L'ANNEE QUI S'OUVRE: UNE ANNEE D'ESPOIR ?...

Publié le par Myriam

  

 

                

L'année nouvelle  commencée a ouvert la porte d'un futur encore incertain, sur une multitude d'évènements importants, encore inconnus à l'heure actuelle, qui vont marquer notre vie. Nous appréhendons cet avenir encore secret avec des sentiments diffus et contradictoires. L'actualité nous informe journellement des difficultés à venir. Notre société vit, depuis bien longtemps, dans une "grande illusion" qui nous a fait croire que nous maîtrisions parfaitement nos ressources, nos possibilités techniques, notre avenir.  Pendant bien longtemps, on pensait que les progrès techniques, scientifiques, instaureraient un monde plus équitable, plus pacifique et plus fraternel. Or nous savons aujourd'hui, que le 20ème siècle qui avait suscité tant de rêves et d'espoirs, était vite devenu celui des guerres, des affrontements violents, des destructions. Les progrès scientifiques et techniques, loin d'apporter la paix et la joie, ont été mis au service des égoïsmes destructeurs, tant au niveau des nations que des individus. Il est évident que les découvertes scientifiques ne peuvent aucunement être mis en accusation de cet état de faits. Elles ne prennent leur sens véritable qu'à travers leurs applications: les découvertes techniques peuvent générer autant le bien que le mal. Le responsable, l'arbitre en l'occurrence, c'est l'individualité humaine. C'est l'être humain qui donne un sens aux outils qui sont à sa portée: les sciences qu'il a décryptées et mises à son service, peuvent aider l'humain ou le détruire, selon l'application choisie. Les sciences progressent sans cesse et sont le reflet des progrès de l'intelligence humaine. Mais l'intelligence humaine ne génère pas automatiquement et nécessairement la sagesse humaine, l'amour du prochain, la générosité... Elle peut même devenir l'instrument des pires atrocités. Les fours crématoires des camps de concentration en sont une triste et macabre illustration.
       Au début de cette année nouvelle, il peut être utile, pour chacun de nous, de prendre conscience  de l'impact de nos comportements sur notre vie et celle des autres. Selon notre comportement individuel, notre société et finalement notre monde seront différents... L'égoïsme restera toujours une attitude d'isolation, de fermeture aux besoins des autres, un refus d'amour généreux. Il sera toujours le préambule d'affrontements de toutes natures, de conflits, de guerres partisanes. L'histoire de l'humanité nous rappelle les conséquences funestes et désastreuses que de telles attitudes génèrent. Tant que l'humanité entière n'aura pas compris les leçons du passé, elle induira sans cesse   de nouveaux conflits meurtriers, de nouvelles catastrophes et constamment sa propre perte. Les affrontements sont aujourd'hui plus subtils, plus secrets: les "guerres commerciales", sous un déguisement anodin, font aussi d'innombrables victimes. C'est dans les échanges, le commerce paisible, que devrait se concrétiser la "fraternité" évoquée parmi les trois "idéaux républicains". La terre et ses richesses sont les biens de tous et devraient, dans un échange fraternel, permettre à tous de vivre. L'expérience nous démontre que l'humanité, pour le moment, est encore bien loin de ce but...
       L'humanité actuelle est dans une impasse extrêmement dangereuse, sinon suicidaire. Les progrès qui ont certes amélioré la vie des humains, n'ont nullement généré une société juste, généreuse, aimante. Ce déficit en "amour humain" aboutit à des conséquences dramatiques dont nos médias rapportent les détails: agressions, suicides, attentats, meurtres...Triste bilan d'une humanité "moderne" qui a perdu ses repères et qui est tombée dans la violence sous toutes ses formes. Le "sens de la vie", sous toutes ses acceptations, s'est vidé de son contenu, de sa valeur.
       Mais on peut aussi, à partir du constat des tristes évènements de notre temps, en analyser les causes, pour essayer d'y trouver des incitations pour modifier nos comportements, pour devenir les acteurs responsables de notre vie, pour contribuer individuellement, à changer notre rapport à la réalité quotidienne. Ne sommes-nous pas trop souvent tributaires de ceux qui veulent influencer notre vie? Et si nous commencions par faire personnellement le bilan de notre vie actuelle, pour faire le point, non pas pour dresser la liste de nos échecs, nos impossibilités, mais pour faire celle des possibilités non encore expérimentées?  Trouver l'audace du défit, oser entreprendre une démarche nouvelle,  découvrir un nouveau champ d'expérience et redonner un sens nouveau à ma vie?
       Cette démarche est utile à tous les âges de la vie: chez les jeunes pour découvrir le monde, plus tard pour construire sa vie, puis pour en faire mûrir les fruits... A toute époque de sa vie, on peut faire le bilan du passé et tracer des plans d'avenir. Cela s'appelle "vivre". Trop de gens attendent tout des autres et oublient que la vie vaut essentiellement par l'engagement personnel. Ce dernier peut être une leçon de vie continuelle et peut aussi être un encouragement pour les autres. Notre société omet souvent  d'enseigner que ce qui donne de la valeur à la vie, c'est ce que l'on réalise personnellement et surtout ce que l'on "donne" aux autres. Le bonheur ne consiste pas, en premier lieu, à consommer toujours davantage au mépris des besoins des autres, il réside dans le partage, dans l'initiative personnelle, dans la découverte constante, dans la curiosité pour le monde que nous habitons. L'aventure existentielle la plus magnifique ne réside-t-elle pas aussi dans le partage des moments importants de notre vie avec les autres?
