LA VIE, CE GRAND MYSTERE...

Publié le par Myriam

                      

Le mois de novembre a les couleurs de l'automne. La nature dans un dernier sursaut de vitalité, se métamorphose en une magie de lumières qui se reflètent sur les innombrables feuilles des arbres qui prennent des teintes magnifiques avant de tomber inertes sur le sol. L'année va bientôt s'achever dans le froid de l'hiver... La Toussaint ouvre la porte sur novembre, dans un climat psychologique bien particulier, la journée suivante étant consacrée à la mémoire des défunts. La tradition chrétienne européenne attache une valeur particulière à cette période de l'année. Le calendrier liturgique ne suffisant pas à rappeler le nom de toutes celles et tous ceux que l'église a sanctifiés, le premier jour de novembre a été choisi pour célébrer tous les saints. Les communautés orthodoxes attachent aussi beaucoup d'importance au culte des saints. Ce culte avait à l'origine comme but essentiel, de présenter aux fidèles, des modèles de vies exemplaires: exemple des nombreux martyrs morts pour leur foi, exemple de personnes portées par leur foi, modèles d'espoir pour une humanité en souffrance. Saint François d'Assise reste une des icônes de grande sainteté: sa foi mystique qui se révèle jusqu'à  ses stigmates corporels, son amour universel que l'on retrouve  dans ses textes de louange à l'univers, à la nature, à tous les êtres vivants et même à la mort elle-même considérée comme une compagne libératrice. Alors que le Christ, suivant l'enseignement juif, enseignait que "Dieu seul est saint", l'église catholique a inauguré la sanctuarisation de toutes celles et ceux qu'elle jugeait dignes, à travers leur vie exemplaire et les miracles obtenus grâce à eux. Pour les fidèles, ils devenaient  alors, non seulement un modèle de vertus, mais aussi un recours dont on pouvait faire usage, par la prière.

     A travers l'histoire de l'église, on sait que les pratiques de sanctification étaient souvent fortement  influencées par les puissants en place, tant du côté ecclésial que du côté politique. Un exemple frappant reste celui de notre "Jeanne d'Arc" nationale, qui ne fut "sanctifiée", après de nombreuses tractations politico-religieuses,qu'au début du 20ème siècle!..L'église romaine a toujours continué à béatifier, puis sanctifier, après une procédure spéciale, les personnalités qu'elle jugeait dignes d'un tel honneur. Il est curieux que le choix opéré, même aujourd'hui, parait  assez anachronique: on sanctifie parfois des personnes décédées depuis très longtemps et d'autres dans un passé très proche...On se souvient que le Pape Jean-Paul II avait accéléré la procédure de béatification pour mère Térésa. Nous savons aussi  que lors des funérailles de ce même Pape, une partie de la foule présente s'est manifestée en criant que l'on devait sanctifier le défunt immédiatement. L'église romaine a aussitôt commencé les procédures de béatification, préambule à celui de la sanctification...Une première dans l'histoire de l'église romaine et surprenante au 21ème siècle. Sans porter un jugement de valeur, on peut cependant regretter qu'une pareille procédure n'ait jamais été jugée utile pour des personnalités telles l'abbé Pierre ou encore soeur Emmanuelle... Leur vie n'était-elle pas entièrement consacrée aux autres? Les procès de sanctification sont-ils encore adaptés à notre temps? L'église réformée n'a-t-elle pas sciemment renoncer à cette pratique? Si l'on pense que l'individualité humaine n'a droit qu'à une seule vie terrestre, la sanctification revêt un aspect assez étrange: cela signifierait finalement qu'un nombre limité d'individus aurait, en une vie, atteint une perfection exemplaire, en devenant ainsi, les privilégiés de Dieu, tandis que tous les autres resteraient imparfaits et tributaires de la clémence divine...En envisageant l'hypothèse de réincarnations, de vies successives, d'autres perspectives s'ouvriraient aussitôt, tout aussi problématiques: les "saints", ayant atteint leur perfection, renonceraient-ils à accompagner l'évolution de la société humaine, en ne se réincarnant plus? Or, la réincarnation ne serait-elle pas la meilleure possibilité, concrètement, d'avancer graduellement vers une perfection humaine et morale, puisque, entre deux réincarnations, les êtres humains auraient la possibilité de faire leur bilan moral, pour en tirer un enseignement pour leur prochaine vie? Ces questions valent la peine d'être posées.

      Le jour qui suit la Toussaint est celui qui est consacré à la mémoire de tous ceux et celles qui nous ont quittés. Bien des personnes se refusent de penser aux défunts, car cela évoque leur propre devenir, tous les humains étant mortels. Elles préfèrent se réfugier dans des distractions, des activités, qui leur font croire que leur vie terrestre est illimitée...D'autres, suivant une longue tradition, vont fleurir la tombe de celles et ceux qui sont partis. Un court instant pour le souvenir et la reconnaissance. Le geste accompli, la vie reprend alors vite son train habituel et l'on préfère penser à autre chose.

