LE PAPE ET LE PRESERVATIF...LA CONSCIENCE SOLLICITEE...
La grande nouvelle "à la une" , reprise par tous les médias il y a quelques jours concerne l'avis du pape sur le préservatif...Dans son dernier livre, il autorise l'utilisation de ce moyen de contraception dans les cas où il s'agit d'éviter le pire, quand il y a danger de mort lors de relations sexuels...Or, depuis des dizaines d'années, le fléau du sida a causé d'innombrables morts, surtout en Afrique et en Asie et les responsables du monde entier préconisaient, vu l'urgence, d'inciter à l'utilisation des préservatifs pour enrayer la dynamique de mort dans des pays déjà affaiblis par la misère sous toutes ses formes. La position du Vatican est toujours restée la même: au nom de la préservation de la vie, toute forme de contraception est interdite pour les catholiques. A l'appel au secours du côté des peuples en danger, la réponse du pape, seule autorité reconnue en la matière, restait imperturbablement la même: fidélité du couple, procréation au nom de la préservation de la vie...Régulation des naissances par l'abstinence, la chasteté, les méthodes "naturelles" (Ogino!). Cette rigueur et ce conservatisme ont eu des résultats dévastateurs.
Une fois de plus le débat est ouvert et les opinions s'affrontent... La question est essentielle car elle concerne des millions d'individus de confession catholique. Le pape, au nom de la religion, a-t-il le droit d'intervenir dans la vie privée, dans l'intimité des hommes et des femmes? S'agit-il d'une vrai légitimité ou d'un droit usurpé? Les responsables du Vatican ont-il la véritable compétence pour gérer jusqu'aux domaines les plus intimes des personnes? Une église qui exige de ses prêtres, de ses religieuses, le célibat, qui leur demande entre autres, le voeu de chasteté, est-elle habilitée à réglementer la vie sexuelle de tous ses fidèles? Ce qui forme la base de la foi chrétienne, se trouve dans les évangiles. Or ces derniers sont plus que discrets quand à la morale sexuelle...On sait aussi que la grande majorité des apôtres étaient mariés et nul texte ne précise qu'ils aient fait voeu de chasteté. Madeleine la prostituée n'est pas condamnée par Jésus: elle est même la première à rencontrer le "Christ ressuscité"...Il faut donc se rendre à l'évidence, que l'église catholique romaine est devenue, au cours de son évolution, misogyne et hostile envers la sexualité. Cela tient, pour une part au fait, qu'à partir du moment où elle est "sortie des catacombes", au propre et au figuré, et où elle est devenue "religion d'état", elle s'est prise dans les filets du pouvoir temporel. Il suffit de parcourir l'histoire de l'église catholique romaine, pour observer à quel point la papauté a louvoyé entre le pouvoir spirituel et temporel. Que de fois la papauté s'est dévoyée et a commis des crimes au nom de la religion. Au fil de l'histoire, avec l'avènement de la modernité, de la philosophie des lumières, des sciences, les révolutions sociales issues des guerres mondiales, la puissance du Vatican a commencé à décliner. L'église catholique romaine est complètement anachronique: elle n'est pas "hors du temps", ce qui lui conférerait une légitimité éternelle, elle est "en retard sur le temps"...Que dire de l'apparat vraiment particulier du Vatican, des gardes suisses, en uniformes de la Renaissance, portant hallebardes (et armes à feu apparentes ou cachées)..., de dignitaires de l'église en robes, portant bague et croix pectorale de formes et valeurs diverses...On est ici très éloigné de la simplicité évangélique préconisée par les évangiles! Lors du concile ouvert par Jean XXIII, on avait cru un moment, que l'institution vaticane allait progresser pour s'inscrire dans les exigences de notre temps et notamment accorder une place plus importante aux femmes au sein de l'église...Aujourd'hui on est très éloigné de ces objectifs et les conservatismes ont repris le dessus.
Les croyants confrontés aux multiples problèmes de notre temps, sont souvent désorientés par les directives de Rome et réagissent diversement, soit par l'inertie, l'apathie, soit par la révolte. Les plus conservateurs reviennent à l'attitude traditionnelle: une vie dictée par l'observance des directives ecclésiales, dans le repli de la soumission et de la crainte constante du "péché". Un grand nombre de "pratiquants" vivent d'un "menu à la carte": ils prennent ce qui les arrangent et "oublient" ce qui pourrait contrarier leur façon de vivre. Puis il y a un nombre considérable de catholiques qui ont été baptisés et qui ont complètement abandonné les pratiques religieuses. Dans ce contexte, on comprendra que "l'ouverture" du pape, proclamée et reprise par les médias, ne changera pas grand chose, ni dans le monde, ni au sein de l'église catholique...