        L'année nouvelle s'ouvre sur des perspectives de difficultés diverses: crise économique, chômage en augmentation, affrontements politiques, peurs de l'avenir. Dans peu de temps notre pays devra faire son choix politique qui s'avérera d'autant plus difficile au regard des perspectives d'avenir. Quelque seront les choix politiques, les lendemains resteront pour longtemps difficiles, pour une large population face à des dirigeants politiques qui ont pris l'habitude de leur cacher la vérité, de favoriser une élite proclamée ou instaurée par un statut financier privilégié, au détriment du reste des citoyens. Toute injustice sociale finit par générer des crises et des affrontements. Nos futurs gouvernants sauront-ils gérer notre vie économique et sociale d'une manière sage et équitable, pour assurer la paix sociale? Sauront-ils proposer une politique ambitieuse de justice sociale et d'équité économique? Sauront-ils redonner de l'espoir et proposer aux jeunes une vie sociale équitable, harmonieuse, qui sera capable de traduire progressivement dans le quotidien les idéaux républicains de liberté, d'égalité et de fraternité?Tant que les idéaux ne sont proclamés que dans des discours creux voire mensongers, tant qu'ils restent de vaines promesses sans véritable volonté d'accomplissement, notre société ne pourra devenir ni juste, ni fraternelle...Une telle politique resterait un affront constant pour ce qui fait la dignité humaine!  Il serait grand temps d'assumer une politique sociale qui soit enfin à la hauteur des enjeux.
        Il est consternant de constater aussi que trop souvent, les générations nouvelles ne sont pas intéressées par l'histoire de leur pays. Le passé a démontré que les "leçons de l'histoire" sont le plus souvent inopérantes, car les victimes des guerres ont disparu entre-temps et les nouvelles générations ne s'intéressent  guère au passé...Cela a pour conséquence que beaucoup d'hommes et de femmes, par manque de culture, de courage politique, d'engagement personnel, délèguent leur part de pouvoir à d'autres qui en disposent à leur gré, en en tirant des  privilèges personnels. Chaque individu a sa part de responsabilité dans le devenir humain. L'histoire des humains nous montre que les plus belles parts d'héritage du génie humain, proviennent de personnalités avides de connaître, d'étudier les richesses qu'offrent la terre, curieuses de percer les mystères inscrits dans les espaces à notre portée. Notre société actuelle est devenue aujourd'hui, pour une large part, essentiellement consumériste. Notre société de consommation nous a habitués à considérer le côté pratique des choses et des évènements. Des "spécialistes" inventent pour nous continuellement de nouveaux  produits consommables et vite périssables, puisque l'accent doit être mis sur la consommation constante, considérée comme la seule source de revenu continue. On connaît aujourd'hui les résultats d'une telle politique commerciale: appauvrissement constant des richesses naturelles, pollution croissante de la nature, pathologies diverses issues de cette manière de vivre. Pourrons- nous indéfiniment vivre de cette manière?? Est-ce là le monde que nous voulons laisser à nos enfants?
         La vie humaine s'inscrit dans un cadre merveilleux où tout peut être une source de découverte constante, où tout peut devenir, si nous le voulons, un nouvel émerveillement. Cela devrait nous pousser à la réflexion sur la raison d'être de notre existence, la valeur de notre vie.  C'est parce que nous avons perdu l'habitude de nous étonner du monde et des êtres qui l'habitent, que nous avons perdu peu à peu le sens, dans toutes les acceptations du terme, de notre propre vie. Nous nous laissons sans cesse distraire par l'accessoire, le futile, au lieu de nous attarder sur l'essentiel, ce qui donne le sens à notre existence: l'intérêt pour les autres, la joie d'exister, de pouvoir admirer un coucher de soleil, de pouvoir aimer. Notre société matérialiste nous a habitués à un monde mercantile où les seules valeurs sont celles de l'argent, des richesses matérielles, du pouvoir. Le nombre croissant de malheurs sociaux, de suicides, de meurtres, démontre tragiquement l'échec de notre société actuelle. Quand tirerons-nous les leçons de cet état de faits? Pourquoi notre société "avancée" est-elle en si pitoyable situation? Pourquoi vivons-nous dans une civilisation où règne l'inquiétude du lendemain? Cet échec n'est-il pas essentiellement dû à notre déficit en valeurs véritablement humaines, à la perte de repères pour retrouver notre humanité?