     Il serait peut-être utile, cependant, de prendre parfois le temps de penser davantage à nos défunts. Non pour en faire le culte, mais pour en tirer un enseignement pour notre vie en cours. Tous nos parents et amis chers qui ont disparu, ont aussi emmené avec eux, une partie de notre propre vie, puisqu'ils ont aussi participé à notre propre histoire. Tous ces souvenirs restent gravés en nous et sont autant de trésors enfuis en notre âme. Tous ces disparus, nous les avons côtoyés, partagé des instants de leur vie, leurs rires et parfois leurs pleurs. Ils formaient une trame essentiel de notre propre existence...Mais ils sont partis et ont laissé un vide immense que rien ne saurait plus combler. Plus le temps passe, plus nous nous rendons compte de ce qu'ils représentent d'irremplaçable pour nous. Par leur départ, notre environnement humain familier s'est appauvri et nous portons en nous encore tant de questions que nous voudrions, aujourd'hui, poser à ceux et celles que nous avons côtoyés . Nous croyions les connaître et pourtant, nous savons à présent, qu'ils ont emporté avec eux nombre de secrets que nous n'étions pas, alors, assez curieux  de découvrir. Etions-nous assez attentifs, assez intéressés à la richesse qu'ils représentaient pour notre vie? Les avons-nous vraiment connus, assez aimés? La triste réalité du quotidien nous démontre que chaque être humain prend souvent plus de place en notre coeur, une fois qu'il est mort...

     Puis il y a la foule immense de celles et ceux qui, murés dans leur solitude, sont morts seuls, dans leur logis ou le plus souvent, dans une maison de retraite, à l'hôpital. Dans notre société actuelle, matérialiste, égoïste et souvent inhumaine, on a pris l'habitude d'écarter du regard tout ce qui dérange la belle illusion installée. On n'aime pas être confronté aux misères humaines et surtout pas à la mort. La vie est souvent devenue, aujourd'hui, une foire de l'éphémère où beaucoup de personnes préfèrent se distraire par la consommation d'alcools, de drogues, de télé, de spectacles multiples. Grâce à ces flots de divertissements, on se laisse emporter dans une inconscience voulue, programmée, que l'on juge bienfaisante et nécessaire au maintien de l'équilibre personnel. Cela est bien compréhensible  dans une société qui est en crise constante, où la vie courante devient précaire, où l'on a peur du lendemain.

      Nos défunts nous rappellent que la vie sur terre n'est pas éternelle et que nos jours sont toujours comptés. Il peut être rassurant pour certains de penser que les progrès de la science ne s'arrêteront jamais et que ces derniers permettront, de plus en plus, de soigner voire éradiquer toutes les maladies, à freiner la dynamique funeste et inéluctable de la vieillesse, pour parvenir finalement, à donner à l'humain son immortalité...Il n'est pas interdit de rêver...Une chose, cependant est certaine: tous ceux qui portent en eux cette espérance, n'en verront jamais la concrétisation dans leur vie présente! Nous sommes donc tous confrontés à une réalité indéniable: nous naissons et finalement nous mourrons. Notre avenir terrestre est donc limité, malgré les progrès de la médecine. De tous temps, les cultures généraient leur propre croyance religieuse, qui élargissait l'horizon du devenir humain: la mort n'est point la fin de la vie humaine. Les religions ont toujours promis un "au-delà", où l'être humain continuerait  d'exister. Aujourd'hui la société occidentale a beaucoup changé. Alors que pendant plusieurs siècles, les sciences n'influaient guère sur le psychisme religieux d'une large population, après les deux guerres mondiales, la situation est toute autre. Aujourd'hui, de nombreux penseurs, philosophes, scientifiques sont athées ou à la limite agnostiques. C'est cependant bien moins le cas par exemple chez les musulmans, les bouddhistes...Cela aussi mérite réflexion.