Que l'église catholique soit embarrassée par les questions touchant à la sexualité est tout à fait normal. Toutes les religions sont confrontées à ces questions. Toutes ont du mal à gérer ces problèmes. Pourquoi ? Parce qu'il s'agit, quand on parle sexualité, de gérer une force, une pulsion naturelle inhérente à l'espèce humaine: celle qui est liée au plaisir charnel et à la procréation. La religion catholique romaine s'est méfiée dès l'origine de la force d'amour attachée à la sexualité, l'éros dont parlaient les grecs. St.Paul, dans ses écrits, montre une forme de misogynie et essaye sans cesse de souligner que le corps est l'ennemi de l'esprit, qu'il faut enlever au corps son pouvoir charnel pour accéder à la spiritualité. Cette vision des choses a poussé beaucoup de religieux à s'imposer des mortifications inhumaines pour se punir d'avoir péché par la chair. On peut s'imaginer ce que des "confesseurs" fanatiques, obsédés ont fait subir à leurs ouailles...Ces "directeurs de conscience" ont souvent culpabilisé des hommes et des femmes, en leur inculquant que la sexualité était mauvaise, sale, vouant les coupables à la damnation éternelle. Que de vies de couples perturbés par de telles interventions! Au lieu d'épanouir les hommes, la religion est devenue un rappel constant de culpabilité.
Au regard de toutes ces dérives, il faut se rendre à l'évidence: au lieu de proposer une véritable éducation sexuelle adaptée à la condition humaine, le Vatican n'a réussi qu'à rédiger des interdits. A défaut d'ouvrir l'esprit des gens, en les incitant à réfléchir en profondeur, pour élargir leur champ de conscience et à trouver eux-mêmes la voie qui leur permettra de progresser en toute liberté, pour trouver leur épanouissement, on leur impose des règles pour "mériter le ciel"...Cela revient à affirmer que seule l'église est habilitée à décréter ce qui est bien et ce qui est mal. Quand on observe les multiples problèmes de notre temps liés à la sexualité, viols, violences à l'encontre des femmes, prostitution, sida, comment pourrait-on appliquer à la lettre les directives papales?
Il faut donc se rendre à l'évidence, que ce n'est pas ainsi que l'on peut aborder ces questions brûlantes. Le philosophe et théologien Pietro Archiati, dont le livre "Le mystère de l'amour/ La logique du coeur."* a été mentionné dans d'autres articles, lors de sa sortie, étudie à fond les problèmes liés à la sexualité, en y apportant de vraies réponses. Dans le 2ème chapitre de son livre, intitulé AMOUR ET SEXE: la Quadrature du cercle, il expose la spécificité du masculin et du féminin, la place que tient la sexualité sur le chemin de la liberté humaine. Son étude minutieuse décrit les places respectives que tiennent le corps et l'esprit dans l'évolution humaine,les impasses auxquelles elles peuvent aboutir et les découvertes qui s'ouvrent à l'être humain sur ce véritable sentier d'initiation. Si l'église catholique s'inspirait de cet ouvrage, elle devrait se transformer radicalement, pour être au diapason de l'esprit authentiquement christique.
Jean-Paul II avait proclamé: n'ayez pas peur! Un pape rivé à ses certitudes héritées d'un conservatisme dépassé depuis longtemps par les urgences de notre époque inhumaine, devrait revenir à la véritable vocation préconisée par le message de Jésus-Christ: dépasser les clivages de la seule observance aveugle de règles de vie, pour entrer dans la vraie vie avec toutes ses aspérités. Encourager les fidèles à réagir aux évènements de la vie qui sont autant d'interrogations sur le sens de nos vie, notre vocation humaine. Les inciter à réfléchir pour essayer de mieux comprendre: sans compréhension en profondeur, il ne saurait exister de liberté véritable. La vocation véritable de l'être humain est de s'épanouir, de créer, d'aimer, d'évoluer "vers le haut". Cela n'est possible qu'à travers la réflexion, une pédagogie patiente qui tient compte de la dimension spirituelle de l'être humain. Dans cette démarche la permission ou l'interdiction du préservatif semble très dérisoire!
*Le Mystère de l'Amour./La logique du coeur. de Pietro Archiati (Editions APARIS-Edifree infos@edifree.com )