       Il semble en effet, qu'une part grandissante d'humains a perdu le sens des véritables valeurs, celles qui enrichissent le coeur humain. L'approche matérialiste actuelle a fini par polluer les valeurs humaines  les plus intimes...  Enlisés dans une vision matérialiste, bien des hommes et des femmes ont perdu le sens du verbe "aimer"...Ce  verbe finit par n'évoquer, pour beaucoup d'individus, que l'aspect premier, "physique"du terme. Beaucoup ignorent le potentiel infini de richesses et possibilités contenues dans le mot "amour". C'est pourquoi notre société, malgré les nombreuses richesses matérielles présentes, est devenue très indigente en "richesses d'amour". C'est parce que un nombre grandissant d'hommes et de femmes ne savent plus aujourd'hui ce que signifie véritablement "aimer" dans la vie quotidienne, que notre société s'est atrophiée, pour n'être plus qu'un lieu désordonné d'égoïsmes divers... Au lieu d'être naturellement "fraternelle" notre société est devenue la scène d'affrontements suscités par les égoïsmes conflictuels, parfois même meurtriers. Notre monde est en manque d'humanité véritable, celle qui aide et respecte l'autre, celle qui sait partager, celle qui laisse une place de vie à  l'autre, celle qui sait d'aimer l'autre, quel que soit son sexe, sa culture, sa richesse matérielle.
       La terre est notre héritage commun. Elle est le berceau de l'humanité, des civilisations, des cultures qui sont les marques de l'histoire humaine. C'est elle qui forme notre cadre de vie, c'est elle qui nous permet de tracer notre histoire, c'est elle qui permet à l'humanité de vivre, d'y inscrire ses biographies, ses parcours... Les humains prennent peur quand ils perdent leurs repères.  Les progrès incessants des sciences avaient suscité, au départ, des espérances infinis: les découvertes dans tous les domaines ouvraient et ouvrent encore, des champs nouveaux où tout semble possible. Les rêves les plus audacieux surgissent encore dans les esprits humains...Beaucoup sont aussi devenus des réalités. Mais les humains de tous âges continuent de souffrir et  de mourir. Et les scientifiques continuent de nous faire rêver, nous faire espérer qu'à long terme, tout sera possible, mais le temps passe et les humains n'échappent pas à leur destin de simples mortels... Cette évidence donne le prix à notre existence et en définit les paramètres. Chaque être humain écrit sa propre histoire. La vie de l'athée, de l'agnostique, du croyant, du philosophe, du penseur en général, sera à l'image  de sa perception personnelle intérieure, sa croyance, sa philosophie, sa culture. Chaque individu peut avoir son espace de liberté grâce à son esprit, sa pensée. La personnalité de chaque être humain évolue selon son propre parcours, dans un premier temps programmé par sa culture originelle, son environnement, son parcours personnel et dans un second temps, s'il en a la volonté, selon les résultats de ses propres réflexions, investigations, expériences personnelles. Ces possibilités sont à la portée de l'individualité humaine, si elle le veut. Le monde est un champ d'expériences infinies pour l'esprit humain en recherche. Il est le cadre de son évolution, de ses expériences, de ses investigations personnelles. Trop d'individus, aujourd'hui, renoncent à penser par eux-mêmes, attitude pourtant indispensable pour comprendre et gagner progressivement une confiance en leur jugement personnel.
       Au seuil de l'année nouvelle, nous pouvons, si nous en avons la volonté, essayer d'exercer notre influence dans le cadre de notre vie, pour être attentifs et vigilants à ce qui se passe autour de nous. La politique est un domaine trop important pour le devenir humain pour la laisser aux mains de spécialistes chargés de régler tous nos problèmes! Les échecs et drames nombreux dans l'histoire de l'humanité démontrent à souhait les dérives d'une telle organisation. Aujourd'hui, dans les véritables démocraties, chaque individu a sa part de responsabilité dans le tracé du futur. Ce n'est certes pas une nouveauté. Mais la véritable nouveauté serait la prise de conscience des véritables enjeux de la politique qui devrait aboutir, non à une lutte pour en tirer des bénéfices personnels ou de clans, mais pour avoir le souci et l'ambition d'inclure dans le pacte social tous les citoyens du pays et, au-delà, de l'humanité entière. Les nombreuses guerres meurtrières démontrent que l'humanité n'a d'avenir que si elle est prête à partager ses richesses et à collaborer au lieu de s'affronter. Cela est vrai sur le plan national autant que sur le plan international. L'humanité est une. En prendre de plus en plus conscience peut nous permettre de changer notre manière de vivre et apprendre à nous soucier du devenir des autres. Les progrès scientifiques n'ont de sens que s'ils s'inscrivent dans un avenir qui favorise l'émergence d'une humanité véritable qui se soucie du bien de tous, au-delà des frontières culturelles, sociales et économiques. C'est la condition de la pérennité de l'humanité sur terre. C'est un enjeu énorme, exigeant qui peut aussi devenir une expérience extraordinaire d'humanité véritable et d'amour abouti.
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Publié dans Echange d'idées

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