      La mort était jadis toujours considérée comme faisant partie de la vie. On l'acceptait comme une échéance naturelle. La religion atténuait l'angoisse humaine, en proposant une foi qui ouvrait sur une espérance qui permettait de juguler les inégalités, les injustices terrestres, puisque "le jugement divin" final, représentait une justice où les bons seraient récompensés et les méchants punis. Au fil du temps et de l'évolution des consciences humaines, les humains ont pensé que la justice devait déjà régner sur terre et qu'on ne pouvait tout accepter, en plaçant tous ses espoir dans un "au-delà" hypothétique...Aujourd'hui, nous vivons dans un monde où la science est devenue omniprésente, savante, inventive et puissante, mais assujettie aux pouvoirs politiques, des affaires, des finances. Les sciences portent encore un avenir prometteur, mais le problème essentiel reste à l'échelle humaine, car les scientifiques sont aussi des humains qui sont, hélas, souvent récupérés et asservis par les puissants en place. Le paradis terrestre promis sans cesse devient alors plutôt  un espace de conflit, d'affrontement, de souffrances nouvelles. L'enfer hypothétique prêché par certaines religions devient une réalité tangible dans le monde actuel. Encore jamais l'humanité n'avait été autant menacé, sous diverses formes, comme c'est le cas aujourd'hui : nature polluée, aliments manipulés, trafiqués, déchets nocifs éparpillés, armes redoutables, nombre de centrales atomiques qui resteront une menace constante pour toute l'humanité. Bien des humains vivent aujourd'hui dans un monde où les menaces, au lieu de diminuer, vont encore augmenter, en dépit des promesses multiples des gouvernants qui, eux aussi, sont débordés par des problèmes qu'ils ne maîtrisent plus. Comment s'étonner qu'un nombre croissant d'humains soient déprimés, se bourrent de tranquillisants et de drogues diverses, pour échapper momentanément à un quotidien devenu insupportable. Un nombre croissant de suicides non seulement chez les vieux abandonnés, mais de plus en plus aussi chez les jeunes désespérés, sont le triste indice d'un monde qui va mal. Vivre dans un monde d'affrontements, d'injustice où tout idéal est considéré comme une rêverie, une chimère voire une débilité et où tout autre espace d'espoir, "d'au-delà" est, lui aussi considéré par beaucoup comme une ineptie, ne laisse qu'une issue à l'individu: celle de disparaître dans un néant. Ce vide, certains désespérés croient le trouver dans le suicide.

      Les pensées d'automne, quand la nature déploie encore tous ses feux de couleurs et de lumières avant de s'endormir dans la mort de l'hiver, peuvent peut-être nous redonner un peu d'espoir. L'hiver passé, la nature renaîtra, reprendra d'infinis couleurs pour recommencer une "nouvelle vie". L'être humain qui participe aux rythmes de la nature dont il représente le fleuron, aurait-il une destinée moins favorisée?

      On se remet alors à penser à nos chers disparus. Certains sont morts jeunes, d'autres vieux. Tous avaient des projets qui ont eu des aboutissements divers, selon les durées de vie, les conditions historiques, sociales, culturelles. Aucune vie, même riche de conquêtes, de réussites, d'expériences diverses, n'a abouti à la réalisation de toutes les espérances initiales. Et si, chaque vie, n'était qu'un des éléments d'un parcours plus long, plus exigeant, plus merveilleux? Dans cette perspective, rien ne serait plus perdu à jamais. Tous ces humains qui ont laissé leur trace, leur souvenir affectueux en nos coeurs, nous pourrions les retrouver. Nos vie prendraient un sens nouveau: elles seraient des étapes d'une longue progression, où les vies nouvelles seraient dans la continuité des vies passées, sous d'autres conditions, d'autres parcours. Un cheminement nouveau d'expériences, de réussites, d'échecs aussi, qui serait aussi pour nous un enseignement pratique et continu: apprendre à mieux gérer sa vie, à acquérir une sagesse, à vivre un amour qui se traduira dans la réalité d'une manière nouvelle, sous diverses formes concrètes, sociales et véritablement humaines.

Ceux qui sont partis laissent en nous des marques indélébiles, celle de leur affection, leur amour qui s'est révélé à travers leurs paroles, leurs faits et gestes. C'est là, la véritable valeur humaine qui réside non dans des critères matériels, mais dans les richesses spirituelles qui vivent dans l'âme humaine. Les défunts nous rappellent nos vraies priorités: notre vie terrestre n'a de sens que si nous mettons tout en oeuvre, pour nous engager, selon nos possibilités, à rendre sans cesse notre société plus humaine. Tant que la dimension, les exigences humaines ne constitueront pas le fondement essentiel de notre politique économique, notre vie sociale, culturelle, nous ne progresserons pas. Les progrès scientifiques, contrairement à ce que l'on croyait au départ, ne seront jamais les garants d'une vie humaine plus épanouie, plus heureuse, plus saine, tant que l'âme humaine, la conscience humaine individuelle n'aura pas évolué. Chaque vie humaine est infiniment précieuse. Les défunts nous présentent le miroir de cette réalité. A nous d'en tirer une leçon, à travers une réflexion approfondie de cette réalité, afin d' honorer ceux qui sont partis et de donner vraiment du sens à notre vie.              

Publicité

Publié dans Echange d'idées

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article