veut contribuer à construire une société plus humaine, plus équitable, plus pacifique. Les idéaux, contrairement à ce que certains affirment, ne sont pas des rêves, ils peuvent être, au contraire des réalités non encore abouties, mais réalisables. C'est l'être humain qui pourra y parvenir, s'il en a la volonté. Nos débats politiques se limitent trop souvent à n'être que des affrontements stériles où chacun essaye de blesser l'autre, sous diverses formes. Des ego plus soucieux de leur propre victoire que du bien communautaire. Notre avenir a besoin de dirigeants politiques qui portent en eux la vocation de servir les êtres humains, afin d'être vraiment utiles à leur pays, tout en étant conscients que l'humanité est une et que tous les individus ont les mêmes droits et les mêmes devoirs. Le monde est en constante évolution, les consciences s'ouvrent à de nouvelles exigences et les discriminations de tous ordres deviennent de plus en plus intolérables. Les injustices, les abus de puissance qu'ils soient d'ordre financier ou politique, finissent dans des affrontements violents et dans le sang. Il ne suffit plus aujourd'hui de disposer d'un grand savoir sanctionné par des diplômes prestigieux, pour avoir une saine influence sur son pays et dans le monde, il faut être porteur de véritables valeurs morales que l'on applique aussi dans sa propre vie. L'actualité nous montre assez le spectacle affligeant de personnalités politiques influentes qui, s'estimant au-dessus des lois et de toute morale, démontrent que par leurs actes, elles sont en contradiction constante et totale avec ce qu'elles proclament publiquement...
Le courage politique, au vrai sens du terme, est devenu très rare. L'Allemagne, par sa décision, fondée sur la volonté d'une large majorité de ses citoyens (80%), de sortir du nucléaire, en est un exemple édifiant. Nous savons que la construction des premières centrales nucléaires dans notre pays, a été mise en route par un simple décret politique, sans consultation préalable des Français. C'était l'époque des "grandes audaces" dont le général de Gaulle était le porteur. Soucieux de l'indépendance énergétique de son pays, il avait pris cette initiative hardie...Les années ont passé, on a continué à développer cette industrie, tout en connaissant les dangers terribles attachés aux structures d'une telle industrie et le problème non résolu du traitement des déchets nucléaires. Dans divers pays du monde, on a fait l'expérience des problèmes que posent les centrales nucléaires. On a pourtant continué à les exploiter, car les enjeux financiers qui y sont attachés sont énormes. Puis il y eu Tchernobyl et Fukushima...Le Japon restera marqué à jamais par cette catastrophe. Suite à ces évènements terribles, l'Allemagne, malgré diverses oppositions, a décidé de sortir progressivement du nucléaire. Les critiques diverses d'autres pays, dont la France, n'ont pas ébranlé une décision politique difficile, lourde de conséquences, mais tenant compte de la volonté d'une grande majorité de la population. Les Allemands seraient-ils de doux rêveurs, des idéalistes qui n'ont pas les pieds sur terre? L'avenir nous le dira...Mais n'oublions pas qu'il s'agit d'un vrai projet sur le futur qui est porteur d'une espérance incommensurable. L'Allemagne est un pays qui a des scientifiques de renommée mondiale, des techniciens de haut rang prêts à relever le défit. Dans bien des domaines déjà, ce pays a montré un génie inventif dont bien des pays sont jaloux. Ce pays sera peut-être, par son initiative hardie, portée et voulue par sa population, le premier pays du monde à faire la démonstration qu'il est possible de faire appel à de nouveaux moyens plus efficaces et moins dangereux pour gagner de l'énergie. Les Allemands sont déjà très en avance pour l'emploi des énergies solaires dont les techniques ont créé de nombreux emplois nouveaux. En France, malgré diverses proclamations politiques, on est encore très loin de telles perspectives, puisque le gouvernement a décidé de continuer le nucléaire et cela toujours davantage, puisque d'autres projets sont déjà envisagés qui vont encore nous lier plus au nucléaire...
Les prochaines élections présidentielles se rapprochent et il sera utile de bien suivre les débats politiques, en tenant compte des aspects évoqués dans cet exposé. Chacun de nous a sa part de responsabilité dans un état démocratique: nous aurons selon la décision de la majorité, le gouvernement que nous méritons. Il ne servira à rien de se lamenter, une fois que les dés seront jetés. Lors des divisions et des affrontements, c'est toujours le plus ambitieux qui l'emporte, pas nécessairement celui qui est porteur des meilleures espérances pour le pays. Il est aussi évident que, tant que nous ne portons en nous une vision élevée de la politique, une espérance d'un futur plus humain, nous ne saurions exiger ces qualités chez celui ou celle que nous choisirons pour diriger notre pays. Un monde meilleur n'est envisageable que dans la mesure où nous sommes, nous aussi, capables d'évoluer dans notre vision d'avenir, nos exigences, notre éthique personnelle.